Chapitre 2

3367 Words
La semaine du retour fut vite écoulée. Celle qui suivit devait être la dernière que le régiment passait à Meryton. Toute la jeunesse féminine du voisinage donnait les signes d’un profond abattement. La tristesse semblait universelle. Seules, les aînées des demoiselles Bennet étaient encore en état de manger, dormir, et vaquer à leurs occupations ordinaires. Cette insensibilité leur était du reste souvent reprochée par Kitty et Lydia dont la détresse était infinie et qui ne pouvaient comprendre une telle dureté de cœur chez des membres de leur famille. – Mon Dieu, qu’allons-nous faire ? qu’allons-nous devenir ? s’exclamaient-elles sans cesse dans l’amertume de leur désespoir. Comment avez-vous le cœur de sourire ainsi, Lizzy ? Leur mère compatissait à leur chagrin, en se rappelant ce qu’elle avait souffert elle-même vingt-cinq ans auparavant, dans de semblables circonstances. – Moi aussi, j’ai pleuré deux jours entiers, lorsque le régiment du colonel Millar est parti. Je croyais bien que mon cœur allait se briser. – Le mien n’y résistera pas, j’en suis sûre, déclara Lydia. – Si seulement on pouvait aller à Brighton ! fit Mrs. Bennet. – Oui, si on le pouvait ! mais papa ne fait rien pour nous être agréable. – Quelques bains de mer me rendraient la santé pour longtemps. – Et ma tante Philips est convaincue que cela me ferait aussi le plus grand bien, ajoutait Kitty. Telles étaient les lamentations qui ne cessaient de résonner à Longbourn. Elizabeth aurait voulu en rire, mais cette idée céda bientôt à un sentiment de honte. Elle sentit de nouveau la justesse des appréciations de Darcy et comprit comme elle ne l’avait point fait encore son intervention dans les projets de son ami. Mais toutes les sombres idées de Lydia s’envolèrent comme par enchantement lorsqu’elle reçut de Mrs. Forster, la femme du colonel du régiment, une invitation à l’accompagner à Brighton. Cette amie incomparable était une femme toute jeune et tout récemment mariée ; la bonne humeur et l’entrain qui les caractérisaient toutes deux l’avaient vite rapprochée de Lydia. Leurs relations ne dataient que de trois mois et, depuis deux mois déjà, elles étaient sur un pied de grande intimité. Les transports de Lydia, à cette nouvelle, la joie de sa mère, la jalousie de Kitty ne peuvent se décrire. Lydia, ravie, parcourait la maison en réclamant bruyamment les félicitations de tout le monde, tandis qu’au salon, Kitty exhalait son dépit en termes aussi aigres qu’excessifs. – Je ne vois pas pourquoi Mrs. Forster ne m’a pas invitée aussi bien que Lydia. J’ai autant de droits qu’elle à être invitée, plus même, puisque je suis son aînée de deux ans. En vain Elizabeth essayait-elle de la raisonner, et Jane de lui prêcher la résignation. Elizabeth était si loin de partager la satisfaction de Mrs. Bennet qu’elle considérait cette invitation comme le plus sûr moyen de faire perdre à Lydia tout ce qui lui restait de bon sens ; aussi, malgré sa répugnance pour cette démarche, elle ne put s’empêcher d’aller trouver son père pour lui demander de ne point la laisser partir. Elle lui représenta le manque de tenue de sa sœur, le peu de profit qu’elle tirerait de la société d’une personne comme Mrs. Forster, et les dangers qu’elle courrait à Brighton où les tentations étaient certainement plus nombreuses que dans leur petit cercle de Meryton. Mr. Bennet, après l’avoir écoutée attentivement, lui répondit : – Lydia ne se calmera pas tant qu’elle ne sera pas exhibée dans un endroit à la mode. Or, nous ne pouvons espérer qu’elle trouvera une meilleure occasion de le faire avec aussi peu de dépense et d’inconvénient pour le reste de sa famille. – Si vous saviez le tort que Lydia peut nous causer, – ou plutôt nous a causé déjà, – par la liberté et la hardiesse de ses manières, je suis sûre que vous en jugeriez autrement. – Le tort que Lydia nous a causé ! répéta Mr. Bennet. Quoi ? aurait-elle mis en fuite un de vos soupirants ? Pauvre petite Lizzy ! Mais remettez-vous ; les esprits assez délicats pour s’affecter d’aussi peu de chose ne méritent pas d’être regrettés. Allons, faites-moi la liste de ces pitoyables candidats que cette écervelée de Lydia a effarouchés. – Vous vous méprenez. Je n’ai point de tels griefs et c’est à un point de vue général et non particulier que je parle en ce moment. C’est notre réputation, notre respectabilité qui peut être atteinte par la folle légèreté, l’assurance et le mépris de toute contrainte qui forment le fond du caractère de Lydia. Excusez-moi, mon père, de vous parler avec cette franchise, mais si vous ne prenez pas la peine de réprimer vous-même son exubérance et de lui apprendre que la vie est faite de choses plus sérieuses que celles qui l’occupent en ce moment, il sera bientôt impossible de la corriger et Lydia se trouvera être à seize ans la plus enragée coquette qui se puisse imaginer ; coquette aussi dans le sens le plus vulgaire du mot, sans autre attrait que sa jeunesse et un physique agréable, et que son ignorance et son manque de jugement rendront incapable de se préserver du ridicule que lui attirera sa fureur à se faire admirer. Kitty court les mêmes dangers, puisqu’elle suit en tout l’exemple de Lydia. Vaniteuses, ignorantes, frivoles, pouvez-vous croire, mon cher père, qu’elles ne seront pas critiquées et méprisées partout où elles iront, et que, souvent, leurs sœurs ne se trouveront pas comprises dans le même jugement ? Mr. Bennet, voyant la chaleur avec laquelle parlait sa fille lui prit affectueusement la main et répondit : – Ne vous tourmentez pas, ma chérie, partout où l’on vous verra ainsi que Jane, vous serez appréciées et respectées. Nous n’aurons pas la paix à Longbourn si Lydia ne va pas à Brighton. Laissons-la y aller. Le colonel Forster est un homme sérieux qui ne la laissera courir aucun danger, et le manque de fortune de Lydia l’empêche heureusement d’être un objet de convoitise. À Brighton, d’ailleurs, elle perdra de son importance, même au point de vue du flirt. Les officiers y trouveront des femmes plus dignes de leurs hommages. Espérons plutôt que ce séjour la persuadera de son insignifiance. Elizabeth dut se contenter de cette réponse et elle quitta son père déçue et peinée. Cependant, il n’était pas dans sa nature de s’appesantir sur les contrariétés. Elle avait fait son devoir ; se mettre en peine maintenant pour des maux qu’elle ne pouvait empêcher, ou les augmenter par son inquiétude, ne servirait à rien. L’indignation de Lydia et de sa mère eût été sans bornes si elles avaient pu entendre cette conversation. Pour Lydia, ce séjour à Brighton représentait toutes les possibilités de bonheur terrestre. Avec les yeux de l’imagination, elle voyait la ville aux rues encombrées de militaires, elle voyait les splendeurs du camp, avec les tentes alignées dans une imposante uniformité, tout rutilant d’uniformes, frémissant de jeunesse et de gaieté, elle se voyait enfin l’objet des hommages d’un nombre impressionnant d’officiers. Qu’eût-elle pensé, si elle avait su que sa sœur tentait de l’arracher à d’aussi merveilleuses perspectives ? Elizabeth allait revoir Wickham pour la dernière fois. Comme elle l’avait rencontré à plusieurs reprises depuis son retour, cette pensée ne lui causait plus d’agitation. Aucun reste de son ancienne sympathie ne venait non plus la troubler. Elle avait même découvert dans ces manières aimables qui l’avaient tant charmée naguère, une affectation, une monotonie qu’elle jugeait maintenant fastidieuses. Le désir qu’il témoigna bientôt de lui renouveler les marques de sympathie particulière qu’il lui avait données au début de leurs relations, après ce qu’elle savait ne pouvait que l’irriter. Tout en se dérobant aux manifestations d’une galanterie frivole et vaine, la pensée qu’il pût la croire flattée de ses nouvelles avances et disposée à y répondre lui causait une profonde mortification. Le jour qui précéda le départ du régiment, Wickham et d’autres officiers dînèrent à Longbourn. Elizabeth était si peu disposée à se séparer de lui en termes aimables qu’elle profita d’une question qu’il lui posait sur son voyage à Hunsford pour mentionner le séjour de trois semaines que Mr. Darcy et le colonel Fitzwilliam avaient fait à Rosings et demanda à Wickham s’il connaissait ce dernier. Un regard surpris, ennuyé, inquiet même, accueillit cette question. Toutefois, après un instant de réflexion il reprit son air souriant pour dire qu’il avait vu le colonel Fitzwilliam jadis et après avoir observé que c’était un gentleman, demanda à Elizabeth s’il lui avait plu. Elle lui répondit par l’affirmative. D’un air indifférent il ajouta : – Combien de temps, dites-vous, qu’il a passé à Rosings ? – Trois semaines environ. – Et vous l’avez vu souvent ? – Presque journellement. – Il ressemble assez peu à son cousin. – En effet, mais je trouve que Mr. Darcy gagne à être connu. – Vraiment ? s’écria Wickham avec un regard qui n’échappa point à Elizabeth ; et pourrais-je vous demander… – mais se ressaisissant, il ajouta d’un ton plus enjoué : – Est-ce dans ses manières qu’il a gagné ? A-t-il daigné ajouter un peu de civilité à ses façons ordinaires ? Car je n’ose espérer, dit-il d’un ton plus grave, que le fonds de sa nature ait changé. – Oh ! non, répliqua Elizabeth ; sur ce point, je crois qu’il est exactement le même qu’autrefois. Wickham parut se demander ce qu’il fallait penser de ce langage énigmatique et il prêta une attention anxieuse à Elizabeth pendant qu’elle continuait : – Quand je dis qu’il gagne à être connu, je ne veux pas dire que ses manières ou sa tournure d’esprit s’améliorent, mais qu’en le connaissant plus intimement, on est à même de mieux l’apprécier. La rougeur qui se répandit sur le visage de Wickham et l’inquiétude de son regard dénoncèrent le trouble de son esprit. Pendant quelques minutes, il garda le silence, puis, dominant son embarras, il se tourna de nouveau vers Elizabeth et, de sa voix la plus persuasive, lui dit : – Vous qui connaissez mes sentiments à l’égard de Mr. Darcy, vous pouvez comprendre facilement ce que j’éprouve. Je me réjouis de ce qu’il ait la sagesse de prendre ne serait-ce que les apparences de la droiture. Son orgueil, dirigé dans ce sens, peut avoir d’heureux effets, sinon pour lui, du moins pour les autres, en le détournant d’agir avec la déloyauté dont j’ai tant souffert pour ma part. J’ai peur seulement qu’il n’adopte cette nouvelle attitude que lorsqu’il se trouve devant sa tante dont l’opinion et le jugement lui inspirent une crainte respectueuse. Cette crainte a toujours opéré sur lui. Sans doute faut-il en voir la cause dans le désir qu’il a d’épouser miss de Bourgh, car je suis certain que ce désir lui tient fort au cœur. Elizabeth, à ces derniers mots, ne put réprimer un sourire ; mais elle répondit seulement par un léger signe de tête. Pendant le reste de la soirée Wickham montra le même entrain que d’habitude, mais sans plus rechercher sa compagnie, et lorsqu’ils se séparèrent à la fin, ce fut avec la même civilité de part et d’autre, et peut-être bien aussi le même désir de ne jamais se revoir. Lydia accompagnait les Forster à Meryton d’où le départ devait avoir lieu le lendemain matin de fort bonne heure. La séparation fut plus tapageuse qu’émouvante. Kitty fut la seule à verser des larmes, mais des larmes d’envie. Mrs. Bennet, prolixe en vœux de joyeux séjour, enjoignit avec force à sa fille de ne pas perdre une occasion de s’amuser, – conseil qui, selon toute apparence, ne manquerait pas d’être suivi ; et, dans les transports de joie de Lydia, se perdirent les adieux plus discrets de ses sœurs. XLII Si Elizabeth n’avait eu sous les yeux que le spectacle de sa propre famille, elle n’aurait pu se former une idée très avantageuse de la félicité conjugale. Son père, séduit par la jeunesse, la beauté et les apparences d’une heureuse nature, avait épousé une femme dont l’esprit étroit et le manque de jugement avaient eu vite fait d’éteindre en lui toute véritable affection. Avec le respect, l’estime et la confiance, tous ses rêves de bonheur domestique s’étaient trouvés détruits. Mr. Bennet n’était pas homme à chercher un réconfort dans ces plaisirs auxquels tant d’autres ont recours pour se consoler de déceptions causées par leur imprudence. Il aimait la campagne, les livres, et ces goûts furent la source de ses principales jouissances. La seule chose dont il fût redevable à sa femme était l’amusement que lui procuraient son ignorance et sa sottise. Ce n’est évidemment pas le genre de bonheur qu’un homme souhaite devoir à sa femme, mais, à défaut du reste, un philosophe se contente des distractions qui sont à sa portée. Ce qu’il y avait d’incorrect à cet égard dans les manières de Mr. Bennet n’échappait point à Elizabeth et l’avait toujours peinée. Cependant, appréciant les qualités de son père et touchée de l’affectueuse prédilection qu’il lui témoignait, elle essayait de fermer les yeux sur ce qu’elle ne pouvait approuver et tâchait d’oublier ces atteintes continuelles au respect conjugal qui, en exposant une mère à la critique de ses propres enfants, étaient si profondément regrettables. Mais elle n’avait jamais compris comme elle le faisait maintenant les désavantages réservés aux enfants nés d’une union si mal assortie, ni le bonheur qu’auraient pu ajouter à leur existence les qualités très réelles de leur père, s’il avait seulement pris la peine de les cultiver davantage. Hors la joie qu’elle eut de voir s’éloigner Wickham, Elizabeth n’eut guère à se féliciter du départ du régiment. Les réunions au dehors avaient perdu de leur animation tandis qu’à la maison les gémissements de sa mère et de ses sœurs sur le manque de distractions ôtaient tout agrément au cercle familial. Somme toute, il lui fallait reconnaître – après tant d’autres, – qu’un événement auquel elle avait aspiré avec tant d’ardeur ne lui apportait pas toute la satisfaction qu’elle en attendait. Lydia en partant avait fait la promesse d’écrire souvent et avec grands détails à sa mère et à Kitty. Mais ses lettres étaient toujours très courtes et se faisaient attendre longtemps. Celles qu’elle adressait à sa mère contenaient peu de chose : elle revenait avec son amie de la bibliothèque où elle avait rencontré tel ou tel officier ; elle avait vu des toilettes qui l’avaient transportée d’admiration ; elle-même avait acheté une robe et une ombrelle dont elle aurait voulu envoyer la description mais elle devait terminer sa lettre en toute hâte parce qu’elle entendait Mrs. Forster qui l’appelait pour se rendre avec elle au camp. Les lettres à Kitty, plus copieuses, n’en apprenaient guère plus, car elles étaient trop remplies de passages soulignés pour pouvoir être communiquées au reste de la famille. Au bout de deux ou trois semaines après le départ de Lydia, la bonne humeur et l’entrain reparurent à Longbourn. Tout reprenait aux environs un aspect plus joyeux ; les familles qui avaient passé l’hiver à la ville revenaient et, avec elles, les élégances et les distractions de la belle saison. Mrs. Bennet retrouvait sa sérénité agressive, et Kitty, vers le milieu de juin, se trouva assez remise pour pouvoir entrer dans Meryton sans verser de larmes. Le temps fixé pour l’excursion dans le Nord approchait quand, à peine une quinzaine de jours auparavant, arriva une lettre de Mrs. Gardiner qui, tout ensemble, en retardait la date et en abrégeait la durée : Mr. Gardiner était retenu par ses affaires jusqu’en juillet et devait être de retour à Londres à la fin du même mois. Ceci laissait trop peu de temps pour aller si loin et visiter tout ce qu’ils se proposaient de voir. Mieux valait renoncer aux Lacs et se contenter d’un programme plus modeste. Le nouveau plan de Mr. et Mrs. Gardiner était de ne pas dépasser le Derbyshire : il y avait assez à voir dans cette région pour occuper la plus grande partie de leurs trois semaines de voyage et Mrs. Gardiner trouvait à ce projet un attrait particulier : la petite ville où elle avait vécu plusieurs années et où ils pensaient s’arrêter quelques jours, l’attirait autant que les beautés fameuses de Matlock, Chatsworth et Dovedale. Elizabeth éprouva un vif désappointement : c’était son rêve de visiter la région des Lacs, mais, disposée par nature à s’accommoder de toutes les circonstances, elle ne fut pas longue à se consoler. Le Derbyshire lui rappelait bien des choses. Il lui était impossible de voir ce nom sans penser à Pemberley et à son propriétaire. « Tout de même, pensa-t-elle, je puis bien pénétrer dans le comté qu’il habite, et y dérober quelques cristaux de spath sans qu’il m’aperçoive. » Les quatre semaines d’attente finirent par s’écouler, et Mr. et Mrs. Gardiner arrivèrent à Longbourn avec leurs quatre enfants. Ceux-ci, – deux petites filles de six et huit ans et deux garçons plus jeunes, – devaient être confiés aux soins de leur cousine Jane qui jouissait auprès d’eux d’un grand prestige et que son bon sens et sa douceur adaptaient exactement à la tâche de veiller sur eux, de les instruire, de les distraire et de les gâter. Les Gardiner ne restèrent qu’une nuit à Longbourn ; dès le lendemain matin, ils repartaient avec Elizabeth en quête d’impressions et de distractions nouvelles. Il y avait au moins un plaisir dont ils se sentaient assurés : celui de vivre ensemble dans une entente parfaite. Tous trois étaient également capables de supporter gaiement les ennuis inévitables du voyage, d’en augmenter les agréments par leur belle humeur, et de se distraire mutuellement en cas de désappointement. Ce n’est point notre intention de donner ici une description du Derbyshire ni des endroits renommés que traversait la route : Oxford, Warwick, Kenilworth. Le lieu qui nous intéresse se limite à une petite portion du Derbyshire. Après avoir vu les principales beautés de la région, nos voyageurs se dirigèrent vers la petite ville de Lambton, ancienne résidence de Mrs. Gardiner, où elle avait appris qu’elle retrouverait quelques connaissances. À moins de cinq milles avant Lambton, dit Mrs. Gardiner à Elizabeth, se trouvait situé Pemberley, non pas directement sur leur route, mais à une distance d’un ou deux milles seulement. En arrêtant leur itinéraire, la veille de leur arrivée, Mrs. Gardiner exprima le désir de revoir le château, et son mari ayant déclaré qu’il ne demandait pas mieux, elle dit à Elizabeth : – N’aimeriez-vous pas, ma chérie, à faire la connaissance d’un endroit dont vous avez entendu parler si souvent ? C’est là que Wickham a passé toute sa jeunesse. Elizabeth était horriblement embarrassée. Sa place, elle le sentait bien, n’était pas à Pemberley, et elle laissa voir qu’elle était peu tentée par cette visite. « En vérité, elle était fatiguée de voir des châteaux. Après en avoir tant parcouru, elle n’éprouvait plus aucun plaisir à contempler des rideaux de satin et des tapis somptueux. Mrs. Gardiner se moqua d’elle. – S’il n’était question que de voir une maison richement meublée, dit-elle, je ne serais pas tentée non plus ; mais le parc est magnifique, et renferme quelques-uns des plus beaux arbres de la contrée. Elizabeth ne dit plus rien, mais le projet ne pouvait lui convenir. L’éventualité d’une rencontre avec Mr. Darcy s’était présentée immédiatement à son esprit, et cette seule pensée la faisait rougir. Mieux vaudrait, pensa-t-elle, parler ouvertement à sa tante que de courir un tel risque. Ce parti, cependant, présentait lui aussi des inconvénients, et en fin de compte elle résolut de n’y avoir recours que si l’enquête qu’elle allait faire elle-même lui révélait la présence de Darcy à Pemberley. Le soir, en se retirant, elle demanda à la femme de chambre des renseignements sur Pemberley. N’était-ce pas un endroit intéressant ? Comment se nommaient les propriétaires ? enfin, – cette question fut posée avec un peu d’angoisse, – y résidaient-ils en ce moment ? À sa grande satisfaction, la réponse à sa dernière demande fut négative et le lendemain matin, lorsque le sujet fut remis en question, Elizabeth put répondre d’un air naturel et indifférent que le projet de sa tante ne lui causait aucun déplaisir. Il fut donc décidé qu’on passerait par Pemberley.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD