Chapitre 18 : L'Hémorragie

1625 Words
(Point de Vue : Maïra) Le hurlement de mon téléphone de fonction coupa net la dispute. Élara s'arrêta, la poitrine haletante, les poings toujours serrés après m'avoir jeté mes propres crimes au visage. La sonnerie stridente de l'alarme rouge, réservée aux urgences vitales de Leduc Immobilier, résonnait dans le bureau comme une sirène de raid aérien. Je gardai mes yeux plantés dans ceux de ma sœur pendant une seconde, avant d'arracher le combiné de son socle. — Parlez. — C'est Thorne, gronda la voix de l'Inspecteur-Chef. Le bruit de fond trahissait l'agitation d'une scène de crime. Je suis chez Richard Desmarais. Je viens d'écarter les premiers intervenants du 911 pour prendre le contrôle de la scène. Mon estomac se contracta. Desmarais. Le doyen du conseil d'administration. — Qu'est-ce qui s'est passé, Darius ? Thorne : Il est mort, Maïra. Égorgé et poignardé dans son propre bureau. Un travail de professionnel. Pas d'effraction visible, pas de traces de lutte excessives. Mais le tueur a laissé un p****n de message sur le mur, écrit avec le sang du vieux. Je fermai les yeux. Je savais déjà ce que Thorne allait dire, mais l'entendre rendait le cauchemar réel. — Lisez-le. Thorne : "La purge a commencé. Mienne." MIENNE. Le mot s'insinua dans mon esprit comme un poison glacé. Le Diable venait de frapper à ma porte. Il n'avait pas tué Desmarais pour l'argent. Il l'avait tué pour me prouver qu'il pouvait atteindre le sommet de ma pyramide, et pour me rappeler que je lui appartenais. — Nettoyez ce mur immédiatement, ordonnai-je, la voix d'un calme terrifiant. Je me fiche de savoir comment vous justifiez ça auprès de vos techniciens légistes. Faites passer ça pour un cambriolage qui a mal tourné. Si la presse apprend qu'un tueur en série cible mon conseil d'administration, l'action de Leduc Immobilier s'effondre à l'ouverture de Wall Street demain matin. Thorne : Je gère la scène, grogna-t-il. Mais vous avez intérêt à gérer votre monstre, Reine Noire. S'il commence à empiler les cadavres de milliardaires, je ne pourrai pas étouffer l'affaire éternellement. Il raccrocha. Je reposai le téléphone avec une lenteur mécanique. Élara m'observait, son expression de colère ayant laissé place à une tension analytique. Élara : Kaiden ? demanda-t-elle simplement. — Il vient de massacrer Richard Desmarais dans son bureau, confirmai-je en m'appuyant contre l'acajou de ma table. Il s'est allié à Liam. Liam fournit l'argent depuis Boston, Kaiden fournit le sang à Montréal. Je me redressai, l'instinct de guerre de la cabane reprenant instantanément le dessus. La cruauté inonda mes veines. Je pressai le bouton de l'interphone. Silas entra dans le bureau dix secondes plus tard, suivi de Léo qui portait son inséparable ordinateur portable. — Silas, aboyai-je, l'adrénaline effaçant la fatigue de mon visage. Liam St-James gère ses fonds depuis Boston. Il a un courtier là-bas, un certain Vance ou un de ses associés qui blanchit ses réserves. Prenez Thorne avec vous, utilisez ses accès fédéraux. Je veux que vous trouviez ce bras droit financier d'ici ce soir. Je plantai mon regard dans celui de mon chef de la sécurité. — Traquez-le, et éliminez-le. Je veux une balle entre les deux yeux et son cadavre jeté dans le lit de Liam demain matin. S'ils veulent jouer au boucher, on va leur montrer qu'on a un p****n d'abattoir. Silas hocha la tête, la main se posant machinalement sur la crosse de son arme. Il pivota pour sortir. Élara : Silas, ne bouge pas d'un millimètre ! hurla-t-elle. La violence de son cri figea tout le monde dans la pièce. Léo sursauta. Silas s'arrêta net, tournant lentement la tête vers la nouvelle Co-présidente. Élara marcha droit sur moi, ses bottes martelant le sol. Elle s'arrêta à quelques centimètres de mon visage, ses yeux verts crachant un feu que je n'avais jamais vu chez elle. Élara : Tu n'as donc absolument rien compris de notre récente discussion ? siffla-t-elle, chaque mot chargé d'un venin pur. Dès que tu as peur, tu retournes à tes putains de réflexes de psychopathe ! Tuer le courtier ? Et après ? Liam trouvera un autre blanchisseur, Kaiden tuera un autre actionnaire, et on finira par diriger un cimetière ! Elle frappa violemment le bureau de son poing, faisant trembler mon écran d'ordinateur. Élara : Si tu veux qu'on t'aide, si tu veux que cette alliance fonctionne, alors on va procéder autrement. C'est fini les bains de sang, Maïra ! On arrête les exécutions de rue, sauf si on n'a vraiment pas le choix pour sauver nos vies ! Nous sommes Leduc Immobilier, pas un cartel mexicain de seconde zone ! Le silence qui suivit fut électrique. Silas me regardait, attendant que je remette ma sœur à sa place, ou que je valide son insubordination. Je regardai Élara. Sa colère n'était pas un caprice, c'était une vision stratégique. Elle avait raison. Tuer le courtier, c'était la méthode de Kaiden. C'était réagir par la peur et la brutalité. Si je voulais vaincre le Diable, je ne pouvais pas jouer sur son terrain de jeu, je devais utiliser mon propre empire. La tension dans mes épaules retomba. Je laissai un souffle lent s'échapper de mes lèvres. — Très bien, murmurai-je. Pas de sang. Je me détournai d'Élara et posai mon regard sur Léo. Le gamin de seize ans se tenait près de la porte, serrant son ordinateur contre sa poitrine, fasciné par le choc des titans qui venait de se produire devant lui. — Léo. Approche. Le garçon s'avança prudemment. Je contournai le bureau et m'assis sur le rebord, décroisant les bras pour adopter une posture ouverte, prédatrice, mais calculatrice. — Liam St-James n'a plus d'entreprise. Il vit sur ses économies cachées. Des fiducies aux Bahamas, des comptes numérotés à Zurich, des portefeuilles de cryptomonnaies. C'est le carburant de leur guerre. Sans cet argent, Kaiden ne peut pas acheter de matériel, et Liam ne peut pas payer ses politiciens. Je plongeai mes yeux dans ceux du jeune hacker. Je voyais son potentiel. Élara l'avait sorti de la rue, mais c'était à moi de faire de lui un roi de l'ombre. — Ma sœur refuse qu'on utilise les balles. Alors, on va utiliser tes doigts, Léo. Je veux que tu pirates les comptes offshores de Liam St-James. Je veux que tu fracasses ses fiducies aux Bahamas et que tu vides ses réserves jusqu'au dernier centime. Il déglutit. Léo : C'est... c'est de la banque privée internationale de niveau sept, Maïra. Leurs pare-feux sont conçus pour contrer les agences d'État. Ça prendrait des semaines à une équipe entière pour... — Je me fous des excuses ! claquai-je, coupant court à son hésitation. Élara t'a vendu comme un génie. Elle a misé son siège au conseil d'administration sur tes capacités. Alors, je te mets au défi. Montre-moi ce dont tu es vraiment capable. Je me penchai vers lui, baissant la voix pour ne laisser entendre que la promesse du pouvoir absolu. — Vide ses comptes, Léo. Et pour te motiver... tu prends soixante pour cent de tout ce que tu trouveras sur ces comptes. Tout. C'est à toi. Légalement blanchi par mes avocats demain matin. Le cerveau de Léo sembla court-circuiter. Soixante pour cent des réserves d'un ancien milliardaire. On parlait de dizaines, peut-être de centaines de millions de dollars. Pour un gamin qui dormait sous les bouches de métro il y a encore cinq ans, c'était une somme qui défiait la réalité. Il regarda Élara. Ma sœur arborait un sourire en coin, fier et terrifiant. Elle hocha lentement la tête. Léo posa son ordinateur sur la grande table de conférence en verre. Ses mains ne tremblaient plus. La peur avait disparu, remplacée par la faim la plus pure et la plus dévastatrice qui soit : la faim de l'or. Léo : Je vais le ruiner, murmura le garçon en ouvrant son terminal de commande. Il va devoir vendre ses putains de costumes sur eBay pour se payer un café. Pendant les six heures qui suivirent, le soixante-dixième étage se transforma en salle d'opération numérique. Élara et Léo travaillaient en tandem, une symphonie de lignes de code vertes et rouges défilant sur les écrans géants. Silas faisait les cent pas, assurant la sécurité physique de la tour, tandis que je coordonnais le nettoyage de la scène de crime avec Thorne. À trois heures du matin, Léo frappa violemment la touche Entrée avec un cri de victoire qui déchira le silence. Léo : Bingo ! haleta-t-il, les yeux rougis par la fatigue. J'ai percé le dernier nœud de la banque des Bahamas. Les fonds de Liam St-James étaient planqués derrière sept couches de sociétés écrans panaméennes. — Quel est le solde ? demandai-je en m'approchant de l'écran. Élara : Quatre-vingt-douze millions de dollars américains, annonça-t-elle, un frisson de jubilation dans la voix. — Transférez tout, ordonnai-je, mon sourire reflétant celui du Diable lui-même. Nous regardâmes les chiffres chuter en temps réel. Quatre-vingt-douze millions. Cinquante millions. Dix millions. Zéro. Léo s'effondra dans son fauteuil, les mains sur le visage, riant nerveusement. Il venait de gagner plus de cinquante-cinq millions de dollars en une nuit. Son avenir était scellé, et son âme appartenait désormais à l'Empire Leduc. Je me tournai vers l'immense baie vitrée, observant la ville endormie sous la pluie. Liam St-James venait de se réveiller ruiné. Kaiden venait de perdre son bouclier logistique. Nous ne leur avions pas envoyé un cadavre dans un lit. Nous venions de leur arracher l'oxygène. La Reine et la Hacker venaient de frapper. Et la guerre de l'Héritage du Sang ne faisait que commencer.
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