Il s’accroupit, à quelques pas de là où il m’a rattrapée. Quelque chose s’éveille en moi lorsqu’il répond par le silence. Une vague d’horreur monte, et je ne peux m’empêcher de parler.
— Qu’est-ce que tu es ? murmuré-je.
Mon pouls s’accélère alors que je le fixe, laissant transparaître toute ma peur.
— Que penses-tu que je suis ? réplique-t-il, son visage impassible.
Il sait que je connais déjà la réponse. Le silence résonne dans mes oreilles tandis que mon esprit crie :
Dis-le.
— Je suis un vampire.
Et à cet instant, je jure que je préfèrerais être avec ma famille, même horrible. Rien dans ma vie à Paris n’aurait pu être pire que ça…
Ma première pensée, c'est qu'il est fou : un psychopathe qui kidnappe des femmes, les laisse dans un endroit luxueux avant de les tuer. Ma deuxième pensée, c'est que c'est moi qui deviens folle.
— Quoi ?! m'écrié-je, ma voix montant en même temps que mon rythme cardiaque qui s'emballe.
Il ne dit rien. Il se contente de se redresser, abandonnant la position agenouillée qu'il avait de l'autre côté de la pièce. Son silence alimente ma colère, et mon cœur tambourine dans ma poitrine.
— Dis-moi pourquoi je suis ici ! Dis-moi pourquoi je ne suis pas à New York ! lui crie-je, presque suppliante.
— Tu es ici parce que je t’ai choisie, répond-il, ses mots aussi vagues que son expression.
— Comment ça, tu m’as choisie ?
— Je suis allé à New York avec seulement une semaine pour trouver mon âme sœur, dit-il sans la moindre émotion. Pas un soupçon d’arrogance, rien. Son visage reste neutre, impassible.
Je le fixe, bouche bée, déglutissant difficilement.
— Au début, j’étais excité. Puis j’ai commencé à réfléchir vraiment...
Je me tends et un frisson me parcourt l’échine. Je ne veux pas entendre ça. Je ne peux pas entendre ça.
— Arrête, dis-je en frissonnant, mettant ma tête entre mes mains.
Je sens la panique monter, mes jambes deviennent molles, et mon pouls bat fort dans mon cou.
— Raven, je... commence-t-il, mais mes yeux s’ouvrent grands de surprise.
— Comment... Comment tu connais mon nom ? balbutié-je, sentant un vertige m'envahir de plus en plus intensément.
— Je t’ai entendue au téléphone l’autre soir. Cette femme t’a appelée Raven, explique-t-il calmement.
Je le fixe, choquée.
— Comment as-tu pu entendre ça ? demandé-je, complètement abasourdie.
— C’est assez évident, non ? Je viens de te dire que je suis un vampire..., murmure-t-il.
Je reste figée une seconde. Puis je secoue la tête, passant mes mains dans mes cheveux, mon estomac se nouant douloureusement. Je cache mon visage dans mes mains, sentant les larmes monter. Mais je refuse de pleurer.
— Je n’avais pas le choix, déclare-t-il, sa voix tendue.
Il n’est plus qu’à quelques pas de moi. Je lève les yeux vers lui, sans chercher à dissimuler les larmes qui coulent sur mes joues.
— Pourquoi moi ? Pourquoi tu m’as choisie ? demandé-je d’une voix tremblante.
À travers mes larmes, il n’est qu’une silhouette floue devant moi.
— Je n’ai pas décidé. En quelque sorte, c’est... C’est comme si ça s’imposait à moi. Je pensais que chercher mon âme sœur serait une décision, mais ce n’était pas le cas. Je t’ai vue, et c’était gravé dans le marbre : c’était toi, essaie-t-il de m’expliquer.
Mais je suis déjà ailleurs, loin de ses mots.
— Tu peux inverser ça ? Il y a une solution pour que je rentre chez moi ? demandé-je, pleine d’espoir.
Je lève les yeux vers lui, mes larmes séchant lentement sur mes joues.
— Non, il n’y en a pas.
Ses mots sont comme un coup de poing. La réalité s’impose à moi, brutale. Je ne rentrerai plus jamais. Je ne reverrai jamais mes amis. Je ne reverrai jamais Steven...
Steven, qui avait toujours les mots justes pour me réconforter. Mais là, rien, aucun mot ne pourrait apaiser la douleur qui m’écrase.
Mon corps tout entier devient lourd, comme si un poids m’écrasait. Je me lève lentement et le fixe dans les yeux.
Je ne sais pas ce que je fais. Mon corps agit tout seul, engourdi. Mon regard est attiré par une vitrine à ma gauche, où repose une belle couronne. D’un coup d’œil, je vérifie qu’il ne remarque rien.
Je m’approche de lui, mes pas hésitants. Il est bien plus grand que moi, mais je ne recule pas.
Je suis à quelques mètres de lui quand je fais mon mouvement.
D’un geste brusque, je fracasse la vitrine avec mon poing. Le verre éclate. J’arrache un morceau tranchant et me redresse, le verre fermement en main. Sans hésiter, je le plante avec force dans sa poitrine, juste au-dessus de son cœur.
Tout se passe en une fraction de seconde.
Je n’ai rien à faire de ce qu’il est, humain ou créature surnaturelle. Je veux sortir d’ici, et il ne m’arrêtera pas.
Mais il ne bouge presque pas.
Il me fixe, et pendant une fraction de seconde, je crois voir une lueur amusée dans ses yeux rouges sombres.
— Si tu serres encore, tu vas te couper la main, dit-il calmement.
C’est seulement à cet instant que je remarque le sang qui coule de ma paume.
— Peu importe. Je me fiche que tu sois humain ou ce que tu prétends être. Je suis presque sûre que quelque chose de tranchant, planté dans ton cœur, suffira à te tuer, dis-je avec colère.
Je n’ai pas remarqué que je l’ai acculé contre le mur.
— Tu veux quoi, exactement ? demande-t-il doucement, imperturbable.
— Mes exigences, dis-je avec force.
— Tes exigences ? répète-t-il en ricanant.
Agacée, j’appuie plus fort le verre contre sa poitrine, déchirant sa chemise.
— Ne me teste pas, espèce de c*****d, ou je...
— Ou tu quoi ? Tu vas me planter un morceau de verre dans le cœur ? interrompt-il calmement.
Son calme attise ma rage.
— Fais-le, me provoque-t-il. Fais-le, et tu pourras sortir d’ici.
Il s’arrête, un sourire moqueur aux lèvres.
— Fais-le, et tout ce que tu as prévu se réalisera. Enfin, si tu as un plan après avoir tué le prince de Regatul Moroi, termine-t-il, son accent roumain très prononcé.
Je le fixe, furieuse, mes yeux brûlants de rage. Je presse encore le verre contre sa chair, mais je finis par le retirer dans un grognement de frustration.
Je jette le morceau de verre au sol, où il éclate en mille morceaux.
ASUIVRE....