Mercred’3

739 Words
Mercred’3 Pas grand monde, ce matin, à l’Inter. Je gare la Fiat pile devant l’entrée principale. René descend et me précède dans la galerie. Tout est à sa place, comme j’aime. Le patron du bistro s’engueule avec la fleuriste parce que, selon lui, elle fout de la flotte partout et que ça éclabousse la grosse bouteille de Ricard en carton que le représentant en spiritueux lui a donnée pour mettre devant sa porte, des fois que les ivrognes du coin rateraient son établissement. En nous voyant, René et moi, il esquisse un sourire de constipé. C’est marrant, ce mec je l’aime pas et pourtant les matins où je ne mets pas les pieds dans son rade vous pouvez être sûrs que ma journée sera ratée. Momo est en grande discussion avec son cousin. C’est-à-dire que, le regard vague, il ne dit rien. Il doit être télépathe ce type-là. Toujours dans le brouillard à penser à je ne sais quoi (je ne vous le dirai donc pas). Margueron est assis en face de lui. C’est pas du tout le bonhomme à qui je pensais quand René m’a parlé de lui. Je ne me souviens pas l’avoir déjà vu. La bécane, oui, je me rappelle, une pièce de collection, on ne peut pas l’oublier, y en a qu’une en Île-de-France. Lui, c’est un grand type maigre qui a l’air de se foutre du monde, comme m’a dit René, il n’est pas vieux mais on ne lui donne pas d’âge. Sans doute à cause de ses cheveux avec cette grande mèche toute blanche. Il touille sa bière. C’est la première fois que je vois ça. Lui aussi a le regard dans le vague sauf qu’il regarde ailleurs, à l’opposé de Momo puisqu’il lui fait face. René l’interpelle : — Margueron, c’est lui, mon pote le détective que tu m’as demandé. Le vieux motard (que jamais) lève les yeux et estompe un sourire qui me rappelle étrangement celui du patron, à l’entrée. — Bonjour, vous prenez quoi ? Il me tend une main moite et molle. J’ai l’impression qu’il ne regarde que mes cheveux. Qu’est-ce qu’il y a ? Je suis mal peigné ? Ça m’étonnerait, je ne me suis pas encore coiffé ce matin. D’ailleurs je ne me coiffe que pour les occasions à caractère religieux, genre communions, mariages et enterrements. Pas franc, en effet, ce Margueron. — Tu peux y dire tu… — Ouais, tu peux me dire tu. Salut Momo, je te réveille ? — Excuse Dec ! (Je ne sais pas pourquoi mais il persiste à m’appeler ainsi). Je te présente mon cousin, un p’tit frère en quelque sorte… Je t’expliquerai… — Dis, t’as une parenté pas simple, toi… — Non, mais c’est aussi notre frère à ma sœur et à moi. Je te raconterai. — Laisse tomber, tu m’embrouilles et puis je ne pense pas être ici pour dessiner ton arbre généalogique. — T’as raison. René t’a expliqué ? — Il m’a juste dit qu’il fallait que je vienne toutes affaires cessantes pour écouter une histoire pas ordinaire qui est arrivée à monsieur. Comme c’était pour René et toi, je suis venu. Et puis aussi, je suis curieux. Alors, raconte… Margueron s’est rassis et a repris le touillement ou touillage de sa Desperado. Il regarde autour de lui avant de parler comme s’il allait me remettre en loucedé les plans de la dernière bombe à tritons qu’il aurait piqués au général en chef des armées françaises. — C’est que… C’est que… c’est délicat. — Accouche, merde ! On t’a dit que c’était un pote, le détective, tu peux tout y dire. René s’en voudrait de m’avoir déplacé pour un pétard mouillé. Je lui en sais gré : — Ouais, vas-y, je t’écoute. Je ne suis pas flic, pas journaliste et encore moins juge. Rassuré, le bonhomme avale sa bière without bulles d’un trait, se lèche les babines, réprime un rot et commence son histoire. Là il me raconte le début de ce bouquin que, b***e de veinards, vous connaissez déjà avant moi. Je ne vais donc pas vous la resservir. Le patron, qui a trouvé un terrain d’entente avec la fleuriste (il mettra sa bouteille en carton de l’autre côté de la porte et elle arrosera avec un arrosoir au lieu du jet), m’apporte un double café et la note qui, me semble-t-il, tient compte des consos des autres. Je ne relève pas, c’est pour les fois où c’est l’inverse. Je paye pour qu’il dégage, il bloque les confidences de mon ami. L’autre en est au moment où il doit reposer son cul sur sa selle mouillée. J’en sais donc autant que vous. C’est à ce moment-là qu’il se met à farfouiller dans son sac à dos mono-bretelle comme ça se fait maintenant. Je m’attends à ce qu’il en sorte un flingue et qu’il fasse un c*****e dans le café. Je ne sais pas ce que j’ai mais c’est souvent que j’ai ce genre de fantasme. Je pars de la réalité et je divague. Des fois ça fait peur. Mais non, il sort un journal.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD