-Pascale
Je ne suis pas à Setrag pour me faire des amis. Je fais mon travail, à la fin du mois on me donne mes 250.000f. Le reste ce n’est pas mon problème. Elles en pincent toutes pour Emile, qu’elles le prennent.
250.000f c’est pas mal, plus les pourboires je m’en sors plutôt bien. J’espère juste que mes calculs seront bons et que d’ici décembre de l’année prochaine je pourrais récupérer mon enfant. Les paroles de Carmela me restent à la gorge mais j’ose espérer que Jean veille sur l’enfant. Son mari je le lui ai laissé depuis, je ne comprends pas son acharnement, vraiment pas.
Comme tous les midis, Emile m’emmène déjeuner. Une autre vendeuse veut taper l’incruste mais Emile lui montre clairement qu’elle n’est pas la bienvenue. C’est quand j’ai vu où nous allons manger que j’ai compris pourquoi il a chassé l’autre.
On a déjeuné puis nous sommes retournés au boulot. Ce jour je suis rentrée seule car il avait réunion.
_ton chéri ne te dépose pas aujourd’hui ?
Je n’ai même pas répondu. J’ai continué à marcher pour aller prendre mon SOGATRA (bus). Celui-ci me laisse à 5 mn de la maison et je marche jusqu’à la maison. Maman faisait des sardines farcies, c’est sûrement une commande. Je vais me changer et reviens l’aider. On travaille en racontant, je sais qu’elle est mal de ne pas savoir où est sa fille. Elle se retient d’en parler sûrement pour ne pas me vexer.
C’est sa fille je comprends, mais moi je ne suis pas prête de lui pardonner. 5 ans ?!! 5 années de ma vie à souffrir ? Même pas une souffrance de quelques jours par mois, tous les jours de ma vie pendant 5 ans. J’ai été séparée de mon unique enfant, elle se retrouve baladée de maison en maison à cause d’elle. Tout ça pour quoi ? Si au moins elle était riche, mariée ou je ne sais même pas mais rien. Elle vit debout debout, dormir dans le “tôle en haut tôle en bas” que papa a laissé, la “maison tchika tchè je tombe” des parents.
Maman : oh ! Ton camarade arrive.
En me retournant j’ai vu Emile qui se battait pour éviter les cailloux et trous qui jonchent le chemin qui mène à la maison.
Maman : bonjour mon fils.
Emile : bonjour maman.
Sa chaussure était toute sale à cause de la boue.
Maman : tu manges les sardines farcies ? Il n’y a que ça ici.
Emile : je veux bien.
Je lui ai donné deux sardines avec du manioc. On a raconté à trois le temps que maman finisse sa tâche et elle nous a laissés.
Moi : tu as garé où ? Il paraît qu’on vole maintenant ici.
Emile : j’ai garé chez le boutiquier c’est bon.
Moi : ah ! Mais bientôt la nuit, je ne te chasse pas mais les bandits.
Emile : ça ne te dit pas qu’on parte en week-end ?
Moi après un soupir : Emile ? Je n’ai plus 17 ans. Aujourd’hui j’ai 32 ans et un enfant de 7 ans.
Emile : je sais.
Moi : j’attends plus d’un homme que des invitations à manger ou passer le week-end. J’attends plus d’un homme que des jolis mots doux. Tu connais mon histoire, j’ai passé 5 années invalide. Emile aujourd’hui si je dois avoir un homme, ça sera pour m’aider à me réaliser.
Emile : et je suis prêt à le faire ?
Moi : à la bouche ? J’ai trop vécu dans les promesses, maintenant je veux du concret.
Emile : comme ?
Moi : tu n’es pas un petit garçon, tu sais ce qu’une femme attend de l’homme qui partage sa vie.
Emile après un court silence : j’ai compris.
Et il a vraiment compris, à la fin du mois il m’a remis 100.000f pour le marché. Même si c’était 50.000f c’est le geste qui compte. Après tout on ne vit pas ensemble, il a aussi ses propres charges.
Je suis allée au marché fouiller vêtements et chaussures pour Anita. Je lui ai aussi fait le goûter pour la semaine. J’ai voulu la prendre tous les week-ends mais son père a refusé, les enfants ne sortent que les vacances. Elle est chez lui, je dois respecter sa façon de l’éduquer et surtout ne pas interférer. Je suis allée lui déposer ses affaires à d’Anita chez son père.
Carmela : ce n’est pas un marché ici, tu appelles avant de venir.
Je n’ai pas fait de commentaires. J’ai profité d’elle quelques minutes puis j’ai dit au revoir à ma fille. Mais celle-ci s’est mise à pleurer en me suppliant de l’emmener avec moi. J’avais mal, mon cœur saignait. C’est l’arrivée de son père qui l’a calmée.
Moi : Jean j’aurais besoin de ton numéro vu que je dois appeler avant de venir.
Carmela : prends le mien.
Moi : Carmela toi et moi on ne s’entend pas. Si c’est pour t’entendre crier à chaque fois, mieux je prends le numéro de Jean.
Jean : c’est le même numéro de depuis.
Moi : ok ! Anita viens me faire bisou.
Elle ne l’a pas fait de gaieté de coeur. Je reviendrai te chercher mon amour que Dieu m’aide seulement. Je reviendrai te chercher.
.
A peine je sortais de chez eux qu’Emile m’appelait. J’ai pris un taxi pour chez lui. La maison était propre et il y avait à manger.
Moi : tu as une autre copine Emile ?
Emile : pourquoi ?
Moi : parce que je veux que les choses soient claires au moins je sais où je vais.
Emile : j’ai une autre copine mais elle voyage beaucoup.
Moi : …
Emile : et on ne vit pas ensemble.
Moi : donc je serai la go d’à côté ?
Emile après un soupir : pourquoi tu vois les choses comme ça Pasco ? Tu sais que toi et moi c’est depuis le lycée. Tu sais que j’ai toujours eu un faible pour toi. Mais 15 ans sont passées, j’ai rencontré une autre. Mais je t’ai toujours aimée Pascale.
Moi : donc là qu’est-ce que tu me proposes concrètement ? J’attends que l’autre aille en voyage pour te voir ?
Emile : …
Moi : la nuit la nuit j’ai un problème je ne peux pas t’appeler quand elle est là.
Emile : tu pourras toujours compter sur moi.
Moi : Emile j’ai trop fait la vie la. A 32 ans je veux la stabilité. Un homme sur qui je peux compter 24/7. J’ai une petite fille pour qui je dois être un modèle.
Emile me fixant : …
Moi en me levant : désolée mais je ne suis pas intéressée par ta proposition.
Il s’est levé me tirer brusquement à lui avant de se mettre à m’embrasser en me caressant. Après 6 ans d’abstinence, ça faisait du bien de sentir les caresses d’un homme, de se sentir désirée. Mon cœur et mon corps ont flanché, mais pas ma tête. J’ai mis fin à notre b****r, mes deux paumes sur ses épaules je l’ai gentiment repoussé.
Moi : j’ai besoin de plus Emile et tu ne peux pas me l’apporter.
Etre le deuxième bureau une fois de plus, à mon âge, je passe mon tour. J’ai pris mon taxi et je suis rentrée chez moi. Étonnement Jean-Daniel y était avec maman à discuter.
Jean : tu étais où ?
Moi : j’ai maintenant des comptes à te rendre ? Tu fais quoi chez moi ? Après ta femme viendra encore emmerder les gens.
Jean : je suis venue voir maman.
Moi mains aux hanches : quelle maman ? Tu étais où ces 5 dernières années ? Même le sachet de sel de 100f que “tiens tu vas préparer pour ma fille” on n’a rien vu. Tu es venue voir quelle maman ? Donc tu connais encore la route de chez elle ? Pardon lève-toi tu sors.
Jean : mais…
Moi calmement : Jean lève-toi tu sors de chez moi.
Monsieur ne bougeait pas.
Moi : Jean-Daniel ne me poussez pas à bout, ne me poussez vraiment pas à bout. Je suis dans mon coin ne venez pas me chercher les problèmes -puis j’ai haussé le ton- dégage de chez moi !
Jean : bon maman. A la prochaine.
Maman : salut ma petite-fille pour moi.
Regarde-le partir là-bas. Suppôt de Satan ! Tchip !
.
Depuis notre conversation de la dernière fois, je n’ai plus eu de nouvelles d’Emile. A midi je vais manger seule ou je ne vais carrément pas manger.
J’entends les gens rirent, il paraît qu’Emile m’a plaquée. Il paraît qu’il m’a utilisée avant de me jeter alors que moi je voyais déjà le mariage. Si seulement j’avais le temps de m’arrêter sur ces conneries.
**Le 14 février**
C’est l’heure de la pause et j’ai terriblement faim. Je remets mes chaussures et prends la porte où je tombe nez-à-nez avec un énorme bouquet de fleurs.
Emile avec un large sourire : bonne fête des amours Mlle MISSOUMA.
J’étais tellement surprise que je n’ai pas su quoi répondre. J’ai juste pris le bouquet.
Emile me tendant son avant-bras : je vous en prie.
Moi en riant : quel acteur !
Emile : suivez-moi je vous en prie.
Tous les regards sur moi. On a marché jusqu’au parking où il était garé. Il a d’abord fait un tour dans son bureau (de l’autre côté de la route) et nous sommes partis.
Emile : tu as la permission pour la journée.
Moi : c’est bien d’être chef.
Emile : hein non ?
Nous sommes allés au restaurant puis au Nomad où il avait pris une chambre.
Emile : qu’est-ce que tu veux faire aujourd’hui ?
Moi : tu n’es pas sensé m’impressionner avec un plan époustouflant tout établi ?
Emile : je n’ai jamais été doué pour ça.
Moi : bah on pourrait rester ici, se reposer.
Emile sans me regarder : hum !
Je me suis jetée sur le lit, split et télévision en marche. Je n’ai pas ça chez moi (le split) donc je profite. Emile m’a rejointe sous les draps, j’ai posé ma tête sur son torse et on est resté ainsi silencieux.
Moi : et ensuite ?
Emile : ensuite ?
Moi : ta copine.
Emile : on est obligé de parler d’elle ?
Moi après m’être redressée : oui.
[Silence]
On se fixait sans rien se dire. Il me suppliait du regard d’abandonner et mon regard disait “j’attends”.
Emile : j’ai envie d’être avec toi Pascale. On est là toi et moi… je ne sais pas quoi te dire.
[Silence]
Emile : je ne sais pas.
[Silence]
Emile : est-ce que rien que pour aujourd’hui Pascale on peut oublier tout et profiter de l’instant ? Juste pour aujourd’hui Pascale.
[Silence]
Emile : tu as tant souffert, laisse-moi te faire tout oublier. J’ai besoin de m’évader, fais-moi tout oublier. Dès demain on reprend le cours de nos vies, dès demain tu redeviens Pascale et moi Emile.
Hun ?
J’étais silencieuse parce que j’en mourrais d’envie. Ça faisait tellement longtemps. Et pendant que je réfléchissais, sa main se frayait un chemin jusqu’à mon s*x. Mes jambes se sont écartées toutes seules et il ne lui a pas fallu plus pour qu’il se retrouve sur moi à m’embrasser avec fouge alors qu’une de ses mains caressait mon intimé à travers mon sous-vêtements et l’autre me malaxait la poitrine.
Je me suis mise à mouiller, gémir en me cambrant de plaisir. Ça faisait tellement longtemps.
Emile : à quand remonte ton dernier dépistage ?
Moi excitée : tu le sais, l’année dernière et depuis je n’ai pas été exposée.
Emile : je te montre le mien.
Il est descendu du lit fouiller dans sa serviette et me sortir un papier. Je regardais plus son érection que le papier, mais tout était négatif.
Emile : c’est bon ?
Moi : oui.
Emile : on peut y aller sans préservatif ?
Moi : oui.
Toute la nuit on l’a fait. J’étais comme une petite pucelle au début puis je me suis lâchée. On n’est même pas sorti manger, il a fait monter à manger. On ne s’est pas lâchés de la nuit et le lendemain nous sommes arrivés en retard au travail. On s’est arrêté prendre des vêtements (une robe pour moi et une chemise pour lui) et il m’a déposée à la station et s’en est allé du côté administratif. Impossible de cacher ma joie et ma bonne humeur. Qu’est-ce que c’était bon !
Mais retour à la réalité. Apparemment il ne va pas laisser sa copine donc ce qui s’est passé d’hier à ce matin ne se reproduira plus jamais.
[Alerte SMS]
Emile “avant qu’on ne redevienne Pascale et Emile, je veux que tu saches que c’était le plus beau 14 février de ma vie”
Ce message m’a fait sourire. Je l’ai effacé après lecture, tout comme le numéro du destinateur. Je crois que le chapitre “Emile” vient de s’achever.
Carmela sortant de nulle part : qu’est-ce qui te fait sourire comme ça ?
J’ai tellement sursauter que le téléphone est tombé. Madame s’est jetée dessus comme si c’était le portable de son mari.
Carmela hystérique : déverrouille-moi le téléphone là ! Je vais te montrer la sauvagerie aujourd’hui. Comme c’est mon mari qui est trop sucré, je vais te montrer.
Moi essayant de me contrôler : Carmela nous sommes sur mon lieu de travail.
Carmela hurlant plus fort : je m’en fous ! Voleuse de mari, sale tchoin ! Tu as passée toute la nuit avec mon mari n’est pas ?
J’étais mais vraiment excédée, au bout du rouleau. Trop c’est trop. On va régler tout ça une bonne fois pour toute.
Moi : Carmela aujourd’hui cette histoire va finir, mais pas ici. Je prends ma pause dans -j’ai regardé ma montre- 2h, je te trouve où ?
Carmela : tu ne…
Moi : si on m’enlève au travail c’est que toi aussi tu es au chômage Carmela. Dans 2h je prends ma pause, je te trouve où ?
Carmela : le stade FC105 est juste à côté.
Moi : je te retrouve là-bas.
J’ai appelé Minouche qu’elle m’apporte un teeshirt et un collant. Je l’ai attendue sur le parking. En voyant mon allure elle a compris que quelque chose se tramait et a décidé de me suivre.
Moi : quelque soit ce qui se passe Minouche n’intervient pas tu comprends ?
Minouche : oui tata.
Je suis arrivée au stade prête.
Moi : je suis là.
Carmela : tu étais où hier soir ? Mens-moi que tu as dormi chez toi !
Moi : en quoi ça te concerne ?
Carmela : tu étais avec Jean-Daniel n’est-ce pas ?
Moi : les 5 ans que j’ai fait dans la maladie, quand ton mari découchait il allait où ?
Carmela : …
Moi : non mais réponds-moi. Pendant 5 ans qui m’a remplacée à mon poste ? Pourquoi tu ne vas pas chez elle ? Tu me veux quoi à la fin Carmela ? C’est quoi avec moi ? Je suis la seule femme avec qui Jean-Daniel t’a trompée ? Pourquoi cet acharnement ? Jusque sur mon lieu de travail.
Carmela : donc tu as dormi où ?
Moi en appuyant sur chaque syllabe : ce-n’est-pas-ton-pro-blème.
Carmela : tu étais avec Jean-Daniel alors.
Au final j’ai même eu pitié d’elle. Tellement que je me suis mise à rire. Un fou rire qui ne dit pas son nom. La colère fait faire des choses hein. J’allais me battre à cause de qui ? Jean-Daniel ? Seigneur Jésus !
Moi : je vaux bien mieux que ça. Tellement mieux !
J’ai récupéré mon sac avec Minouche et nous sommes parties la laissant avec ses démons. Je la déteste autant qu’elle me déteste mais là j’ai seulement pitié d’elle. Elle s’obstine à rester avec un malade comme Jean-Daniel NGONGO, elle va finir à Melen.