Chapitre 9

650 Words
La pluie tombait en rideaux drus sur la cour de l’orphelinat, martelant le sol et les pavés glissants. Raine, trempée jusqu’aux os, se débattait encore dans l’emprise de Torak, ses yeux brillants d’effroi cherchant un refuge. — Relâchez-la immédiatement ! lança Madame Anne, sa voix vibrante de colère et de peur mêlées. Elle s’avança, mains sur les hanches, le corps tendu, mais Torak ne bougea pas d’un pouce. D’un geste sec, il arracha le parapluie que Raphaël lui tendait et la ramena contre lui. Raine tenta de fuir vers l’infirmière, mais Raphaël, d’un geste sûr, l’arrêta par l’épaule. — Ne bougez pas, murmura-t-il, sa voix douce trahissant son inquiétude. Nous ne voulons pas lui faire de mal. Effrayée et obstinée, Raine mordit la main qui la retenait. Raphaël, surpris mais pas blessé, la laissa se dégager et la regarda filer vers Madame Anne. Avant qu’elle n’atteigne la sécurité relative de l’adulte, Torak la reprit, la serrant fermement contre lui, ignorant les cris et les gestes de l’infirmière. Un grondement s’échappa de sa gorge, un avertissement silencieux. Raphaël sentit son cœur se serrer mais ne broncha pas. — Que voulez-vous ? cria Madame Anne, son visage rougi par la colère et l’angoisse. Je ferai venir la garde si vous ne la lâchez pas ! Torak ne répondit pas, mais dans l’esprit de Raphaël, un grondement sourd se fit entendre, suivi d’un froncement de sourcils mental : — Combien de gardes faudrait-il pour arrêter un Alpha ? À ses côtés, un loup gris se matérialisa, grande silhouette fluide qui s’agenouillait presque à hauteur de Raphaël. — Je t’avais demandé de venir, pensa Raphaël, et le loup répondit mentalement avec malice. Calleb remua la queue avec un air de chiot farceur. — Tu ne m’as jamais précisé que je devais venir sous forme humaine, ricana-t-il. Je ne veux pas tremper mon costume de marque dans cette pluie. Les métamorphes avaient ce don : changer de forme leur permettait de passer dans un autre plan, invisible aux humains, tout en conservant leurs vêtements intacts. Raphaël esquissa un sourire à peine perceptible face à la légèreté du loup, mais le sérieux de la situation l’emportait. Ils observèrent Torak et la fillette blottie contre lui. — C’est elle ? demanda Calleb, museau pointé vers Raine. Notre Luna ? — Oui, confirma Raphaël. Le loup secoua sa tête avec incrédulité et amusement, observant la scène : la fillette humaine avait bel et bien aperçu sa forme lupine, ce qui défiait les règles habituelles. Raine, cependant, enfouissait son visage dans le bras de Torak, incapable de fuir. Après quelques minutes de tension, Madame Anne céda enfin. Elle ouvrit le portail et laissa passer Torak et sa compagne, sous le regard attentif de Raphaël et du loup Calleb. À l’intérieur, l’orphelinat semblait figé dans le temps : murs anciens, couloirs sombres et mobilier usé, vestiges d’un bâtiment qui avait traversé les âges sans jamais être rénové. Madame Anne les guida jusqu’à une chambre à la porte bleue, promettant de fournir des vêtements secs à Raine pour la nuit. Torak, lui, ne détachait pas son regard de la jeune fille. Chaque frisson de peur, chaque mouvement de ses mains tremblantes, lui parvenait avec une clarté effrayante. — Quel est ton nom ? demanda-t-il doucement, mais Raine ne répondit pas. Anne intervint, voix douce, presque hésitante : — Elle s’appelle Raine. Torak répéta le nom à voix basse, savourant la sonorité. — Beau nom. — Et son âge ? demanda-t-il mentalement. — Dix-sept ans, monsieur, répondit Anne, sa voix trop polie, trop prudente. Torak fronça les sourcils. — Je ne t’ai pas demandé, mais… — Elle ne répondra pas, murmura Anne, jetant un coup d’œil à Raine qui gardait la tête baissée. L’Alpha haussa les yeux vers la fillette, déterminé à percer son silence. Sa patience et sa force étaient infinies, mais chaque minute de cette attente lui semblait une éternité.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD