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1214 Words
Brianna Owen et moi passons le trajet à discuter du dîner à venir ce soir au son des chansons d'Elvis Presley. Je lui fais par de mes craintes et de mes doutes quant à la façon dont vont se dérouler les choses ainsi que mon appréhension des médias. Il m'écoute avec grande attention, le regard rivé sur la route, excepté lorsqu'il me jette de petits coups d'œil furtif à travers le rétroviseur. —      Si jamais vous sentez la pression monter au cours de la soirée, focalisez-vous sur Mr. Stanford. Cela fait des années maintenant qu’il est habitué au feu des projecteurs. Restez bien avec lui, il saura vous guider. (J'acquiesce. Il a raison. Je peux faire confiance à Hari. C’est indéniable.) Nous devrions arriver dans cinq minutes, ajoute-t-il. Cinq minutes ? Pourtant je ne reconnais pas les rues autour de nous. —      Owen, êtes-vous sûr que nous avons pris le bon itinéraire ? —      Monsieur Stanford m'a demandé de vous déposer au Starbucks pour le petit-déjeuner. Au Starbucks ? il me semblait avoir compris que nous devions prendre le petit-déjeuner au bureau. Enfin. C'est Hari. Je me demande ce qui a bien pu lui passer par la tête pour changer d'avis. Notre voiture finit par s'arrêter devant le fameux café me sortant de mes pensées. J'attrape mes affaires à la va vite, souhaite une bonne journée à Owen et me dépêche de regagner l'intérieur du café. Je salue les employés tout en retirant mon attirail hivernal. Hari est là, assis loin des autres clients. Je le rejoins, mes affaires sur le bras et le cœur battant à tout rompre. Mon petit ami m'adresse un grand sourire lumineux. —      Bonne nouvelle. —      Quoi ? Nous nous asseyons l'un en face de l'autre. Son regard émeraude s'ancre rapidement au mien. Une lueur complice parcourt ses yeux. Je me demande quelle mouche a bien pu le piquer de si bon matin. —      Je vais me faire couper les cheveux. —      Euh...D'accord... —      Quel enthousiasme, se moque-t-il gentiment. La serveuse nous apporte le petit-déjeuner qu'il a commandé. Deux Macchiatos et deux muffins au chocolat. Exactement le même petit-déjeuner que celui que nous avons pris dans les Hamptons pas plus tard que samedi dernier. J'attends patiemment qu'elle s'en aille, non sans lui jeter un regard noir lorsque je prends conscience qu'elle s'attarde un peu trop pour lorgner un coup. —      Jalouse, souffle Hari une fois la serveuse partie. Je lui assène un petit coup de pied dans la jambe tout en attrapant mon café. —      Alors ? Quand est-ce que tu vas te faire couper les cheveux ? —      Ce matin et il est prévu que tu viennes avec moi. —      Ok, mais le boulot ? —      Ne t'en fais pas pour ça, nous aurons tout l'après-midi pour travailler. Et puis... (Il jette un regard furtif autour de nous avant de se pencher vers moi.) Il est aussi prévu que nous passions un peu de temps rien que tous les deux. Un doux frisson me parcourt le long de la colonne vertébrale à l'entente de ses mots. Un peu de temps rien que tous les deux...L'idée me plaît bien. Hari dépose un b****r furtif contre ma joue puis relève la tête. Il attrape son gobelet de café d'une main et son téléphone rangé dans la poche de son manteau de l'autre. Mon regard ne le lâche pas d'une seconde tandis qu'il déverrouille l'écran et me tend son mobile. Je l'attrape, confuse. Il ne me faut pas longtemps pour reconnaître que le texte qui s'offre à moi, n'est ni plus ni moins qu’un article de journal, et pas n'importe lequel. Une photo d'Hari et moi main dans la main à la sortie du restaurant de son frère trône au centre, avec en gros titre Les Amants de New York. Je lis l'article à la va vite, laissant échapper des soupirs exaspérés par-ci par-là, notamment lorsque mon regard tombe sur les termes « homme à femmes » et « nouvelle conquête ». Supercalifragilisticexpialidocious. —      p****n de journalistes de mes deux. ** Hari Putain de journalistes de mes deux. Exactement la même réaction que celle que j'ai eu. Il n'y a pas à dire, Bree et moi sommes sur la même longueur d'ondes. Et en toute honnêteté, cela me rassure de voir que nous avons une réaction similaire quant à cet article. J'anticipais de le lui faire lire par peur de la faire fuir en courant, mais non. Elle est bel et bien là, assise en face de moi en train de finir de le lire. —      Bon sang… (Elle émet un dernier soupir exaspéré tout en levant les yeux au ciel et me rend mon téléphone.) Ils n'ont vraiment rien d'autre à faire de leur vie les pauvres. —      C'est sûr. —       Au moins ils se font de l’argent facilement. Elle attrape son gobelet de café et l'approche de sa bouche. Je la regarde prendre quelques gorgées, se laissant aller à ses pensées avant de se focaliser à nouveau sur moi. —      Vivement ce soir qu'on puisse leur en mettre plein la vue. Oh que oui. On va leur en mettre plein la vue. La journée vient tout juste de commencer, mais je sens d’ores et déjà qu'elle promet d'être intéressante. Et notre soirée promet de l'être tout autant. Nous finissons notre petit-déjeuner puis quittons le Starbucks, direction le salon de coiffure. Bree m'attrape bras-dessus bras-dessous tandis que nous nous frayons un chemin à travers les rues new-yorkaises encore assez calmes à cette heure-là. Je l'écoute me parler avec enthousiasme de l'appel vidéo prévu avec ses amis, ainsi que du fait qu'elle compte préparer ses affaires ce soir, une fois que je l'aurais raccompagnée après le dîner. J'acquiesce, l'esprit à moitié ici et à moitié ailleurs. Merci à ces abrutis de journalistes et merci à Gabi avec son pari à la con, qui ne cesse de me torturer l'esprit depuis tout à l'heure. Le plus amer dans tout ça, c'est qu'il est trop tard maintenant pour reculer. J'aurais dû imposer mon changement d’avis quand j’en avais l’occasion. Bien joué Hari. Vraiment bien joué. —      Hari ? Je relève la tête, subitement rappelé à la réalité. Bree me regarde d'un air interrogateur. Je lui adresse un sourire en coin aussi convaincant que possible, ce qui semble faire effet assez rapidement à mon plus grand soulagement. Je ne tiens pas à ce qu'elle sache ce qui se passe dans ma tête. Il en est absolument hors de question. —      Désolé bébé, j'étais perdu dans mes pensées. —      Déjà en train de fantasmer à ta nouvelle tête ? me taquine-t-elle. Je lui réponds d'un rire franc, rassuré par sa pique. C'est fou de voir comme elle a le don de m'aider à me détendre, même dans les moments les plus tracassants. Je glisse un bras autour de sa taille et la rapproche un peu plus de moi. —      A vrai dire, je n’y avais pas encore pensé mais si tu as une idée, je suis toute ouïe. —      Tu devrais les porter mi-longs, je suis sûre que ça t'irait bien. —      Tu es sûre de toi ? je lui demande en plissant les yeux. Elle acquiesce. —      Sûre et certaine. —      Dans ce cas...Tes désirs sont des ordres. ** ** ** ** ** 
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