Chapitre 12 : La Laisse du Loup

850 Words
(Point de Vue : Maïra) Le Château Ramezay, l'un des restaurants les plus sélects du Vieux-Montréal, avait été entièrement privatisé pour la soirée. J'étais assise seule à une table ronde recouverte d'une nappe en lin blanc, un verre de vin rouge de Bourgogne à portée de main. Une petite oreillette intra-auriculaire invisible reliait mon canal auditif au serveur crypté d'Élara, installée dans son nouveau bureau de la tour Leduc. À vingt heures tapantes, l'Inspecteur-Chef Darius Thorne entra. Il portait un costume de créateur, l'air suffisant de l'homme qui croyait tenir le monde par la gorge. Il n'avait pas son insigne autour du cou. Ce soir, il n'était pas un flic, il était un extorqueur venu chercher sa couronne. Il s'assit face à moi, écartant les bras avec un sourire carnassier. Thorne : J'apprécie les dîners privés, Maïra. L'argent est bien arrivé sur le compte offshore ce matin. Je vois que nous allons faire de grandes choses ensemble. Je pris une gorgée de vin, savourant sa confiance aveugle. Élara : Je suis dans ses comptes, Maïra, murmura-t-elle dans mon oreillette. Ce crétin utilise la même application bancaire sur son téléphone personnel. Je lance la purge. Je posai mon verre délicatement. — Tu as voulu jouer les durs, Darius, commençai-je, abandonnant le vouvoiement et mon ton diplomatique pour adopter la froideur brute de la rue. Tu as cru que tu pouvais entrer dans mon bureau, menacer de détruire mon entreprise, et repartir avec dix pour cent de mon port sous le bras. Le sourire de Thorne vacilla légèrement face à ce changement de ton. Il se pencha en avant, agressif. Thorne : Surveille ton langage, petite fille. Je suis l'Inspecteur-Chef. Je claque des doigts, et le SWAT défonce la porte de ta tour pour le m******e du Cartel. — Vraiment ? demandai-je en penchant la tête sur le côté. Regarde ton téléphone, Darius. L'application bancaire des Caïmans. Thorne fronça les sourcils. Il sortit son smartphone de la poche intérieure de sa veste. Son écran s'alluma de lui-même. Devant ses yeux écarquillés, le solde de deux millions de dollars que je lui avais transféré fondit en temps réel pour atteindre zéro. Thorne : Qu'est-ce que tu as fait ?! grogna-t-il, la main glissant vers son holster. Élara : Je viens de geler ses avoirs et de transférer son fond de pension sur le compte d'une ONG, murmura-t-elle en ricanant dans mon oreille. — Je t'ai payé avec un compte de la DEA surveillé pour blanchiment d'argent, expliquai-je avec un sourire venimeux. Tu es déjà grillé par les agences américaines. Mais ce n'est pas le meilleur. Je sortis une enveloppe kraft de mon sac à main et la fis glisser sur la nappe blanche vers lui. Thorne l'ouvrit d'un geste sec. À l'intérieur, une simple feuille imprimée. Une capture d'écran du bureau virtuel du Procureur Général du Québec. Le mandat d'arrêt fédéral à son nom. Motif : Meurtre au premier degré de l'Inspecteur Langlois. Dissimulation de cadavre. Le sang déserta totalement le visage de Thorne. Son aura de mégalodon s'évapora en une fraction de seconde. Il laissa tomber le papier, la respiration coupée. Ses yeux balayèrent la pièce, comme s'il s'attendait à voir la police militaire surgir des cuisines. — Le cadavre est dans les fondations de l'aile ouest de l'hôpital Sainte-Justine, précisai-je doucement. Les foreuses de la GRC sont probablement en train de percer le béton en ce moment même. L'arme du crime porte ton ADN. Thorne : Tu... tu es folle, balbutia-t-il, la terreur remplaçant enfin l'arrogance. Tu vas tomber avec moi pour l'usine ! — Je ne tomberai pas, Darius. Parce que ce mandat d'arrêt, mes équipes de cybersécurité l'ont bloqué sur les serveurs du Procureur. Il est invisible pour le moment. Il n'apparaîtra que si je donne l'ordre. Je m'adossai à ma chaise, le fixant avec l'autorité écrasante de la Reine Noire. — Tu t'es débarrassé de ma taupe au sein de la police. Tu as voulu me faire chanter. Tu as voulu une part du gâteau... Eh bien, voici mon offre en retour. Je pointai mon index vers lui, imitant exactement le geste qu'il m'avait fait la veille. — À partir de cette seconde précise, tu travailles pour moi et ma sœur. Tu es ma nouvelle taupe. Tu as le bras long ? Tu le mets au service exclusif de l'empire Leduc. Tu étouffes nos enquêtes, tu nous fournis les dossiers confidentiels de tes rivaux politiques, et tu obéis à mes ordres comme un bon petit soldat. Thorne me regarda. Ses épaules s'affaissèrent. L'homme le plus dangereux de la Sûreté du Québec venait d'être domestiqué par une femme de vingt-et-un ans et une hacker de la rue. — C'est moi qui te tiens par les couilles, Darius, conclus-je en levant mon verre de vin. Baisse les yeux quand je te parle. Et finis ton assiette. Demain soir, tu seras en uniforme à mon gala de charité pour assurer notre sécurité.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD