Chapitre 25 : Le Sang de mon Sang

833 Words
(Point de Vue : Kaiden) Le gardien Blais puait la sueur froide et l'euphorie. Mon pronostic sur le match des Canadiens lui avait rapporté l'équivalent de trois mois de salaire. Comme prévu, la cupidité avait anéanti son instinct de survie. À vingt-deux heures, pendant la ronde de nuit, il s'arrêta devant le sas de ma cellule. Blais : T'es un p****n de sorcier, St-James, murmura-t-il à travers la grille vocale. T'en as un autre pour ce soir ? — Le basket universitaire. Duke contre North Carolina, répondis-je sans bouger de mon lit. Mais les cotes sont trop serrées. Pour avoir le bon écart de points, j'ai besoin de regarder les statistiques des blessures sur les forums spécialisés. Cinq minutes avec ton téléphone. Blais hésita une demi-seconde. La veille, il avait gardé l'appareil de son côté de la vitre. Mais l'appât du gain est la plus forte des drogues. Il déverrouilla son téléphone, le posa dans le tiroir du sas, et le poussa de mon côté. Je me levai avec la fluidité d'une panthère. Je pris l'appareil. Je n'en avais absolument rien à foutre du basket. J'ouvris un navigateur privé, tapai l'adresse d'une messagerie ProtonMail cryptée, et entrai une suite complexe de caractères. C'était une boîte de réception morte que mon frère et moi avions créée des années plus tôt, au cas où l'un de nos "problèmes" corporatifs ou personnels dégénérerait. Je tapai un seul message, destiné au seul homme sur cette terre en qui j'avais confiance. « L'agneau a volé la couronne. Elle m'a menti. Elle a l'empire, le carnet noir de la ville et les flics en laisse. Le loup étouffe dans sa cage. Prépare l'extraction. » J'appuyai sur Envoyer, effaçai l'historique de navigation en deux clics, et rouvris l'application sportive de Blais. Je replaçai le téléphone dans le sas. — Mise sur North Carolina par plus de sept points, dis-je en retournant m'asseoir dans l'ombre. Le gardien reprit son appareil avec un sourire avide. Il ignorait qu'il venait de déclencher la plus grande chasse à l'homme de l'histoire de la province. (Point de Vue : Liam St-James) Le bracelet électronique à ma cheville gauche était lourd, irritant, et clignotait d'une petite lumière rouge toutes les soixante secondes. Un rappel constant de mon humiliation. J'étais debout devant la baie vitrée de mon bureau privé, dans ma résidence de l'Île-des-Sœurs. Le juge m'avait accordé une libération sous caution de cinq millions de dollars dans l'attente de mon procès pour entrave à la justice et complicité d'enlèvement. Ma réputation d'homme d'affaires était entachée, le conseil d'administration de mon entreprise essayait de me pousser vers la sortie, et mon propre frère pourrissait dans un asile psychiatrique de haute sécurité. Tout ça à cause d'elle. Maïra Leduc. Je marchai jusqu'à mon bureau en noyer massif. J'ouvris le premier tiroir. À l'intérieur, posé sur le bois sombre, se trouvait un petit sachet en plastique scellé. Je l'avais récupéré avant que la police ne fouille mon chalet des Laurentides. À l'intérieur du plastique, une longue mèche de cheveux blonds brillait sous la lampe de bureau. Je m'étais tenu devant elle dans le chalet de Kaiden. Je l'avais crue morte, puis j'avais compris qu'elle était l'épicentre du chaos. J'avais menti pour protéger le sang de mon sang, et cette petite g***e m'avait laissé tomber avec lui. Mon ordinateur portable, sécurisé par un réseau privé, émit un bip sec. Une notification sur mon adresse ProtonMail secrète. Personne n'avait écrit sur cette adresse depuis trois ans. J'ouvris le message. Quatre phrases. L'agneau. Le loup. Le carnet noir. L'extraction. Je relus le message trois fois. Ma mâchoire se crispa à s'en faire briser l'émail. Kaiden n'était pas le genre d'homme à appeler à l'aide. S'il le faisait, c'est qu'elle venait de le surpasser. Elle s'était emparée de Montréal sous notre nez, en se faisant passer pour la pauvre orpheline traumatisée. Je fermai brutalement l'ordinateur. La petite princesse jouait à la guerre avec l'argent de son père. Mais elle allait apprendre la différence entre hériter d'un empire et savoir le défendre. Je pris mon téléphone prépayé, caché derrière une rangée de livres de droit, et composai un numéro suisse. L'homme qui décrocha ne dit pas un mot. — C'est St-James, annonçai-je d'une voix glaciale. J'ai besoin de l'Équipe Alpha. Les meilleurs ex-militaires que vous avez dans votre catalogue. Pas des voyous de quartier. Des fantômes. Budget illimité. — La cible ? demanda la voix avec un fort accent germanique. — L'Institut Pinel. C'est une extraction de classe 5. Et préparez une équipe de surveillance secondaire. Je veux tout savoir sur le chef de la sécurité de Leduc Immobilier. On va couper les jambes de la reine avant de lui arracher la tête. Je raccrochai et jetai le téléphone jetable dans la corbeille. Je regardai une dernière fois la mèche de cheveux blonds dans le tiroir. — Tiens bon, petit frère, murmurai-je dans le silence de la pièce. On arrive.
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