La pluie tombait sans répit sur Tokyo.
Chaque goutte semblait frapper les vitres de l’appartement des Kurosawa avec une régularité presque menaçante.
Hana regardait dehors, les bras croisés, sentant une tension qu’elle n’avait jamais connue.
— Akihiro… quelque chose ne va pas, murmura-t-elle.
Il ne répondit pas immédiatement.
Il avait été silencieux depuis qu’ils étaient rentrés de leur promenade.
Son téléphone vibrait sur la table basse, affichant un message succinct :
Il est là. À l’entrée. Toujours observant.
Akihiro fronça les sourcils.
— Depuis combien de temps ?
— Quelques heures. Je pensais que c’était un inconnu… Mais il connaît ton itinéraire.
Hana sentit un frisson.
— Que veux-tu dire ?
— Il te suit.
— Mais je n’ai rien fait.
Il la regarda. Noir. Profond. Inflexible.
— Peu importe ce que tu fais. Il veut ce que je protège.
Avant qu’elle ne puisse réagir, Akihiro avait pris son manteau.
— Nous sortons.
Elle leva les yeux, surprise.
— Mais… la pluie ?
— Il ne va pas attendre.
Ils sortirent. La ville était un océan de lumière tremblante et de reflets humides. Akihiro marchait près d’elle, vigilant, chaque muscle tendu.
— Reste près de moi, ordonna-t-il calmement.
Hana sentit l’adrénaline monter. Ce n’était pas une promenade. Ce n’était pas une promenade protégée par un mari attentionné.
C’était une chasse.
Ils arrivèrent à l’entrée d’un immeuble. Là, un homme était appuyé contre un mur, simple silhouette dans l’ombre.
Il leva la tête en les voyant. Ses yeux glissaient sur Hana avec une curiosité calculée.
Akihiro serra la main d’Hana autour de la sienne, juste assez pour signaler : ne bouge pas, je gère.
— Qui êtes-vous ? demanda-t-il, calme, mais chaque mot était un avertissement.
— Un admirateur, répondit l’homme avec un sourire narquois.
— Admirateur de qui ?
Hana sentit son cœur s’emballer.
— De vous, Hana… enfin, de votre mari, corrigea-t-il. Mais je m’intéresse à vous deux.
Akihiro ne bougea pas.
Mais l’air vibrait autour de lui, comme si le monde entier retenait son souffle.
Puis il avança de quelques pas. Chaque mouvement précis, calculé.
— Écoutez-moi bien, dit-il, voix basse mais tranchante.
— Tu regardes ma femme.
— Tu la touches avec tes yeux.
— Et si je te laisse une seconde de plus… tu ne t’en sortiras pas.
L’homme recula instinctivement.
Hana sentit le poids de la menace réelle, tangible, pour la première fois.
— Akihiro… murmura-t-elle.
— Ne t’inquiète pas. Je suis là.
— Toujours.
L’homme disparut dans la foule avant qu’Akihiro ne le touche. Il n’avait pas besoin de violence. Sa présence suffisait.
Chaque personne autour comprit silencieusement : cette femme appartenait à quelqu’un d’inaccessible.
Hana se blottit contre lui.
— Je… je n’ai jamais ressenti ça avant.
— Moi non plus, murmura-t-il contre son oreille.
Il la conduisit chez eux. Toujours en silence. Toujours vigilant.
Une fois à l’intérieur, il verrouilla toutes les portes, vérifia les caméras, et enfin, se tourna vers elle.
— Personne ne t’approchera. Plus jamais.
— Personne.
Elle leva les yeux vers lui.
— Même moi, murmura-t-elle avec un petit sourire.
Il fronça légèrement les sourcils, mais un éclat presque imperceptible d’émotion passa dans ses yeux.
— Même toi… je ne laisserai personne briser ce lien.
Hana inspira profondément, sentant la sécurité et le danger mêlés.
Pour la première fois, la menace n’était plus un concept abstrait.
Elle était réelle.
Et Akihiro était prêt à tout pour elle.