(Point de Vue : Kaiden)
L'Institut Pinel était un tombeau stérile, mais même les tombeaux ont des fenêtres.
La mienne était la petite télévision fixée au mur de la salle commune de l'aile haute sécurité.
Assis sur ma chaise en plastique, les poignets libres, mais sous la surveillance de deux gardiens, je fixais le journal télévisé de treize heures.
Le bandeau défilait : Coup de filet historique contre le crime organisé. Saisie record de la SQ rue Saint-Jacques. L'action de Leduc Immobilier rebondit après l'injection de capitaux de sa jeune PDG.
Un sourire lent, sombre et irrésistible, s'étira sur mon visage balafré.
J'avais reconnu l'odeur de la fumée à travers l'écran.
Le Quai 42. Le suicide maquillé d'un cadre. Le braquage de la Rue Saint-Jacques. Les flics envoyés pour faire le ménage. C'était une symphonie de destruction. C'était ma symphonie.
Les méthodes, la cruauté chirurgicale, la manipulation des forces de l'ordre... C'était exactement ce que je lui avais enseigné dans la cabane. Elle appliquait mes leçons avec une échelle de grandeur que je n'aurais jamais pu atteindre seul.
Elle était devenue magnifique. Le monstre parfait.
Mais un monstre ne doit jamais oublier qui tient sa laisse.
Si je la laissais s'enivrer de son propre pouvoir, elle finirait par croire qu'elle n'avait plus besoin de moi. La petite visite pathétique qu'elle m'avait rendue la veille n'était qu'un retrait d'informations. Elle m'avait utilisé comme un distributeur automatique tactique.
Je me levai de ma chaise en plastique. Les deux gardiens se raidirent immédiatement, leurs mains frôlant leurs matraques.
— Retourne t'asseoir, St-James, grogna le plus vieux.
— Je dois voir le Docteur Aris, dis-je d'une voix douce. C'est urgent. J'ai une crise d'angoisse.
Dix minutes plus tard, j'étais dans le bureau capitonné du psychiatre, entravé à nouveau.
Aris me regardait par-dessus ses lunettes à demi-lune, son carnet sur les genoux.
Doc. Aris : Une crise d'angoisse, Kaiden ? C'est atypique dans votre profil psychologique. Qu'est-ce qui la déclenche ?
— C'est Maïra, Docteur.
Je me penchai en avant, feignant une agitation nerveuse, faisant cliqueter mes chaînes.
— Sa visite d'hier m'a perturbé. Elle a parlé de ce bûcheron. Du feu. J'ai eu une... révélation. Il y a quelque chose que je ne vous ai pas dit sur ce qui s'est passé dans le relais forestier. Quelque chose qu'elle a fait.
Aris se figea. Sa plume s'arrêta au-dessus de son carnet.
Doc. Aris : Que voulez-vous dire ?
— Je veux dire que la version de la petite victime terrifiée n'est peut-être pas la vérité absolue, murmurai-je en plongeant mon regard dans le sien. J'ai besoin de la voir. Seule. Si elle ne vient pas d'ici quarante-huit heures... je demanderai à parler officiellement à l'Inspecteur Gagnon. Et croyez-moi, ce que je vais lui raconter va détruire la réputation de votre patiente vedette.
Le visage d'Aris pâlit. Il savait que si un scandale éclatait, sa propre carrière de psychiatre des milliardaires serait terminée.
Doc. Aris : Je vais... je vais la contacter, bredouilla-t-il.
— Faites ça, Docteur. Dites-lui que son vieux professeur a besoin d'évaluer ses derniers devoirs.
Je me rassis au fond de mon siège. Le piège était tendu.
Elle avait bâti un empire en vingt-quatre heures. Mais elle allait devoir redescendre dans ma cave pour me prouver sa loyauté.