Chapitre 10

686 Words
Raphaël observa Raine, frissonnante dans ses vêtements détrempés, et songea qu’il fallait la changer avant qu’elle ne tombe malade. — Elle devrait se mettre au sec, murmura-t-il, le regard inquiet. Torak jeta un œil noir à son Bêta, mais acquiesça silencieusement. — Oui… va te changer, ordonna-t-il d’une voix grave. À contrecœur, il la relâcha. Raine se glissa aussitôt derrière Anne, cherchant la sécurité et la chaleur que seule la présence de l’adulte pouvait lui offrir. Elle hésita un instant, inclinant légèrement la tête vers Anne comme pour demander son approbation, et ne bougea que lorsque celle-ci lui fit un signe. Torak, immobile, sentit une tension sourde le parcourir : pourquoi fallait-il qu’elle demande la permission de s’éloigner de lui ? — Raine, tu as oublié quelque chose, intervint Raphaël, levant le sac en plastique blanc où se trouvaient les médicaments. La jeune fille s’arrêta, le regardant, mais demeura immobile, sans avancer, craignant sans doute que Torak ne changeât d’avis. Ses yeux se posèrent furtivement sur Calleb, confirmant au loup gris qu’elle pouvait le percevoir malgré sa forme animale. Torak, d’un pas ferme, s’empara du sac que Raphaël tenait et avança vers elle. Raine se raidit, prête à fuir, mais il attrapa sa main avec une autorité douce et pressante. — Dépêche-toi de te changer, nous partons immédiatement, ordonna-t-il. Elle arracha le sac de ses mains et s’éloigna rapidement, rompant le contact et laissant Torak contenir l’agitation du loup qui brûlait en lui. — Suis-la, commanda-t-il mentalement à Calleb. Le loup s’élança, flairant la direction où Raine avait disparu, ses pattes effleurant à peine le sol humide. ============= Dans le bureau, Anne laissa une vieille femme aux lunettes rondes sur l’arête du nez, visiblement irritée par l’interruption de son sommeil. Elle promit d’aller voir Raine dans un instant et sortit de la pièce. Torak et Raphaël ne s’attardèrent pas à ce détail : ils devaient finaliser l’adoption rapidement. Mme Lang, la directrice de l’orphelinat, distribuait les papiers à signer avec un air agité, semblant nerveuse face à l’autorité imposante de Torak. — Monsieur Donovan, vous avez encore un rendez-vous de conseil, rappela-t-elle, documents en main. — Je pars ce matin pour Redriver City et j’emmène Raine avec moi. La suite des démarches sera assurée par mes collaborateurs, répondit Torak, prenant les papiers avec une détermination tranquille. Il s’assit, laissant Raphaël s’occuper de la vieille dame, tandis qu’ils parcouraient les formalités. Torak feuilletait le dossier de Raine avec une intensité silencieuse. — Elle a passé trois ans en hôpital psychiatrique ? demanda-t-il, les yeux fixés sur les documents. — Oui, elle en est sortie il y a un an, confirma Mme Lang, ajustant ses lunettes. Depuis, elle n’a jamais parlé, ajouta-t-elle, presque en chuchotant. — Que s’est-il passé ? voulut savoir Raphaël. — Ses parents sont morts lorsqu’elle avait huit ans, expliqua Mme Lang. Un ami proche de son père l’a recueillie, mais sa famille adoptive a constaté des troubles et l’a placée en hôpital psychiatrique. — Pour quelle raison ? insista Raphaël. — Elle parlait de choses incohérentes, haussa Mme Lang les épaules. Des créatures qui la menaçaient… elle prétendait qu’une voulait sa mort. Torak serra les dents, la mâchoire crispée par la colère et le sentiment de rage protectrice. Raphaël remarqua la tension, conscient que l’Alpha réagissait à l’injustice faite à Raine. — La famille adoptive a refusé de la reprendre, continua Mme Lang. Elle est arrivée ici. Puis-je savoir pourquoi vous insistez pour l’adopter ? Avant que Raphaël n’ouvre la bouche, Torak répondit, voix basse mais ferme : — Je dois une faveur à son père défunt. Je compte la respecter. Mme Lang sembla satisfaite, rassurée qu’un adulte responsable prenne enfin Raine sous sa protection. Son regard trahissait toutefois une pointe d’appréhension devant la jeune fille. Torak, sentant le dégoût implicite dans les yeux de Mme Lang, laissa échapper un grognement sourd qui la fit sursauter. Raphaël s’éclaircit la gorge juste à temps pour désamorcer la tension, tandis qu’Anne revenait dans la pièce. — Où est Raine ? demanda Torak, sur le qui-vive, le corps tendu en anticipant la réaction de la jeune fille.
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