Kidnappé

915 Words
POINT DE VUE DE RAVEN Je reprends conscience, mais je garde les yeux fermés. Je prends une profonde inspiration et étire mon bras engourdi. Je me sens tendue, ma tête palpite, presque comme si j’avais la gueule de bois… ou quelque chose dans le genre. Je n’arrive pas à l’expliquer. Puis tout me revient. Je me redresse d’un bond, tournant la tête dans tous les sens pour observer mon environnement, ce qui ne fait qu’empirer mon mal de tête. La lumière entre par la fenêtre, inondant la pièce d’une clarté intense. C’est beau, mais l’éclat me fait mal aux yeux. Le vertige causé par cette pulsation dans mon crâne se calme peu à peu, mais je sens qu’il persiste. En regardant autour de moi, je réalise que la pièce est somptueuse. Une chambre digne d’un roi, ou plutôt d’une reine. Décorée de rouge, d’or et de noir. Le lit dans lequel je me trouve est immense, bien plus grand que mon lit deux places. Le bois sombre des meubles et le style victorien me rappellent à quel point ce lieu est loin de mon petit appartement. Mon cœur s’emballe en réalisant que je suis ailleurs. Je regarde mes vêtements : toujours la même tenue que la veille. La veste en cuir sur mon haut vert, rentré dans ma jupe noire taille haute. Mes chaussures ont disparu, et je suis pieds nus. Mais l’absence de mes chaussures est le cadet de mes soucis pour l’instant. Je descends précipitamment du lit, titubant de quelques pas en arrière, scrutant la pièce avec une terreur croissante. Où suis-je ? Où suis-je allée hier soir ? Que s’est-il passé ? Puis les souvenirs reviennent comme un raz-de-marée. Mon esprit, meurtri, est envahi par des flashs sporadiques, puis ils s’enchaînent tous ensemble. Le souvenir de cet homme au café, son regard posé sur moi, ses yeux… ces yeux rouges et brillants. Des yeux comme on en voit dans un cauchemar ou un mythe. Ses paroles résonnent dans ma tête, comme un écho lointain. — Je ne veux pas te faire ça, mon amour… Ma poitrine se serre en repensant à la façon dont sa main a frôlé ma joue. Un frisson me parcourt l’échine, et je pourrais presque ressentir à nouveau ce contact. Je pose une main sur ma joue, à l’endroit où ses doigts glacés m’ont touchée. Mon cœur cogne contre ma poitrine ; je veux partir. Je dois sortir d’ici. Je regarde autour de la pièce et me dirige vers la première porte que je vois. Je l’ouvre précipitamment et découvre une vue inattendue. Devant moi, il y a une pièce encore plus grande que mon salon. Des portants de vêtements et de longues robes, des étagères de chaussures à talons du sol au plafond, une coiffeuse entourée de lumières encadrant le miroir. Des tiroirs sont disposés partout dans la pièce. Et là, au centre de cet immense dressing, se trouve une petite couronne. Un diadème. L’un des plus beaux objets que j’aie jamais vus. Des diamants étincelants incrustés dans l’argent créent un bijou élégant, digne d’une reine. — C’est magnifique, n’est-ce pas ? lance une voix grave derrière moi. Je sursaute, me retourne, une main sur le cœur. Ma gorge se noue quand je le vois. L’homme du café. L’homme de la ruelle. Je ne réponds pas, et il baisse les yeux vers ses pieds, hésitant à s’approcher. — C’était la tiare de ma mère avant qu’elle ne devienne reine, dit-il en désignant le diadème. Le mot « reine » me trouble. Il doit bien le voir sur mon visage. Comment pourrais-je ne pas être sous le choc ? — Puis-je ? demande-t-il en faisant un petit pas en avant, cherchant mon accord pour s’approcher. Je recule légèrement, mon regard figé sur lui. Il s’immobilise. — Tes yeux… balbutié-je en constatant que ses yeux sont maintenant marron. Rien à voir avec le rouge brillant de la veille. — Ils deviennent plus sombres à la lumière du jour, explique-t-il, répondant à ma question muette. J’avale difficilement. Parmi toutes les choses que j’aurais pu dire, que j’aurais pu lui demander… — Est-ce que tout ça est réel ? C’est la seule question qui me vient, malgré la stupidité de mes mots. — Qu’est-ce qui serait réel ? réplique-t-il. Je me sens comme en transe en lui parlant. — Toi, ta mère, hier soir… Je bégaye, ma tête se met à tourner. — Est-ce que je rêve ? demandé-je, d’une voix vulnérable, presque suppliante, espérant qu’il dise oui. — Non, soupire-t-il. Tu ne rêves pas. Pendant deux secondes, je reste figée. Pourtant, cela semble une éternité. Mon cœur bat plus fort, résonnant dans mes oreilles comme un tambour. Je recule, mon corps vibrant de peur à l’idée de ce dans quoi je me suis embarquée. Mon pied se prend dans quelque chose, et je tombe en arrière. Je me prépare à heurter le sol, mais un bras s’enroule autour de moi. J’ouvre les yeux, et je suis face aux yeux marron de l’homme qui m’a kidnappée. Terrifiée et suspendue au-dessus du sol, je flotte à un simple pouce du sol. D’un mouvement rapide, je le repousse et m’éloigne de lui. — Comment as-tu… comment peux-tu… balbutié-je, des questions me traversant l’esprit. Pourquoi suis-je ici ? lâché-je enfin, comblant l’espace de silence entre nous. — Tu ne me croirais pas si je te le disais. Sa voix est grave, presque aussi intense que son regard posé sur moi. — Essaie-moi, dis-je lentement.
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