Après l’explosion, la nuit semblait encore plus noire. Comme si le monde avait décidé de les avaler. La voiture roulait à toute vitesse, laissant derrière elle le chaos et la fumée. Martine et Karma étaient silencieux. Pas par peur, mais par fatigue. Pas seulement physique, mais mentale.
Martine regardait Karma, et dans ses yeux elle voyait une chose qu’elle n’avait jamais vue auparavant : de la détermination, mais aussi une profonde douleur.
Tu sais, murmura-t-elle, je ne pensais pas que tout ça serait si…
Difficile ?
Oui. Difficile.
Karma soupira.
C’est la vie, dit-il.
Non. Ce n’est pas la vie. C’est un cauchemar.
Il ne répondit pas.
Ils roulèrent pendant des heures, jusqu’à atteindre une ville plus grande, plus animée, où les rues étaient pleines de monde. Ils entrèrent dans un quartier industriel, où des usines étaient à l’arrêt. Karma connaissait cet endroit.
Il s’arrêta devant un immeuble délabré. Une porte métallique. Une lumière faible. Un homme les attendait.
Il s’approcha.
Karma.
Tu as réussi ?
Oui.
Tu as les informations ?
Oui.
L’homme, grand et maigre, les fit entrer. L’endroit était un ancien entrepôt transformé en repaire. Des cartes, des ordinateurs, des papiers partout. Un décor de guerre.
Martine regarda autour d’elle, méfiante.
Qui est-ce ? demanda-t-elle.
Un allié, répondit Karma.
Un allié ?
Oui.
L’homme s’approcha de Martine.
Inspectrice Delcourt, dit-il.
Comment vous savez mon nom ?
Nous savons beaucoup de choses, répondit-il.
Martine se raidit.
Vous êtes qui ?
Je suis celui qui a essayé de faire tomber le réseau depuis des années.
Le réseau…
Oui.
Pourquoi vous m’aidez ?
Parce que vous êtes la seule personne qui a réussi à toucher Karma.
Karma sourit, mais son sourire était triste.
Tu m’as déjà trahi, dit Martine.
Oui.
Pourquoi vous me faites confiance ?
Parce que tu as quelque chose que nous n’avons pas : une conscience.
Martine se tourna vers Karma.
Tu as parlé d’un réseau. Explique.
Le réseau est une organisation secrète, dit Karma. Ils contrôlent la police, la justice, et même certains politiciens. Ils ont des informateurs partout.
Et ils veulent quoi ? demanda Martine.
Le pouvoir. L’argent. Le contrôle.
Et toi ?
Moi, je veux juste survivre.
L’homme s’assit, et commença à expliquer.
Le réseau a une base. Une base où ils stockent des preuves, des documents, des informations. Ils utilisent des hommes comme Karma pour exécuter des missions. Mais Karma a découvert quelque chose qu’il n’aurait pas dû voir.
Quoi ?
Une liste. Une liste de noms. Des noms de personnes influentes. Des noms de policiers. Des noms de politiciens.
Et ils veulent le supprimer, dit Martine.
Oui.
Et moi ?
Vous êtes devenue un problème pour eux.
Martine sentit une colère monter.
Je ne suis pas un problème, dit-elle.
Si, répondit l’homme.
Pourquoi ?
Parce que vous savez trop de choses. Parce que vous avez aimé Karma. Parce que vous avez trahi.
Martine se leva.
Je n’ai rien trahi, dit-elle.
Si, dit l’homme. Vous avez trahi la police. Vous avez trahi votre pays.
J’ai trahi une injustice, corrigea Martine.
Karma la regarda.
Martine…
Ne me parle pas, dit-elle.
Karma resta silencieux.
L’homme reprit.
Nous avons besoin de vous deux.
Pourquoi ? demanda Karma.
Parce que vous êtes la seule équipe capable de pénétrer la base.
Et vous ne pouvez pas le faire ?
Non. Nous sommes trop visibles.
Martine fixa l’homme.
Et vous ? Vous êtes invisible ?
Nous sommes dans l’ombre.
Alors pourquoi sortir maintenant ?
Parce que le réseau est en train de s’activer. Ils vont frapper. Et nous devons agir avant.
Martine se rassit, hésitante.
Quel est le plan ? demanda-t-elle.
Le plan est simple : entrer dans la base, récupérer la liste, la publier, et faire tomber le réseau.
Et comment ?
En utilisant Karma.
Moi ?
Oui.
Martine se leva.
Je refuse, dit-elle.
Pourquoi ?
Parce que tu veux utiliser Karma comme un outil.
Parce que Karma est un outil.
Non. Karma est un homme.
Karma se leva à son tour.
Je suis d’accord, dit-il.
Quoi ?
Je suis d’accord pour entrer.
Tu es fou !
Non. Je suis prêt à tout.
Martine le fixa.
Tu es prêt à mourir ?
Oui.
Et moi ?
Toi aussi.
Martine sentit une douleur dans la poitrine.
Pourquoi tu dis ça ?
Parce que je sais que le réseau ne nous laissera pas vivre.
Alors pourquoi tu veux y aller ?
Parce que si nous ne le faisons pas, ils gagneront.
Et si on perd ?
Alors on mourra ensemble.
Martine resta silencieuse.
Le lendemain, ils préparèrent leur plan. Karma se coupa les cheveux, changea d’apparence, et se fit passer pour un homme de main. Martine, elle, prit un faux dossier, un faux badge, et se fit passer pour une inspectrice corrompue.
Leur alliance avec l’homme mystérieux leur donna des informations précises. Un plan d’accès, des horaires, des codes. Tout était prêt.
Mais Martine ne pouvait pas oublier ce qu’elle avait vu dans les yeux de Karma. Ce mélange de douleur et de détermination. Elle se demandait si l’homme qu’elle aimait était encore en lui.
Elle se demanda aussi si elle pouvait lui faire confiance.
La nuit arriva. Ils se dirigèrent vers la base.
L’endroit était protégé, mais pas invulnérable. Ils entrèrent dans un bâtiment, passèrent les gardes, et atteignirent une salle où des ordinateurs étaient alignés. Une salle de contrôle.
Karma s’approcha d’un ordinateur.
Je peux y accéder, murmura-t-il.
Fais vite, dit Martine.
Karma tapa rapidement, comme un expert. Les systèmes se débloquèrent. La liste apparut.
Martine la regarda.
C’est ça ?
Oui.
Tu vois tous ces noms ?
Oui.
Martine sentit un vertige.
Il y a des noms de ministres, de policiers, de juges…
Oui.
Et ils vont nous tuer si on sort avec ça.
Oui.
Martine fixa Karma.
Et toi ? Tu es prêt à mourir pour ça ?
Non.
Alors quoi ?
Je suis prêt à vivre pour ça.
Martine le regarda, surprise.
Tu veux vivre ?
Oui.
Mais tu as dit…
Je ne veux pas mourir. Je veux que ce réseau tombe. Et je veux que tu vives aussi.
Martine sentit une émotion forte.
Tu m’aimes toujours ?
Oui.
Martine se rapprocha de lui.
Alors sauve-moi, murmura-t-elle.
Karma la regarda.
Je vais te sauver, dit-il.
Mais au moment où ils allaient sortir, une alarme se déclencha. Les gardes arrivèrent en masse.
Martine se retourna vers Karma.
On est piégés.
Non, dit-il.
Comment ?
On va utiliser leur propre système contre eux.
Karma se précipita vers la salle de contrôle, et lança une commande. Les lumières clignotèrent. Les portes se verrouillèrent. Les caméras se figèrent.
Un chaos total.
Martine et Karma coururent. Ils descendirent les escaliers, passèrent par des couloirs, évitèrent des gardes. Ils arrivèrent enfin à l’extérieur.
L’homme mystérieux les attendait avec une voiture.
Montez ! dit-il.
Karma et Martine montèrent.
La voiture démarra.
Ils roulèrent, laissant derrière eux la base et le chaos.
Martine regarda Karma.
On l’a fait, murmura-t-elle.
Non, répondit-il.
Quoi ?
Ce n’est que le début.
Martine sentit une peur monter.
Qu’est-ce que tu veux dire ?
Le réseau va riposter.
Alors quoi ?
On doit être prêts.
Martine hocha la tête.
Alors on le fera.
Ensemble ?
Karma la regarda.
Ensemble.