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Préjugés Tome 1

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Suivez la procédure à suivre pour la semaine prochaine pour un entretien avec le temps que je te souhaite une excellente année je ne savais pas trop cv ndkw je vous prie de trouver ci-joint mon cursus

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Chapitre un
Longtemps avant de se voir, et de loin, Salimata avait entendu parler du marabout sorcier Hadj Abdoulaye. La sorcellerie et la magie couraient sous sa peau comme chez d’autres la malédiction. Né dans le Tombouctou aux portes du désert, derrière le fleuve, dans l’infini du sable jaune et des harmattans rigoureux, où les vents même nourrissent les hommes de connaissances comme dans nos cantons les orages apportent la typhoïde, Abdoulaye cassait et pénétrait dans l’invisible comme dans la case de sa maman et parlait aux génies comme à des copains. Qu’il fixât du doigt un fromager, et le tronc et les branches séchaient ! Pour un homme de cette corne, faire germer un bébé, même dans le ventre le plus aride : un rien, une chiquenaude ! La seule petite chose qui avait coupé l’espoir et l’enthousiasme était qu’Abdoulaye maraboutait cher. Marabout pour député, ministre, ambassadeur et autres puissants qu’aucune somme ne peut dépasser et qui pourraient se confectionner des pagnes en billets de banque et qui pourtant ne sont pas obligés de prêter à des chômeurs à cause de l’humanisme. La première fois qu’elle entra chez le marabout, elle lui expliqua qu’un chômeur était un homme qui vivait seul, qui avait faim et à qui elle offrait des assiettées à crédit ; qu’elle n’avait pas de ressources mais beaucoup de foi en Allah, de l’humanité pour les pauvres et surtout le grand malheur de la stérilité à extirper de son corps. « Entendu ! entendu, Salimata ! avait répondu le marabout. Tu apporteras ce que tu pourras. La pauvreté autant que la richesse sont des œuvres d’Allah. » Dans la suite Salimata vint et revint, ils se familiarisèrent et même elle lui devint indispensable. Le marabout vivait seul. Et balayer, épousseter, laver, placer ceci, déplacer cela seyaient mieux à une femme porteuse de pagne. Même s’il nuitait dans les cieux, parlait au génie comme à un copain, un homme restait un enfant. Il a suffi ensuite de rouler deux fois les fesses, de papilloter des yeux, de décocher un sourire, un rire pour ramollir et casser le formidable marabout. D’une voix d’innocent il pétilla des propos insolites et embrouillés : « Il y allait de sa dignité de la guérir de la stérilité. Si le mari se prouvait irrémédiablement impuissant : Alors ! Alors !… il faudrait… Allah juge aussi les intentions. » Le désir accrochant la barbe du bouc aux épines du jujubier, il n’était plus question à la fin de fin de réclamer la petite noix de cola. D’ailleurs, devant Salimata, Abdoulaye vint à perdre son maintien de marabout ; son visage se gonflait d’un sourire chaleureux et parfois il prenait la voix d’un tout petit garçon. Elle se félicita et profita de cet empressement. Et puis Abdoulaye se distinguait comme un mâle admirable ; vigoureux et puissant comme un taureau du Ouassoulou, susceptible de tout pimenter plus que Fama, et riche en connaissance comme en argent. Elle venait le consulter en se couvrant de parures, de sourires, d’yeux brillants et curieux. Il avait mordu, avait secoué et vidé ses sacs les plus secrets, avait interpellé et interpellé les Invisibles pour leur arracher la fécondité de Salimata, maintenant acquise à quelques sacrifices près, « quelques riens de sacrifices ». En balayant et arrangeant la case elle tourna et retourna toutes ces pensées. Enfin le marabout se débarrassa de l’importun consultant, accrocheur comme un pou.La frayeur qui fait miauler le petit chien quand la nuit sent la panthère parcourut Salimata lorsque, le consultant parti, le marabout l’apostropha avec des yeux écarquillés par l’angoisse, les pommettes musclées par la peur. « Salimata ! Salimata ! Salimata ! Des jours aigres, des jours (qu’Allah les tempère ! qu’Allah les dévie !) marchent à ta rencontre. Au cours de ma retraite, de mes prières et incantations de la nuit passée, j’ai vu des choses à toi. Il y avait d’abord le souci que t’avait communiqué la tristesse, ensuite toi, et après toi du sang, plein de sang jusque sur mon boubou, ma saignée était débordée de sang. Un couteau rouge de sang debout courait comme un lièvre. Des appels, des cris d’étonnement l’ont intercepté et affaibli dans sa course. Et quelqu’un a murmuré : il frappera et tuera sans sacrifice. » Gémissement d’étonnement et soumission de Salimata bouleversée. « Attends ! attends ! tu verras » ; et le marabout de s’appliquer à installer les sortilèges divinatoires. Il usait de trois pratiques : traçage de signes sur sable fin (évocation des morts), jet des cauris (appel des génies), lecture du Coran avec observation d’une calebasse d’eau (imploration d’Allah). D’abord, les morts. L’index et le médius droits collés tracèrent des bâtonnets horizontaux et perpendiculaires. Silence. Il se leva, se frotta le visage avec les deux mains jointes. Silence encore. Sûrement en ce moment les mânes pénétrèrent dans la maison, dans Abdoulaye, car ses joues se boursouflèrent, les sourcils et les lèvres se crispèrent, les yeux scintillèrent, les narines palpitèrent, tout le visage se crispa comme si l’homme était au seuil de la mort. Des gestes mécaniques d’un inconscient, maladroits comme les premiers pas d’un bébé. Hagard, il fixait les signes tracés. Des lèvres ramassées et durcies s’échappèrent des jurons qui pétèrent, ricochèrent sur les murs, firent jaillir et bousculèrent les grands noms des aïeux prestigieux. Les noms des grands sorciers enterrés ! Salimata traversée, ailée, était fusillée par les jurons et les évocations, et de ses entrailles montaient comme des rots, des prières et des implorations : « Mânes ! pitié ! sauvez-nous ! » Ses fesses se contractèrent et durcirent dans le pagne devenu aussi léger qu’une toile d’araignée. Le marabout un moment parut être passé du côté des morts. Mais un moment seulement. Car il se ranima aussi vite, happa le sachet de cauris, en épancha le contenu et se repétrifia. Il se ranima une deuxième fois, mais cette fois hérissé de colère et les lèvres embouteillées de mots terribles, rassembla à nouveau les cauris, les répandit et se figea de nouveau. Silence ! Silence ! Quelque chose parut introduire le silence dans la matière et les êtres de tout ce que la case contenait. Dehors le geignement du vent léchant le mur et les toits, le bruissement des nuages se bousculant dans le ciel et même les cris lointains de gens courant dans le vent. L’animation repénétra dans le marabout. Mais cette fois par petits bouts. D’abord dans les doigts ; il compta, puis la vie atteignit les lèvres collées d’où éclatèrent exclamations et jurons. Salimata admirait. L’admiration montait par son échine comme les séquelles d’une nuit chaude et pimentée, éclatait dans ses oreilles en tam-tam de joie. En elle, tournoyaient la frayeur et un désir de protection comme si elle était parcourue par la fragilité de l’oisillon recherchant les ailes maternelles. Et inconsciemment, elle se surprit à se pencher et à s’approcher du marabout, comme appelée, sollicitée, et de ses lèvres s’envolèrent des flatteries de griot : « Bienfaiteur ! Homme des hommes ! Lion ! Révèle-toi ! » Heureusement pour la dignité de la femme, le marabout devin n’entendit rien ; il ne pouvait rien entendre, même pas le ciel soupirant la douleur de la chose qui accouche du feu.L’animation et le frémissement gagnèrent tout l’être du devin, le piquèrent : — C’est ça ! c’est ça la vérité ! s’écria-t-il, et il déballa les feuillets jaunis, lut quelques lignes et enjoignit à Salimata : Mire-toi, mire-toi dans la calebasse d’eau ! mire, mire ! Le tout hurlé avec une violence qui pénétrait comme une pioche dans les vertèbres ; le ventre grogna et le pagne se dénoua. Soumise, elle se courba… — Dis-moi, que vois-tu dans la calebasse d’eau ? regarde fort ! fort ! que vois-tu ? — Un coq, un gros coq battant des ailes, qui chante, chante, murmura Salimata. — Regarde toujours ; toujours plus fort ! — On apporte un mouton blanc, c’est un bélier. Hé ! Hé ! Hé ! parti, le mouton. Des visages, des visages grimaçants ! Des masques de diable. Hé ! Hé ! Hé ! le noir, le rouge, la boue des marigots, le sable fin et doux. Hé ! Hé ! Hé ! tout a disparu. Plus rien. Rien. Tout a fui — Regarde toujours. — Rien de rien. De l’eau, rien que de l’eau. — Vraiment ! Vraiment rien ! bon, bien ainsi ! s’écria le marabout détendu qui poursuivit : La tromperie dit : demain, dans le sac, ou après le marigot ; mais jamais : le voilà ; alors que la vérité montre et présente, et les commentaires sont sans raison. — Juste et complet. J’ai bien vu le coq rouge et le mouton blanc, répondit Salimata. — C’est ta bouche qui vient de dire à toi-même tes sacrifices. Mes conseils se limiteront à te recommander de tuer immédiatement un sacrifice. Les signes frais encore ouverts, là sur le sable, attendent du sang. Et est ainsi dit mon premier conseil. Le second te parlera du mouton. Mais ce sacrifice peut attendre une semaine, même un mois. Complète, nette, droite avait été la démonstration des moyens et pouvoirs du marabout. L’homme s’en gonflait et exultait. Elle, troublée, se frottait les yeux. Pourtant ce n’était pas un rêve. Un coq rouge avait été vu battant des ailes, avait été vu se lançant pour chanter. Et aussi un mouton blanc, un bélier à cornes retournées, au museau noir. — Finissons-en sur-le-champ. Le marchand de volailles habite là-bas, dans la cour voisine. La pluie, oui, la pluie ne tardera plus guère. Décontracté, mielleux, ton de petit garçon, le marabout prolongeait ses dires et ses gestes par des sourires infinis comme le Djoliba. En vérité, il suffisait de regarder, de connaître ! Salimata était née belle. Des fesses rondes, descendantes et élastiques, des dents alignées blanches comme chez un petit chiot, elle provoquait le désir de vouloir la mordiller ; et cette peau légère et infinie, le marabout ne se souvenait pas d’en avoir touché, d’en avoir pénétré de pareille ! Elle revint avec un coq ; le marabout l’arracha, le planta au centre des signes, maîtrisa les piaulements, les battements d’ailes. Résigné, l’oiseau tendit cou et bec et caqueta des appels assoiffés. Ils s’accroupirent face à face, les mains sur le coq. Le marabout bégaya des paroles incantatoires. La gorge était enrouée. Mais pas pour longtemps, car les mots terribles ladégagèrent et jaillirent en volée de projectiles qui remplirent la case de mystère. « Mânes des aïeux ! Grands génies des montagnes aux sommets toujours verts ! Génies des biefs insondables ! Allah le magnanime qui couvre et contient tout ! Tous ! Tous ! » Des lèvres se collant et se décollant, bondissaient d’autres mots terribles, brillants et sonnants. Les mystères s’introduisirent dans le coq qui rassuré (blasphème !) piqueta quelque chose dans le sable. « Un autre petit tracas ! » pensa Salimata. La position de la femme était pénible ; les tiraillements montaient et brûlaient dans ses genoux et ses reins ; le pagne descendait, elle le renoua. Le malheur qui courait à la rencontre de Salimata et de son époux, que pouvait- il être ? Ils avaient la pauvreté, s’étaient habillés de toutes les couleurs de la pauvreté. Serait-ce un accident stupide, la maladie, ou la mort ? Au village vivait la vieille maman de Salimata. Qu’Allah la préserve longtemps et longtemps encore ! Comme proche, Fama n’avait qu’un cousin mais avec lequel il ne pouvait cohabiter une seule nuit ; son décès serait un malheur (quel décès n’en est pas un !) mais un malheur de second rang. Quelque chose comme une fourmi grimpait dans le mollet de Salimata. Elle mit une main à terre et déplaça le pied gauche, mais les inquiétudes et les soucis n’arrêtèrent pas de la parcourir. Le vent sifflait toujours, et par à-coups poussait porte et fenêtre. Dans la case, se chevauchaient des objets hétéroclites : marmites et calebasses d’abord, ensuite valises et natte, près du lit des boubous jetés sur une corde et avec au-dessous les sortilèges rouges, jaunes, verts. Noir de fumée et trop bas était le toit de tôle. On étouffait. Lui, Abdoulaye, totalement absent. Et sans qu’il les eût cherchées, les paroles incantatoires coulaient entre ses dents, les lèvres les battaient et elles s’échappaient énergiques, terribles, colorées. Sortaient, tournaient entre les murs ; et repartaient les forces évoquées. Accepté ! exaucé ! Ça ne trompe jamais, un sacrifice accepté. Tout coule. Les premières paroles incantatoires aussitôt poussées, les suivantes se bousculent. Un malheur définitivement détourné ! Louange à Allah ! Salimata méritait cette faveur, son humanité, sa foi, sa charité étant sans limite. Un incident bénin faillit pourtant tout gâter, faire tourner la sauce. À force de tordre les reins, de peiner, de pirouetter, Salimata s’était stabilisée, disons-le, dans une position carrément provocante : les seins se découvraient, descendaient et se redécouvraient ; les hanches se décollaient, s’ouvraient noires, pimentées et profondes et se rouvraient. Des vapeurs érotiques inopportunes faillirent boucher l’inspiration du marabout. Sacrilège ! Du revers de la main il les chassa, souffla bruyamment, roula et leva les yeux au toit séparant du firmament habité par Allah et reprit par un énorme « bissimilai ! » bien appuyé. D’ailleurs — qu’Allah une fois encore en soit loué ! — Salimata comprit ; elle recolla les hanches, s’appuya d’une main au sol, renoua le pagne, enfouit les seins dans la camisole et tendit les oreilles. Plus ça allait, plus ce monde devenait méconnaissable : un monde renversé ! Voilà maintenant qu’adviennent des sacrifices dépassant les moyens du sacrificateur. Bientôt un sacrifice de matou incombera à la petite souris ! Un mouton ! Allah le savait bien, un mouton pour Salimata et Fama, c’était beaucoup ; près de deux mille francs ! Même si la nuit devenait le jour, de toutes leurs cachettes ils ne gratteraient jamais assez d’argent pour compter jusqu’à… Donc encore des dettes !« Génies des forêts sombres et calmes et des montagnes accouchant des nuages, des éclairs et des tonnerres ! Mânes des prestigieux aïeux, vertèbres de la terre nourricière, acceptez, attrapez ce sacrifice dans la grande volonté d’Allah le tout-puissant et éloignez de nous tous les malheurs, pulvérisez les mauvais sorts ! Oui, tous les mauvais sorts : ceux montant du sud, ceux descendant du nord, ceux sortant de l’est, ceux soufflant de l’ouest ! » Le marabout avait plutôt haussé la voix pour débiter cette strophe ; il la cassa en terminant et chuchota celle-ci : « Que se dilue comme la goutte de larme dans le grand fleuve le mauvais sort dans le vent qui souffle, s’éloigne et meurt. Grâce à Allah le bubale ne bondit pas pour que son rejeton rampe. Que le sacrificateur acquière par ce sacrifice la destinée de la petite paille que le grand incendie de la forêt a préservée. » Ensemble ils portèrent les mains jointes au visage. — Amen ! Amen ! Amen ! — Prends les ailes et les pattes, maîtrise-les bien… Maintiens-le dans le sable, enjoignit l’homme. Fièvreusement il dégaina un couteau à la pointe recourbée. Brûlant et brillant, pétrifiant comme celui de l’exciseuse. Il le glissa sur le gosier du coq et l’enfonça ; à Salimata échappa un gémissement étouffé d’horreur. — Bissimilai ! Le sang gicla, le sang de l’excision, le sang du viol ! L’homme se débarrassa du couteau, empoigna la victime, l’arracha à la femme, et la balança haut et loin dans la cour, dans le vent. Comme une gousse de baobab l’oiseau frappa le sol et se croyant libéré se projeta vers le ciel, une fois, deux fois, trois fois, s’efforça de se lever en vain ; le bec et la tête ne décollèrent pas du sol. Alors il siffla la douleur et la mort, battit un tam-tam d’ailes et disparut dans un tourbillon de poussières, de plumes et de sang. Abdoulaye et Salimata fixèrent le regard sur ce spectacle. Elle : l’essoufflement et les vertiges qui l’assourdissaient, l’étreignaient, et les couleurs qui se superposaient : le vert et le jaune dans des vapeurs rouges, le tout rouge ; la douleur et les roulements de ventre, les chants dans l’aurore ; le champ de l’excision au pied des montagnes aux sommets vaporeux, le soleil sortant tout rouge, tout noyé dans le sang, le viol, la nuit et les lampes brillantes et éteintes et fumantes et les cris et les jambes piétinées, contusionnées, les oreilles meurtries, les pleurs et les cris et le pillage… L’oiseau se débattit encore, les impulsions faiblirent, faiblirent jusqu’à l’ultime sursaut. Il tenta de s’envoler en vain et tomba les pattes en l’air et les doigts ouverts. « Sacrifice accepté ! pattes en l’air ! doigts ouverts ! signes authentiques du sacrifice accepté, des vœux exaucés. » Le marabout regarda Salimata qui se décontracta et s’émailla de sourires. « Qu’Allah le fasse ainsi ! » Un dernier spasme secoua tour à tour le doigt extrême gauche, le pouce droit, le doigt interne. Les rémiges se décollèrent aussi, une à une, et ce fut tout. Le vent redoubla d’intensité comme les douleurs et le soleil après l’excision, la nuit, les pleurs et le viol.— Salimata, je te le jure, voilà un sacrifice accepté, répéta le marabout. Depuis midi les nuages charriés par le vent et brûlés par le soleil se distendaient et mangeaient le ciel. Maintenant les éclairs le battaient, le hachaient, le parcouraient pour le casser en mille parts, d’où jaillissait le tonnerre. Un dernier vent ronflant se déchaîna. Rien n’arrêta plus l’événement. Les gouttes de pluie grosses comme des œufs de tourterelles martelèrent les toits et la cour. — La pluie qui tombe, qui lave le sol après un sacrifice, c’est très bien. Encore un signe de sacrifice accepté. — Qu’Allah donne la force à tes paroles ! Merci, Abdoulaye, pour le malheur détourné Reste la stérilité qui m’habite et me désole ; les amulettes et les médicaments ne l’ont pas encore extirpée. Prends pitié de moi. Abdoulaye ne répondit pas. Et encore le désespoir et la tristesse ramollirent et refroidirent la femme. Salimata et Abdoulaye se fixèrent. Lui avec des œillades admiratives, elle avec les yeux curieux et contemplatifs avec lesquels la biche avant de détaler toise le chasseur à la lisière de la forêt. Et petit à petit elle surprit le regard d’Abdoulaye se transformer, les pommettes se durcir, les veines frontales se gonfler. Ils continuèrent à se fixer. La porte était bien close. Dehors hurlait le vent, battait la pluie. Sous un orage pareil, personne, personne d’autre ne pouvait arriver et les surprendre. Donc, seuls, absolument seuls. Lui avait détourné le mauvais sort courant vers elle (un grand bien par un homme viril !). Elle avait fait le ménage avec soin (comme une docile épouse). Ensemble ils avaient sacrifié le coq. Le coq rouge refroidissait dans une cuvette. Le sang avait giclé, mais un sang n’ayant pas pour l’un et l’autre la même couleur, le même fumet. Pour lui, couleur de douceur et fumet du désir d’une peau fine, des fesses rondes et des dents blanches. Pour elle, couleur de l’excision et du lever du jour, fumet de la crispation et de la frayeur. — Prête tes oreilles, Salimata, et pense bien mes paroles ! Le dire se démêle comme les plumes de ce coq (il le désigna du doigt dans la cuvette). Allah a sacré le mariage, c’est un totem. Mais l’enfant pour une femme dépasse tout ; le but de la vie est que naisse un rejeton. La vérité comme le piment mûr rougit les yeux mais elle ne les crève pas. Allah a figé des sorts définitivement. Ton mari, je te le dis d’un intérieur et d’une bouche clairs, ne fécondera pas les femmes. Il est stérile comme le roc, comme la poussière et l’harmattan. Voilà la vérité, la seule. Tout autre dire est mensonge et il n’y a plus de bien dans le mensonge comme il n’y a pas de sang dans le grillon, conclut-il. Dehors, le vent et la pluie s’enrageaient. Dans la maison tout répétait, tout criait : « Le mari ! Le mari ne fécondera pas ! » Les dires, les yeux, les oreilles des autres, de la ville, du monde, absents, éloignés. Quatre yeux ! quatre oreilles ! rien d’autre. Et « le mari ! Le mari ne fécondera pas ! ». — Approche ! murmura le marabout. Elle recula. Comme un boa, lui se tordit, se balança et amorça un sourire. Elle regardait et du fond de son intérieur montèrent comme un appel lointain les vapeurs de l’excision et du viol, et tout changea ; les yeux du marabout tournèrent...

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