Chapitre 6— Constance ! Je crie sur le pas de la porte.
Elle m’a foutu dehors ou elle est en train de le faire. Toujours est-il que je suis en caleçon dans le couloir, suppliant ma voisine de bien vouloir m’écouter.
Ce petit bout de femme est beaucoup plus coriace que ce à quoi je m’attendais et, pour cause, après mes explications farfelues sur l’agence, elle m’a poussé telle une folle furieuse jusqu’à la porte. Et me voilà, à des kilomètres de Marrakech en plein antarctique là où la température ne dépasse pas les moins vingt degrés.
Autant dire que kiki a presque déserté mon slip tant il a rétréci.
— Laisse-moi t’expliquer ! je continue, sans même savoir ce que je vais pouvoir lui dire.
Pour toute réponse, elle me balance mes fringues à la figure puis claque la porte. Il semble que ma douce et précieuse voisine soit quelque peu énervée...
Au moins, elle n’est plus triste !
Quoi que...
En regagnant mon appartement, je me rends compte qu’il est bien trop tard pour me foutre devant l’ordinateur. J’ai loupé mon rendez-vous hebdomadaire.
Mon quarante mètres carré me semble vide, sans vie. Tout est morose. Je ne possède pas grand-chose, j’ai vendu nos meubles — ceux que je n’avais pas détruits — pour recommencer à zéro.
Est-ce réellement ce que j’ai fait ?
Alison hante chaque recoin de cet endroit. Elle est partout. Pourtant, de son vivant, elle n’a jamais mis les pieds ici. Aucune femme n’est entrée dans mon terrier. Il y fait bien trop froid.
Dans l’obscurité, je m’écroule sur le lit.
J’imagine que s’il y avait une nana dans cette baraque, elle aurait allumé les lumières, peut-être des bougies. Nous aurions un sapin au milieu du salon et de la musique populaire en fond. J’imagine que s’il y avait une fille dans cette maison, je ne serais pas aussi misérable.
Ni aussi maigre.
Mon corps a perdu la totalité de ses muscles. Avant, je pouvais me vanter d’être bien dessiné. À présent, je n’ai plus que la peau sur les os. Et beaucoup de poils ! Ça des poils, j’en ai partout.
Je suis un vieil ours mal léché.
Mon portable sonne et je souris sans savoir qui est la personne qui pense à moi en ce moment.
Même si j’ai ma petite idée.
Éphémère2 : Rude journée ?
Les vieux ont beau dire ce qu’ils veulent sur les nouvelles technologies, c’est quand même vachement pratique. À travers un écran, sans se voir, se toucher, tout paraît plus simple. C’est vrai quoi ! Il n’y a plus d’âge, de couleur, d’ethnie qui comptent. Les barrières sont levées, la première impression, les apparences, n’ont plus aucun sens derrière un ordinateur ou un portable.
Coco_Rocco : Tu n’as même pas idée...
N’y voyez aucun message, mon surnom me vient de mon oncle. C’était un acteur.
Coco_Rocco : J’ai loupé notre rendez-vous.
En général, c’est elle qui me laisse en plan avec tout un tas d’ennemis à nos trousses. Elle est sans cesse appelée par son travail au dernier moment et je dois m’occuper des assaillants tout seul. Parfois, je hais son patron.
Heureusement, j’ai mon AK47 !
Éphémère2 : Ne t’en fais pas, j’ai encore dégommé tout le monde, de toute façon...
Ça me fait sourire. Avant de continuer notre conversion, je me glisse sous ma couette. Je ne sais plus très bien à quand remonte la dernière fois que j’ai changé les draps de mon lit, mais ça fouette là-dessous !
Coco_Rocco : Je n’en doute pas.
J’en doute carrément !
Éphémère2 ne sait pas jouer seule. Elle a besoin de son partenaire. C’est-à-dire, moi.
Rocco et son AK47.
Éphémère2 : Un compliment ? Tu n’es pas à ton aise, ce soir. Tu vas me laisser tomber, c’est ça ?
Coco_Rocco : Jamais de la vie. J’ai juste passé une sale journée.
J’ai couché avec ma voisine, après que son mec, mon pote, ne vienne m’apprendre qu’il avait contracté une saloperie de maladie. Et le pire dans tout ça, c’est que je ne regrette pas une seule seconde ce que j’ai fait. Non, je m’en contrefous. Je laisse les choses se faire. En revanche, ce qui me paraît évident, c’est que si j’arrête de parler à cette fille, Éphémère2, ce n’est pas elle que je laisserai tomber, c’est moi.
Finalement, il y a peut-être bien une femme qui vit dans cet appartement.
Seulement, elle est imaginaire, éphémère.