Chapitre quatre

3234 Words
Une première fois, au ministère, après qu’on lui eut demandé son nom, prénom, profession et adresse, un margouillat de planton lui indiqua que les affaires personnelles se disaient, se réglaient au domicile. Fama, un soir, marcha et arriva au domicile. À l’étage du bungalow, le jeune ministre Nakou chatouillait une femme, et les éclats de rire résonnaient jusque dans le jardin et puis la femme… Le juge d’instruction coupa net, indiqua à Fama la salle de t*****e où on savait faire parler. Personne ne voulait connaître comment Nakou tournait ou savourait les femmes ; Fama devait s’expliquer au sujet du rêve et du sacrifice ; du rêve pour lequel Bakary avait été un émissaire. Et Bakary avait déjà parlé, Fama devait confirmer. « Allez, vite ! » Tous les yeux se braquèrent sur Fama qui voyait le jardin du dessus des épaules du juge. De la fenêtre de la chambre, à travers le linge pendu pêle-mêle, le jardin commençait à rire ; sûrement là-haut le soleil avait réussi à se dépêtrer, à se démarabouter. Un vent timide soufflait. C’est pourquoi les palmes s’entortillaient, les feuilles et les fleurs de quelques arbrisseaux dont Fama ne connaissait pas les noms remuaient. Oui ! C’était vrai ! Fama avait rêvé, avait été aveuglé une nuit par un de ces rêves qui vous restent dans les yeux toute la vie, qui vous marquent comme le jour de votre circoncision ; un rêve concernant Nakou. Oui, il en avait parlé à Bakary ! Ah ! ce rêve qui fumait la mort et la peur ! D’abord une atmosphère, le spectacle d’un après-midi de feu de brousse d’harmattan. Des reptiles. Serpents ou caïmans ? Fama ne le distinguait pas ; mais tous avaient des écailles, escaladaient en se tortillant une haute termitière tapissée extérieurement de mousse verdâtre. La termitière contenait la capitale de la Côte des Ébènes. De la crête de la termitière, du rebord du gouffre qui était une sorte de tombeau vidé par des hyènes, se voyait au fond toute la ville grouillante balayée par la flamme. Et étrangement, dans les rues apparaissaient çà et là, parmi les cases en ruine, des murs récemment bâtis. Comment ont-ils pu être épargnés par la fumée ? Au loin deux cases continuaient de fumer comme deux pots d’ambre au pied des morts. Mais où sont-ils, les morts ? Comme écho aux interrogations de Fama, un cynocéphale a surgi de la fumée et a sauté à terre ; il avait les griffes de flamme, de flamme qui vacillait, il poursuivait les hommes tout nus et musclés mais fous d’épouvante qui se débandaient, le singe en rattrapait un, le grimpait comme le chien monte sa chienne, se délectait, puis repu sautait encore à terre, rebondissait, pourchassait (sa traînée était toujours coulée de flamme) et rattrapait un autre homme et le montait. Louange à Allah ! le singe répugnant épargna Fama, mais de la fumée lointaine où il disparut émergea une femme entièrement voilée de blanc sauf les pieds et les mains noirs, du noir luisant du plumage de corbeau. Fama épouvanté détala, mais il fut vite rejoint par la femme. « Viens ! dit-elle à Fama, mettons-nous à l’écart. Moi, te vouloir du mal ! Ne m’assimile pas à celui-là », poursuivit-elle en parlant avec mépris du singe et en désignant l’endroit où le monstre avait disparu. « J’ai à te dire concernant Nakou », ajouta- t-elle. Toujours terrorisé, Fama objecta qu’il ne fréquentait pas Nakou, et puis : « Pourquoi à moi, femme ? Pourquoi à moi, alors que Nakou ne manque pas d’intimes dans la ville, et puis… » La femme interrompit Fama. « Passer une porte, une deuxième porte, une troisième porte, puis s’arrêter devant la quatrième, ce n’est pas chercher une case, mais c’est chercher une qualité d’homme », et elle poursuivit : « Dis à Nakou de tuer un bœufen sacrifice et… » Elle indiqua beaucoup d’autres offrandes, mais elle murmurait si bas que Fama n’entendit pas, et elle disparut. Fama la rechercha en vain, elle avait définitivement disparu. Il persista et en fouillant il découvrit un homme nu comme un tronc de baobab, et conique comme un fuseau, genoux à terre, balayant le sable de ses lèvres et Fama inspiré s’écria : « Ah ! j’ai compris ! tout entendu ! Une intrigue tombera Nakou, désolera la ville, mais si Nakou tue le sacrifice, il s’en sortira plus tard, et beaucoup plus tard les intrigants seront démasqués et honnis. » À ces mots la femme voilée resurgit, elle était éclatante de joie. « Oui, tu as compris, dit-elle, tout entendu ; mais rappelle-toi qu’un malheur, quel que soit l’homme atteint, ne nous est jamais étranger, jamais lointain, bien au contraire… bien au contraire… bien au contraire. » Fama se réveilla pétrifié et dans ses oreilles continuèrent de retentir les « bien au contraire ». — Un rêve de cette fatalité funeste, pouvait-on le taire ? demanda Fama. Le juge de la tête convint que non. Alors comme lui Fama ne voulait plus retourner seul chez Nakou. Il en entretint Bakary, qui d’ailleurs objecta : — C’est un devoir pour nous de l’en avertir, mais je sais que c’est parfaitement inutile. Ces jeunes gens débarqués de l’au-delà des mers ne pensent plus comme des nègres. Il y eut un silence. Était-ce parce que Fama était le premier interrogé de la journée, ou parce qu’il reconnaissait le premier une participation effective au complot ? Tous : greffiers, policiers, dactylographes, médusés, écoutaient. Le soleil s’était répandu dans le jardin, et de loin en loin des insectes, si ce n’étaient pas des mirages, apparaissaient, coupaient l’air de traînées éclatantes ; avant de se fondre dans des halos. La chaleur diffuse était là, partout ; et dans les aisselles, les aines et le cou sourdaient mille picotements. L’on respirait avec des efforts et entendait le souffle, sentait ses côtes, son ventre et ses narines battre ; l’on apercevait des oreilles se tendre, des yeux s’écarquiller, et l’on se sentait réduit et surtout impuissant contre tout ce qui entourait. Les lèvres étaient sèches (Fama avait trop parlé) et la soif coulait sur la langue qu’elle brûlait, et embarrassait la gorge qu’elle chatouillait. Le juge coupa le silence. Fama avait-il autre chose à déclarer ? Rien. On le menaça. Vraiment rien. Le dactylo fit claquer et puis crépiter la machine. Fama raconta une deuxième fois son rêve, le juge traduisait en français, répétait les phrases, butait sur des mots, tout en rongeant les ongles de sa main droite. Il inculpa Fama de participation à un complot tendant à assassiner le président et à renverser la république de la Côte des Ébènes. Quand Fama se leva pour partir, le juge lui demanda pourquoi il n’avait pas couru au réveil raconter son rêve à une personnalité importante du régime, le président ou le secrétaire général du parti unique. Fama ne répondit pas. — Dommage ! Dommage ! s’écria le juge. On l’aurait interprété et c’eût été utile ; beaucoup de malheurs survenus depuis auraient été évités. Peut-être l’ignores-tu, ajouta-t- il, le ministre Nakou s’est pendu dans sa cellule après avoir tout confessé.Fama attendit des semaines qu’on vînt l’informer de la date du jugement. Il se voyait déjà acquitté, purement et simplement acquitté. Que lui reprochait-on ? Il avait rêvé, et il pouvait jurer sur le Coran même, il n’avait fait que cela ; il n’avait participé à aucune autre action. Le jour du jugement, il allait commencer par dire : « Écoutez ce proverbe bien connu : l’esclave appartient à son maître ; mais le maître des rêves de l’esclave est l’esclave seul. » Les rêves de Fama n’appartenaient qu’à lui, Fama. Il pouvait en disposer comme il le voulait. D’ailleurs, qui auparavant lui avait dit qu’il était tenu de raconter ses rêves aux dirigeants des soleils des Indépendances ? Et imaginait-on Fama, le dernier des Doumbouya, se rabaisser jusqu’à aller trouver le secrétaire général du parti et lui dire : « Voilà, secrétaire ! hier soir… » Rien que le penser, Fama se fâchait. Il n’aimait pas le secrétaire général du parti. Bâtard de bâtardise ! Malheur des soleils des Indépendances ! Mais attention, Fama ! le jour du jugement il faut te contrôler, dire les choses posément, dire, par exemple, que tu ne savais pas qu’il fallait raconter au secrétaire les rêves funestes, ou bien prétendre que tu avais chargé le ministre Nakou de le rapporter. Dans tous les cas, Nakou ne pouvait pas te contredire ; il était mort et enterré. Fama murmurait ainsi, des jours et des nuits, ce qui allait être sa défense ; il le murmurait encore, lorsqu’un matin il fut convoqué chez le juge. Quand, entre deux gardes, il y arriva, une cinquantaine de détenus attendaient. Le juge procéda à l’appel ; après il se fit apporter un autre dossier, l’ouvrit cérémonieusement et lut très attentivement en marquant scrupuleusement la ponctuation un exposé interminable plein d’articles et de dialogues. Fama et beaucoup d’autres n’y comprenaient rien. Un garde malinké fut chargé d’interpréter ce que le juge lisait. Cet interprète improvisé devait être un Malinké de l’autre côté du fleuve Bagbê. Il avait un langage militaire avec des phrases courtes. — Vous êtes tous des chacals. Vous ne comprenez pas le français et vous avez voulu tuer le président. Voilà ce que le juge a dit. Il a dit que le jugement était fait. Voilà. Mais comme il sait que vous êtes tous des médisants, surtout vous les Malinkés, il dit qu’il n’a pas voulu casser la tête du petit trigle sans les yeux. Le juge tient à expliquer pourquoi les prévenus n’ont pas été convoqués, le jour du jugement. Cela lui a paru inutile. Dans les déclarations qui ont été faites librement, chaque prévenu avait reconnu sans détour sa faute. Et puis chaque dossier avait été défendu par un avocat de talent. Et dans tous les cas, les peines ont été fixées par le président même. Et s’il se trouve ici quelqu’un pour contester l’esprit de justice du président, qu’il lève le doigt. Moi je ferai descendre ce doigt avec une claque. Voilà. Vous qui êtes ici, vous êtes de mauvais Malinkés, des bâtards, un pur de chez nous ne participe pas à un complot. Maintenant, ouvrez vos oreilles de léporides et fermez vos gueules d’anus d’hyène. Le juge va lire les peines que vous avez bien méritées. Voilà. Le juge donna la liste des peines. Fama était condamné à vingt ans de réclusion criminelle. Les prisonniers furent ensuite reconduits dans les cellules et dès le lendemain Fama commença sa vie de condamné. Vingt ans de réclusion pour un Fama équivalait à une condamnation à perpétuité. Fama avait ce qu’il avait cherché. Il allait mourir à Mayako, il serait enterré à Mayako sansrevoir le Horodougou, sans revoir Salimata. Tout cela était aussi clair que la paume de la grenouille. On l’avait bien prévenu. Les gens de l’indépendance ne connaissent ni la vérité, ni l’honneur, ils sont capables de tout, même de fermer l’œil sur une abeille. On lui avait dit que là où les graterons percent la coque des œufs de pintade, ce n’est pas un lieu où le mouton à laine peut aller. Il s’est engagé, il a voulu terrasser les soleils des Indépendances, il a été vaincu. Il ne ressemblait maintenant qu’à une hyène tombée dans un puits ; il ne lui restait à attendre que de la volonté d’Allah ; que de la volonté de la mort. Parfois il pensait à la force qui le sollicitait, qui l’a amené à montrer des témérités de verge d’âne qui l’ont plongé dans ce trou. Lui Fama n’avait pas écouté les paroles prophétiques du grand sorcier Balla, lors du départ de Togobala. Cela lui paraissait maintenant incroyable et c’était pourtant vrai. Pourquoi tant d’entêtement ? Parce que Fama suivait son destin. Les paroles de Balla n’ont pas été écoutées, parce qu’elles ricochaient sur le fond des oreilles d’un homme sollicité par son destin, le destin prescrit au dernier Doumbouya. « Fama, maintenant il n’y a plus de doute, tu es le dernier Doumbouya. C’est une vérité nette comme une lune pleine dans une nuit d’harmattan. Tu es la dernière goutte du grand fleuve qui se perd et sèche dans le désert. Cela a été dit et écrit des siècles avant toi. Accepte ton sort. Tu vas mourir à Mayako. Les Doumbouya finiront à Mayako et non à Togobala », murmurait-il. Et courageusement il pensait à autre chose. Fama n’était pas astreint aux travaux pénibles, mais son état de santé se dégradait. Des vers de Guinée poussaient dans les genoux et sous les aisselles. Constamment il desséchait : ses yeux s’enfonçaient dans des orbites plus profondes que des tombes, ses oreilles décharnées s’élargissaient et se dressaient proéminentes comme chez un léporide aux aguets, les lèvres s’amincissaient et se rétrécissaient, les cheveux se raréfiaient.Malgré cet état, chaque matin il se réveillait avant les chants du coq pour se livrer à la bonne prière du matin qui prépare la rencontre avec les mânes des ancêtres et le dernier jugement d’Allah. Au fond il était heureux de finir. Il regrettait très peu de choses et parmi celles-ci il y avait Salimata. Fama s’était toujours dit que, quelques instants avant sa mort, il aurait convoqué Salimata, l’aurait priée de pardonner les années de malheur qu’il lui avait fait vivre. Il ne le pourra pas. Mais Allah connaissait les bonnes intentions. Allah a dit que le paradis de la femme se gagnait dans la fumée de l’accomplissement du devoir de son mari. Alors Allah pouvait prévoir pour Salimata une place de repos dans son paradis éternel. Elle avait fait son devoir, plus que son devoir. Elle avait souffert pour les autres et pour Fama sans le bénéfice et la récompense d’Allah. Fama déplorait aussi que ses restes ne reposeraient pas dans les terres du Horodougou. Il s’apercevait maintenant des mensonges de tous les marabouts, de tous les sorciers et devins qui constamment lui avaient prédit que son sort était d’arriver un matin à Togobala, en grand chef, accompagné d’un cortège étonnant, avant de mourir dans le Horodougou, avant d’être enterré dans le cimetière où reposaient ses aïeux. Tout cela s’avérait faux ; à moins que… Les possibilités du Tout-Puissant étaient sans bornes Des journées entières passées à ruminer des idées aussi tristes sur la mort remplissaient les nuits de Fama de rêves terribles. Un matin, quelques instants avant le réveil, un songe éclata devant ses yeux. Et quel songe ! On lui cria : « Regarde-toi ! Regarde-toi ! Tu es vivant et fort. Tu es grand. Admire-toi ! » À califourchon sur un coursier blanc, Fama volait, plutôt naviguait, boubou blanc au vent, l’étrier et l’éperon d’or, une escorte dévouée parée d’or l’honorait, le flattait. Vrai Doumbouya ! Authentique ! Le prince de tout le Horodougou, le seul, le grand, le plus grand de tous. Au-dessous fuyait un manque, un désir, quelque chose qui avait glissé à travers les doigts. Était-ce un cheval ? une femme ? Fama se courba, se pencha, mais ne put rien distinguer, le manque filait comme le vent, il était luisant comme la traînée de queue d’un lointain feu de brousse. À bride abattue, Fama le poursuivait, peinait de le poursuivre ; et cela fuyait, détalait plus vite, menaçait de disparaître, et sa disparition, on se le disait, laisserait l’univers orphelin avec le malheur de la sécheresse du cœur. Et pourtant Fama exultait, se pâmait de joie, se disant : « La chose court à sa perte, sur le chemin l’attend, solide comme un roc, celui qui l’accaparera. » Et enivré de joie Fama éclata de rire, d’un rire fou ; il rit si fort qu’il se réveilla, et réveillé continua à s’esclaffer, à pouffer jusqu’à…Le matin était là, le soleil haut remplissait la cellule de tout son feu. Autour, le pétillement assourdissant après un sommeil profond et un rire bruyant. L’heure de la première prière avait passé ; il aurait été ridicule de se courber, par un soleil aussi loin. Des éclats de rire, des voix, des sifflotements et des pas se faisaient entendre derrière la porte. Intrigué, Fama tendit l’oreille : toute la caserne vibrait, bruissait du brouhaha de l’orage battant la forêt. Il voulut écouter ; on poussa la porte, l’ouvrit. Des gardes présentèrent à Fama un bouffant neuf, un grand boubou, une chéchia et des babouches, neufs aussi. Fama devait les revêtir immédiatement et suivre les gardes. En s’habillant, il constata qu’au milieu de la caserne sur la place d’armes, des ouvriers et des soldats se dépêchaient de donner les derniers coups de marteau à la tribune qu’ils avaient construite dans la nuit, et d’aligner des chaises et des bancs. Des voitures étaient stationnées pêle- mêle derrière la caserne. Lorsque Fama s’en alla avec les gardes, ceux-ci lui apprirent que depuis les premières lueurs du matin des voitures étaient arrivées de toutes les provinces de la république. Tous les ministres, secrétaires généraux, députés, conseillers économiques et généraux étaient déjà là. Mais ils ne purent en dire plus : c’était déjà la place d’armes. Les gardes firent asseoir Fama sur un banc parmi d’autres détenus. Derrière la tribune, les griots et griottes, les tam-tams, les balafons, les cornistes et les danseurs constituaient une foule compacte et bigarrée Des officiels arrivaient, choisissaient des chaises et s’asseyaient. Mais soudain les accents métalliques des griottes retentirent, les cris des griots suivirent et ensemble tous les instruments de danse donnèrent. Alors le président, oui ! le président de la république des Ébènes lui-même, suivi de toutes les grandes personnalités du régime apparut. Le vacarme des cris et des tam-tams se poursuivit jusqu’au moment où il monta à la tribune et s’installa majestueusement à la place d’honneur. Le secrétaire général fit alors un petit signe et tout se tut. Il annonça que le président allait prononcer un important discours. Le chef de l’État se redressa. Le tintamarre recommença, mais un second geste du secrétaire général amena le silence. Le président avança, promena un regard sur la foule médusée. Un garde s’empressa d’arranger le micro dans lequel le chef d’État souffla puissamment pour se désenrouer. Les applaudissements, les tam-tams et les cris des griots repartirent. Le secrétaire général une troisième fois dut intervenir pour obtenir le silence. Cette fois le discours commença, le président parla. D’abord doucement, tranquillement, et avec cette voix sourde et convaincante dont le président seul avait le secret. Il parla, parla de la fraternité qui lie tous les Noirs, de l’humanisme de l’Afrique, de la bonté du cœur de l’Africain. Il expliqua ce qui rendait doux et accueillant notre pays : c’était l’oubli des offenses, l’amour du prochain, l’amour de notre pays. Fama n’en croyait pas son ouïe. De temps en temps, il enfonçait l’auriculaire dans ses oreilles pour les déboucher ; il se demandait constamment s’il ne continuait pas à rêver. Tout était bien dit, tout était ébahissant. Et c’était vrai, ce n’était pas un rêve ; c’était réel. Le président demandait aux détenus d’oublier le passé, de le pardonner, de ne penser qu’à l’avenir, « cet avenir que nous voulons tous radieux ». Tous les prisonniers étaient libérés. « Tous et tous. Immédiatement. Tous allaient rentrer dans leurs biens. » Comme le président marquait les mots ou groupes de mots importants par des arrêts, les phrases étaient entrecoupées par les soudains déclenchement et extinction du tintamarre.
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