Cela s’ouvrait par les tourbillons de vent, de poussière et de feuilles mortes,
débouchant du cimetière, animés et gonflés par les génies et les mânes des morts.
Véritables malédictions ! Les tourbillons s’engouffraient dans le village, arrachaient les
chaumes, roulaient les calebasses, emportaient les pagnes puis s’éloignaient en faisant
rugir la brousse. Le ciel s’élevait bleu, haut, si haut que le profond des charognards ne le
frôlait plus. Tout enchantait Fama, car dans son cœur remontaient les joies des bons
harmattans de son enfance.
« En vérité, un très bon harmattan », murmurait-il. « Non », protestait Balla qui avait
fini par se joindre aux palabreurs. « Non ! c’est un harmattan malingre, famélique, un
avorton d’harmattan. Les grands harmattans, les vrais harmattans ont été définitivement
enterrés avec les grandes chasses. Euh ! Euh !… Rappelez-vous, maître, votre enfance. Je
chassais encore… » Et les palabres s’alimentaient des histoires de chasse de Balla.
Diamourou les connaissait toutes et surtout les racontait mieux que le vieux féticheur lui-
même.
Comment Balla devint-il le plus grand chasseur de tout le Horodougou ?
À l’heure de l’ourebi, loin dans l’inexploré de la brousse, au creux d’une montagne où
naissait une source fraîche, il rencontra, ou mieux, un génie se révéla à Balla. C’était un
génie chasseur. Tous les Malinkés ont entendu parler des génies chasseurs, ces génies
vivant de sang chaud et surtout avides de sang humain, ces génies qui conduisent les
animaux sauvages comme les bergers mènent les troupeaux. Le génie rencontré était nu,
aussi grand que Balla, le crâne ras, sauf au milieu du crâne une grosse tresse de cheveux
longue et tombante comme une queue de varan et évidemment balançant à la main gauche
le fusil des génies chasseurs, fusil pas plus long qu’un bras, au canon d’or : le genre de
fusil que le chasseur solitaire entend tonner dans le lointain de la brousse, au gros de
l’harmattan.
« Je t’ai appelé ici pour te proposer un accord », énonça le génie chasseur. Balla, sans
empressement, sans la petite peur (n’avait-il pas lui-même tué des sacrifices pour amener
et favoriser cette rencontre !), répondit calmement : « Lequel ? »
Le génie expliqua. Balla d’ailleurs connaissait toutes les dispositions ; les génies
chasseurs proposent toujours le même accord. À chaque sortie du chasseur le génie
marchera devant lui, le conduira au large de la brousse ; là le génie rassemblera les
animaux sauvages comme un berger et Balla fusillera ce qu’il voudra. Mais un jour, un
jour lointain, au lieu de guider, il abattra Balla et se gorgera de son sang chaud.
« Mais quel jour ? » demanda Balla. Le génie chasseur ne répondit pas. Les génies
chasseurs ne le précisent jamais.
L’accord entendu et conclu, pendant des années et des années le génie chasseur et Balla
avaient battu la brousse, inséparables comme l’index et le médius. Chaque harmattan,
Balla avait accumulé exploits sur exploits comme un cultivateur aligne des buttes. Balla
aimait les raconter et d’un bout à l’autre d’un large soleil sans se répéter il assommait
(évidemment avec les retouches et les explications du griot) les palabreurs de ses histoires
de chasse. Un exemple : l’exploit triomphant lors des funérailles du père de Fama.
Empressons-nous de le conter.refroidit la braise ; cet objet met fin à notre destin : c’est notre kala. Pendant trois ans
Balla consulta marabout, fétiches et sorciers, tua sacrifices sur sacrifices pour trouver le
kala de son génie chasseur. Un lundi le génie vint le prendre à la sortie du village. Ils
marchèrent dans le soir calme jusqu’à un marigot que le génie passa avant son
compagnon. De l’autre rive Balla alluma dans son dos les quatre doigts de poudre. Le
diable hurla et tomba. Le sang et le hurlement jaillirent en flammes et allumèrent la
brousse. Balla retourna sur ses pas, accrocha pour toujours fusil et équipement au mur.
Pour lui la chasse était finie ; la traîtrise lui interdisait de mettre le pied dans la brousse
jusqu’à sa mort. Savez-vous ce qu’était le kala de ce génie chasseur ? Le grain de c*****n
du chevrotain aquatique ! Balla sur les quatre doigts de poudre entassée avait placé trois
crottins de chevrotain aquatique. Cela fut fatal au génie chasseur.
Les histoires de chasse permettaient de parcourir facilement les journées. Rapidement
le soleil montait au-dessus des têtes et le repas s’asseyait autour des calebasses communes.
Et avant que les mains aient séché, le soleil arrivait au point de la deuxième prière.
Ensemble tous les palabreurs s’alignaient, sauf Balla. Le féticheur patientait en s’occupant
de ses poux qu’il écrasait en broyant des dents les coutures de ses habits, à ses mouches
qu’il massacrait en plein éventail, pendant que tous les autres se gratifiaient en priant
d’inestimables bénédictions divines.
Puis les histoires de chasse reprenaient. Le soleil descendait au point de la troisième
prière et l’on secouait et étendait à nouveau les peaux de mouton. Avec la quatrième prière
le soleil tombait. Crépuscule d’harmattan !
Très souvent les nuits de Fama s’allongeaient. La case patriarcale, la case royale du
Horodougou était une des plus anciennes, donc entretenait les plus vieux, gros et roux rats,
poux de cases et cafards. Ils grouillaient et s’agrippaient aux membres ; le sommeil et
Fama se séparaient. Dans la tête et le cœur de l’éveillé soufflaient les soucis, des poussées
de tourbillons.
D’abord les soucis d’argent. Togobala, faut-il le redire, était plus pauvre que le cache-
sexe de l’orphelin, asséché comme la rivière Touko en plein harmattan, assoiffé, affamé.
Le peu d’argent de Fama s’était dissipé plus rapidement que la rosée. Il y eut les sacrifices
et les repas à payer. Et chaque jour le cercle autour des calebasses de tô s’était élargi des
camarades de classe d’âge qui avaient choisi l’heure de l’assise des repas pour venir
saluer. Puis il y eut les griots (sauf Diamourou), les frères de plaisanterie qui réclamaient,
et tous les autres qui gémissaient et tendaient les mains ; et Fama se devait de donner, il
devait être généreux ; et il l’était à tel point qu’il allait offrir jusqu’à son cache-s**e quand
les deux vieux serviteurs de la dynastie, le vieux griot et le vieil affranchi, le relayèrent.
Ils étaient presque obligés. La pauvreté ne se guérit pas, ne se dissimule pas, à
Togobala. Et Fama mains et poches vides est un Fama hargneux, rageur. Il fronçait les
sourcils quand avançait un demandeur, écumait quand il devait donner. Toute la journée il
devenait intraitable comme un âne nouvellement circoncis. Pour arrêter cette mauvaisehumeur et les palabres gâtés par les bouffées de colère, les deux vieillards spontanément
payèrent. Et Fama toléra ce paiement.
En plein jour, en plein Togobala, lui le dernier Doumbouya, devint parasite de ses
serviteurs ! C’était piteux, incroyable, honteux ! Mais seul, quand Fama tournait ses
longues nuits blanches, c’était lâchement apaisant. Il n’avait plus aucun souci d’argent.
Même sans souci d’argent les nuits restaient longues, gluantes, hérissées de piqûres et
de morsures parce que Fama les parcourait seul, seul, sans femme. C’est dire que parfois il
se tordait, se serrait les cuisses, même gémissait et s’embarrassait l’esprit et le cœur de
choses de femmes — ou disons-le d’une bouche franche —, des choses de Mariam.
Le pagne, les mouchoirs, les joies, les propos de Mariam surgissaient à tout moment
dans toutes les pensées et rêves de la nuit. Il l’attendait. Mariam ! La jeune veuve avait dès
la première vue piqué Fama des tourments et des contorsions qui ne l’avaient ébranlé
qu’une fois, une seule fois, lorsque jeune garçon entrant dans la puberté, il avait surpris
complètement nue une jeune femme de son père. Il se ressentit complètement transformé,
ranimé de la virilité d’un mulet.
Tout commença le soir même que Fama arriva à Togobala. Il alla saluer, se courba, se
pencha à la porte de la case où les veuves asseyaient le deuil (pendant quarante jours elles
restaient cloîtrées). Mariam cardait au fond près de la porte opposée, de sorte que le soleil
finissant l’éclairait complètement, dans l’attirail de deuil qui — on ne devait pas le dire —
lui seyait à merveille, comme de l’antimoine sous les yeux du singe hocheur.
« Merci les femmes ! Courage ! À vous les peines ! À vous les soucis ! » s’étaient écrié
Fama et le griot Diamourou qui l’accompagnait. Et aussitôt elles s’étaient ruées toutes
dans les pleurs et lamentations, les trois veuves et les vieilles assistantes. Fama sans se
rassasier avait regardé Mariam, regardé, elle lui avait semblé s’être parée du deuil comme
une courtisée se pare d’un collier d’or un jour de danse. On pouvait jurer sur Allah, elle
jouait la pleureuse, s’amusait à la lamentée. Rien ne descendait, rien ne dépassait le bout
des cils, le bout des lèvres. Les cheveux non tressés comme le veut la coutume, en
broussailles comme chez une folle, apportaient beaucoup de malignité à ses yeux brillants
de lièvre. Le visage luisait, la poitrine aussi, et les seins serrés dans le pagne indigo
rebondissaient, ramassés et durs comme chez une petite jeune fille. Les cuisses et les
fesses se répandaient, infinies et ondulantes sous le pagne. Quel saisissement au toucher !
« Réprimez, réprimez les pleurs ! Tout décès est l’œuvre d’Allah ! s’était écrié le griot.
Les pleurs ne font pas lever les morts. »
Les gémissements baissèrent.
« Diamourou, dis-le bien à ton maître, supplia Mariam d’un ton affecté. Dis-lui qu’il
est notre seul soutien sur cette terre, il est à la fois nos père et mère. »
Fama avait fixé la jeune femme en train de dire, mais aussitôt avait baissé la figure, de
peur de scandaliser ; elle décochait un sourire amoureux !
« Tranquillisez-vous toutes ! Fama est un solide soutien », avait renchéri le griot.
Au retour de la mosquée, chaque matin Diamourou et Fama s’arrêtaient et saluaient à la
porte des veuves. Mariam les attendait. Disons-le, parce que Allah aime le vrai ! Elle étaitbelle, ensorcelante, exactement la femme née pour couver le reste des jours d’un homme
vieillissant comme Fama. Assise côte à côte avec Sali-mata, celle-ci ne vaudrait pas une
demi-noix de cola. D’ailleurs Fama ne pensait plus que de rares fois à sa femme de la
capitale et ne lui avait même pas envoyé la moindre lettre de salutation depuis son arrivée
à Togobala. Et puis Mariam était la chose de Fama, partie intégrante et intéressante de
l’héritage.
« Même avec son scandaleux et mauvais caractère, maître, ne laisse pas sauter de ton
filet un frétillant poisson comme Mariam », conseilla le griot à Fama, et Diamourou
poursuivit : « Les très gros défauts de la jeune femme ont tourmenté les dernières années
du décédé. Elle ment comme une aveugle, comme une édentée, elle vole comme une
toto. » Malicieusement, le griot baissa le ton, regarda autour : « Elle a pour chaque garçon
un accent, un sourire et ne sait pas répondre non aux avances. Et les jeunes gens du
village, les jeunes gens de l’indépendance, éhontés, sont irrespectueux, tous, même pour
les choses sacrées comme les jeunes femmes des vieux. »
« Non ! il n’y a pas de malheur, il n’y a pas de défaut sans remède. Euh ! Euh !
murmura le féticheur Balla. Rien ne doit détourner un homme sur la piste de la femme
féconde, une femme qui absorbe, conserve et fructifie, rien ! Et Mariam était une femme
ayant un bon ventre, un ventre capable de porter douze maternités. Balla l’avait vu, avant
sa cécité, à la démarche de la jeune femme. Quant à l’infidélité, euh ! euh ! les femmes
propres devenaient rares dans le Horodougou comme les béliers à testicule unique. Balla
le jurait. Faites enjamber un cheval mourant par une femme n’ayant couché qu’avec son
mari, si elle n’est pas rapide la bête la soulève en se levant. L’autre jour Balla avait à
soigner une jument couchée, il l’a fait enjamber par trois mariées, mères de plusieurs
enfants, la bête s’est agenouillée à demi et a crevé dans la nuit. N’empêche que l’adultère
doit être réprimé. Balla contraindra les jeunes gens à ne pas tripoter Mariam. Un efficace
fétiche sera adoré et attaché. L’homme qui la grimpera au mieux ne pourra ni dévulver ni
se dégager et restera pris au piège jusqu’à ce que Balla vienne dire le contre du fétiche ;
autrement après l’amour son s**e se réduira jusqu’à disparaître dans le bas-ventre. Et ce
sera fini pour lui. Pour qu’on t’appelle grand coureur il faut en avoir un qui se lève devant.
Euh ! Euh ! Euh !… »
Donc, acquise. Mariam sera sa chose. Toutes les nuits Fama pensait, s’imaginait la
tournant, la caressant, l’écartant après la retraite du deuil. Toutes les nuits, sauf — faut-il
le mentionner ? — les deux nuits précédant le grand palabre : un lundi et un mardi.
Un lundi matin Diamourou l’avait tiré en dehors du cercle des causeurs, s’était penché
pour lui cracher dans l’oreille le secret. Le président du village et du comité (il s’appelait
Babou) et tous les autres membres allaient interroger Fama, et pas pour rire ou honorer ! Il
y aurait du parti unique, du sous-préfet, de la contre-révolution dans la sauce ; et
Diamourou en oubliait. Ce serait mercredi après la troisième prière que le palabre serait
convoqué. Tout devint officiel, lorsque le griot du comité vint l’annoncer, à l’heure de
l’assise des calebasses de tô, et se lava les mains pour fermer le cercle des mangeurs.
Du sous-préfet, de la contre-révolution, de la réaction, mais c’était grandement grave !
Pendant deux nuits Fama tourna et retourna diverses questions, écrasa poux, punaises et
puces. C’était grave et aussi embarrassant qu’un boubou au col trop large. Avec les
Indépendances, le parti unique, le comité et tous les autres, on avait vanné les Malinkés àleur coller des vertiges. Ils en avaient plein la gorge et le nez. Mais nul ne le disait et on ne
savait pas comment en sortir. Sur ces grouillement et résignation, Fama débarqua. Fama
présenté comme le dernier Doumbouya, un courageux, un diseur de vérité que les Toubabs
avaient spolié de la chefferie. Il venait du Sud, rentrait définitivement au village pour être
le président du comité. Ainsi en décidèrent Diamourou et Balla. C’était normal, tout le
Horodougou n’était-il pas sa propriété ? Fama pouvait en outre dire à tous les présidents et
secrétaires généraux que les habitants de Togobala étaient usés jusqu’à la dernière fibre.
Diamourou et Balla avaient enfumé le village d’autres plus insolentes paroles. Leur maître
s’entraînait à tordre le cou aux Indépendances, au parti unique et à tous les comités. « Il y
avait de la contre-révolution, de l’authentique réaction à Togobala ! » estimèrent le comité
et son président, et ils le crièrent. Le sous-préfet, le secrétaire général, le gouverneur, le
parti unique exultèrent (depuis des mois il n’y avait plus de réactionnaire à dépister), et
dégainèrent, prêts à décapiter dans le nid l’horrible contre-révolutionnaire. Et même les
brigades de vigilance se reconstituèrent, se réorganisèrent pour épier Fama. C’était une
vraie inconfortable et très dangereuse situation.
Mais on était Malinké, et le Malinké ne reste jamais sur une seule rive. On s’étouffait à
lancer les invectives les plus outrageantes contre la réaction, mais on s’empressait de
rechausser les babouches pour arriver juste à l’heure du repas chez Fama, on s’asseyait
autour de la calebasse commune et entre deux gorgées bien appuyées et pimentées on
regrettait les paroles dites devant les autres, on maudissait le parti unique et les
Indépendances. D’ailleurs à Togobala personne ne tient rigueur à un autre pour ce qu’il a
narré devant les autorités. La colonisation, les commandants, les réquisitions, les
épidémies, les sécheresses, les Indépendances, le parti unique et la révolution sont
exactement des enfants de la même couche, des étrangers au Horodougou, des sortes de
malédictions inventées par le diable. Et pourquoi, pour ces diableries se diviser, se
combattre, casser et user la fraternité et l’humanisme ? D’autres avaient porté la cravache
de la colonisation pour frapper. Après les Toubabs, ils se sont trouvés face à face avec
leurs victimes. On ne voulait plus recommencer.
Mais alors, pourquoi ? pourquoi chacun préparait-il une confrontation brutale, une sorte
de combat de taureaux ? Pourquoi jetait-on sa pleine brassée de bois mort sur le feu ? Un
mystère malinké, ou l’ennui du long chômage saisonnier de l’harmattan ? On assemblait
les boubous, on déchaussait les babouches pour s’asseoir dans le palabre de Fama.
Diamourou et Balla déchaînés juraient et vilipendaient « les bâtards du comité ». Fama
allait leur hurler leur vérité, quand même le parti unique croquerait et avalerait. « Le
président du comité : un fils d’esclave. Où a-t-on vu un fils d’esclave commander ? » Vite
on retournait dans le palabre du comité pour rapporter et écouter le président exposer :
« Fama ! Il ne pesait pas plus lourd qu’un duvet d’anus de poule. Un vaurien, un
margouillat, un vautour, un vidé, un stérile. Un réactionnaire, un contre-révolutionnaire. »
Au nom d’Allah ! Tout Togobala (sauf Balla) tout le long (excepté les heures de prière) de
la longue journée de mardi faisait la navette entre les deux palabres. C’est pourquoi, les
deux nuits de lundi et de mardi, Fama ne ferma pas les yeux.
Mercredi le soleil arriva au point de la troisième prière. On la courba ensemble. La
moitié des villageois s’étaient joints au palabre de Fama. Enfin ils arrivèrent : ceux du
comité, le griot en tête, Babou et les onze autres membres du comité avec le délégué du
sous-préfet, suivis par l’autre moitié des villageois. Les gens du comité avaient fait ledéplacement parce que Fama asseyait un deuil et à Togobala, depuis que le monde existe,
les choses importantes et sérieuses se palabrent dans la cour des Doumbouya. Les assis se
levèrent, serrèrent les mains des arrivants et en bon m******n chacun s’enquit des
nouvelles de la famille de l’autre. Cela dura le temps de faire passer par un lépreux un fil
dans le chas d’une aiguille. Et les gens se répandirent sur les nattes étendues autour des
cases. Fama, le président Babou et le délégué du sous-préfet eurent droit à des chaises
longues. Les deux griots, Diamourou et le griot du comité, se tinrent debout au milieu de
l’assemblée.
Les griots d’abord. Ils préfacèrent le palabre, parlèrent de fraternité, d’humanisme,
d’Allah, de la recherche serrée de tous les petits grains de la vérité et pour rassurer la
population en chômage saisonnier craignant d’être frustrée d’un spectacle de qualité, les
griots annoncèrent que le palabre serait long, deux ou trois nuits s’il le fallait, pour creuser
et tirer la vérité pure et blanche comme une pépite d’or.