(Point de Vue : Inspecteur-Chef Darius Thorne)
Le parking souterrain du Quartier Général de la Sûreté du Québec sentait l'huile de moteur froide et la lâcheté bureaucratique.
Il était dix-neuf heures. Le pays entier était en feu à cause des fuites numériques de L'Aînée et les rats commençaient à quitter le navire. Le jeune Lieutenant Julien Morel marchait d'un pas pressé vers sa Honda Civic, jetant des coups d'œil nerveux par-dessus son épaule. Il avait des cernes creusés jusqu'aux pommettes. Le pauvre garçon était pris en étau entre la chute de son gouvernement et les secrets sanglants qu'il gardait pour Leduc Immobilier.
Je me détachai de l'ombre d'un pilier en béton. Je portais un costume sur mesure gris anthracite, coupé près du corps. À quarante-cinq ans, je n'avais pas un gramme de graisse. Juste du muscle, de l'expérience et une absence totale de scrupules.
Gagnon était un dinosaure moralisateur qui croyait en la justice. Moi, je croyais au sommet de la chaîne alimentaire.
J'allumai un cigarillo. Le crépitement de l'allumette dans le silence du parking fit sursauter Morel. Il s'arrêta net, la main glissant instinctivement vers son arme de service.
— Mauvais réflexe, Julien, dis-je d'une voix grave et rocailleuse, recrachant un nuage de fumée bleue. Si tu sors cette arme, je te mets une balle entre les deux yeux et je plaide la légitime défense contre un officier corrompu en pleine crise de panique.
Morel déglutit. Il reconnut mon visage sous la lumière blafarde des néons.
Lieutenant Morel : Inspecteur-Chef Thorne... balbutia-t-il, la main tremblante s'éloignant de son étui. Je... je finissais mon service.
— Ton service a pris fin le jour où tu as commencé à vendre les rapports de balistique de la planque des Laurentides à Maïra Leduc, répliquai-je en avançant vers lui à pas lents et mesurés.
Je vis la terreur pure s'emparer de ses traits. L'illusion de sa sécurité venait de voler en éclats. Il recula jusqu'à heurter la portière de sa voiture.
Lieutenant Morel : Je ne sais pas de quoi vous parlez, mentit-il avec la conviction d'un enfant pris la main dans le sac. Gagnon m'a transféré aux archives avant de partir, je...
— Ferme-la, Julien.
Je n'élevai pas la voix, mais l'ordre frappa comme un coup de poing. Je m'arrêtai à cinquante centimètres de lui. Ma taille le dominait largement.
— Gagnon est parti cultiver ses tomates parce qu'il n'avait pas les couilles d'affronter la Reine Noire sur son propre terrain. Mais la nature a horreur du vide. J'ai repris son bureau. J'ai repris ses dossiers. Et surtout, j'ai repéré la taupe pathétique qui effaçait les traces de l'explosion de Griffintown sur nos serveurs.
Je saisis le col de sa veste avec une lenteur calculée et le plaquai brutalement contre la vitre de sa voiture. Il laissa échapper un gémissement pitoyable.
— Tu as deux options, Morel, murmurai-je, le visage tout près du sien, exhalant la fumée de mon cigarillo sur ses joues blêmes. Option un : je te descends aux Affaires Internes ce soir. Tu perds ton insigne, ta pension, et tu finis à l'isolement au pénitencier de Donnacona pendant que tes petits copains de cellule se font un plaisir de te rappeler ce qu'on fait aux flics ripoux.
Lieutenant Morel : Et... et l'option deux ? hoqueta-t-il, les larmes aux yeux.
— Tu me donnes ta clé USB cryptée. Celle qui contient tes accès de niveau 4 aux dossiers scellés de l'enquête sur le Cartel et les enregistrements de sécurité du port. Les preuves que tu as expurgées pour protéger Mademoiselle Leduc.
Il hésita, terrorisé par le fantôme de Maïra.
Lieutenant Morel : Si je fais ça... elle va me tuer. Vous ne savez pas de quoi elle est capable. Elle a un monstre à son service.
Je souris. Un sourire de carnassier absolu.
Je lâchai son col, dégaina mon arme de service avec une fluidité mortelle et la pressai durement sous son menton. Le métal froid lui arracha un cri étranglé.
— Maïra Leduc est un requin en costume, Julien. Mais je suis le p****n de mégalodon, grognai-je doucement. Elle te tuera peut-être demain. Moi, je te fais sauter la cervelle dans trois secondes. Choisis ta mort. Trois. Deux...
Les mains tremblantes, Morel fouilla dans la poche intérieure de sa veste et en sortit un petit lecteur USB noir. Il me le tendit, vaincu, brisé.
Je pris la clé, rangeai mon arme et lui tapotai amicalement la joue, comme on félicite un chien peureux.
— Bon garçon. Garde ton téléphone allumé, Julien. Tu ne travailles plus pour la Reine Noire. Tu travailles pour moi.
Je lui tournai le dos et me dirigeai vers ma voiture de fonction. Les dossiers scellés étaient à moi. Je n'avais pas besoin de mandat pour abattre l'Empire, j'avais juste besoin d'un levier d'extorsion.
Il était temps d'aller rendre une petite visite de courtoisie à la royauté.