Le surnaturel
Je suis assise sur le lit de Louna dans sa chambre. Nous sommes toutes les trois assises en cercle et comme d’habitude, le silence est à son comble. Nous attendons que Guillaume arrive. Il est parti chercher son ordinateur. Selon lui, nous en aurions besoin pour faire des recherches sur ce qu’on a appris à la télévision. Je joue avec mes mains quand quelqu’un frappe à la porte. Guillaume entre les bras chargés. Je me décale pour lui laisser la place afin de s’installer.
« — Bon, je pense que nous pouvons nous renseigner sur certaines choses. »
« — Oui, je suppose que tu as raison. » J’approuve ce qu’il dit en le regardant allumer son ordinateur.
Voyant qu’il prend tout son temps, je lui prends son ordinateur des mains et ouvre le net. Je m’oriente vers la barre de recherche. Puis, je tape « Monde Surnaturel » et j’attends que la page charge. Je vais peut-être avoir les réponses à mes questions inavouées. À savoir : Qu’est-ce qui est réel et ce qui ne l’est pas ?
J’ai à peine le temps de cliquer sur le premier site trouvé, que nos parents entrent dans la chambre sans frapper.
« — Ah, vous êtes là ! Nous nous doutions bien que vous seriez ensemble. » Dit ma mère en s’avançant dans la pièce.
« — Ce n’est pas une nouveauté maman ! » rétorque Louna en descendant de son lit.
« — Nous avons des choses à vous dire… » Commence mon père d’un air grave.
Je le regarde perplexe. Avec mon imagination extravagante, je m’attends au pire.
Depuis que j’ai appris la nouvelle, je m’imagine beaucoup de scénarios tous aussi inimaginables les uns que les autres.
« — Ne le prenez pas mal, mais… » Mon père prend une grande respiration. « Je suis un loup-garou… »
« — QUOI ?.... », répondent en hurlant mes sœurs.
Choquées, elles regardent mon père d’un regard noir.
« — Ce n’est pas possible… comment as-tu osé nous cacher ça ! », reprend Julia.
Sur ses mots, elle descend du lit, rejoint Louna. Elle se retourne, contourne nos parents, sort de la chambre en courant. La porte claque derrière son passage.
Elle a une réaction enfantine, mais je le conçois. En effet, même pour moi, c’est aussi un choc de l’entendre. Un claquement de porte se fait de nouveau entendre et me fait revenir sur terre : Julia est sortie rejoindre Louna.
Ma mère me regarde, inquiète. Je crois que je commence à me rendre compte de tout ce qui se passe. Autour de moi, tout est flou. Le monde s’écroule… mes repères s’effondrent.
Je demande d’une voix qui ne me ressemble pas :
« — Et… pendant que vous y êtes, dites-moi que mon frangin est un loup-garou aussi ! La bonne blague ! Nan… » Je tremble.
Je regarde mon frère, hésitante… Quand j’ai dit qu’il pouvait être un loup-garou, il a baissé les yeux. Signe qu’il en est un ? Je l’ignore… Je sens que la suite des événements ne va pas me plaire… Mes mains tremblent d’anticipation.
« — Sœurette… je… je n’ai pas envie de te donner raison… ma… mais, c’est vrai… »
Je m’assois, les jambes qui tremblent. La réalité me touche de plein fouet. C’est mon frère… Il aurait pu me mettre au courant… Je suis dégoûtée par cet aveu.
« — Guillaume ! Tu es un loup-garou ? Mais, tu ne nous en as jamais parlé… » Dit ma mère, elle aussi, surprise de cet aveu.
« — Ce n’est pas par gaieté de cœur que je vous l’apprends… mais je n’avais pas le choix… il fallait garder le secret, je n’avais pas le droit de divulguer cette information. Cependant compte tenu de la situation, je pense que le moment est venu de vous en aviser. Je pense, en effet, que cela va prendre des proportions. »
Il s’installe à mes côtés, las. Je me décale de quelques centimètres lui montrant bien mon désaccord vis-à-vis de ce qu’il nous a dit.
Mes parents s’échangent un regard qui en dit long. Je commence à en avoir mal à la tête avec toutes ces révélations. Mon père reprend.
« — Maria… je… nous sommes désolés de te l’apprendre comme ça… mais… »
« — Attendez ! Ne me dites pas que vous alliez nous en parler ! Vous vous fichez de moi là ! » Je réplique rapidement en voyant que mon père veut se défendre. « Vous me dites du jour au lendemain : Tiens au fait Maria… nous sommes des LOUPS-GAROUS ! » J’accompagne mes propos en mimant cette phrase. Je continue ma discussion et je reprends : « Et vous n’avez pas honte ! Il faut simplement que la vérité éclate aux informations pour que vous vous décidiez à nous en parler ! »
Je finis ma tirade à bout de souffle. Mon père me regarde interdit, tandis que ma mère et Guillaume sont tristes et choqués par ce que j’ai dit. Je reprends mon souffle petit à petit. Ce que j’ai dit n’était que la stricte vérité ! Dans tous les cas… et le pire dans tout ça, c’est que mon père ne réagit pas.
Décidant que j’en ai assez de rester dans cette pièce, je me lève et j’ignore mon frère qui se dirige vers moi. Je vois également que je ne peux pas sortir à cause de mon père. Il m’empêche de sortir.
« — Quoi ? » Ma voix est froide, signe qu’il ne faut pas m’énerver plus que je ne le suis déjà.
« — J’admets que tu as raison… mais ce n’est pas une raison pour nous parler sur ce ton ! » Me fait mon père sur une voix sèche.
« — Ah ouais ?... Eh bien ! Va te plaindre auprès de ton supérieur, si tu n’aimes pas ce que je t’ai dit ! »
« — Maria ! », me reprend mon père sur un ton sérieux.
« — Oui ! Je sais…, je ne dois pas te parler sur un ton isolent ! Je m’excuse. Mais s’il n’y a que ça qui t’importes !... Maintenant, pousse-toi, j’aimerais passer ! »
Intérieurement, je sais que je suis dure avec mon père. Mais, si je ne lui dis pas ce que j’ai sur le cœur, je risque d’avoir des propos encore plus blessants par la suite. Beaucoup de sentiments sont visibles sur le visage de mon père, mais finalement, il me regarde d’un air triste. Ça y est, il va encore me faire sentir coupable…
« — Tu as de la chance d’être ma fille, Maria. Je suis le plus haut placé dans la hiérarchie d’une meute de Loups-Garous… renseigne-toi, mais avant tout… vas te reposer, ces informations nous ont tous ébranlés… »
Je passe outre le sentiment de culpabilité et je hoche la tête, reconnaissante. J’embrasse mon jumeau et mes parents. Au moment où je sors de la pièce, j’entends mon père me souffler un faible « Excuse-moi ma puce, mais c’était pour votre sécurité… ».
Je ferme la porte et je m’arrête, je souffle un bon coup. Des larmes sont en train de couler sur mes joues. N’y tenant plus, je cours vers ma chambre en m’effondrant sur mon lit.
Je suis en train de déverser toute ma frustration de la soirée sur mon lit, quand j’entends frapper à ma porte. Je lâche un faible « entrez ». La porte s’ouvre. Ce sont mes sœurs qui viennent me voir afin de comprendre la situation. Elles s’installent sur mon lit autour de moi.
« — Maria… nous avons entendu des éclats de voix, comme une dispute !… » Me demande Julia inquiète.
« — Oh, oui… je me suis disputée avec nos parents… » Je me redresse en essuyant mes larmes. Louna me passe un mouchoir, je la remercie en même temps.
« — Ah bon… sur quel sujet ? » Julia s’installe à mes côtés, de façon à me soutenir.
Je les regarde et leur explique en quelques mots ce qui s’était passé. Elles sont mortifiées quand elles apprennent que Guillaume et mon père sont des loups-garous. Elles se regardent et hochent la tête.
« — Maria… »
Je relève la tête et les regarde.
« — Oui, les filles ! »
« — Ne nous en veut pas, mais… en quelque sorte, nous aussi, nous faisons partie du monde surnaturel… »
« — Hein ? QUOI ! », dis-je stupéfaite… mon expression change. Je les regarde, avec horreur. J’ai l’impression que ça va aller plus loin de ce que je pensais.
« — Nous sommes des métamorphes magiciennes… »
J’ouvre la bouche pour dire quelque chose, mais rien ne sort. Je reste sans voix.
Je suis tellement choquée par ce que j’entends ce soir, que je me demande comment tout ça a pu arriver. Je n’ai même pas remarqué que ma famille est différente avant aujourd’hui…
Si je résume rapidement cette sacrée soirée, mon père et Guillaume sont des loups-garous, mes sœurs, des métamorphes magiciennes tandis que ma mère…, je n’en sais rien. Et puis, il y a moi… qui suis-je ? C’est fou qu’en une soirée tout peu basculer. Je me passe la main sur le visage.
Suis-je la seule à n’avoir aucun lien avec le surnaturel ?… enfin… Je suis sûre qu’il y a quelque chose qui cloche. Il ne faut jamais se fier aux apparences. Tout ce que je sais, c’est que l’image que je renvoie aux autres n’est pas celle que je suis en réalité. Je crois, qu’à par mes amies… personne ne sait, qui je suis réellement... mais, tout ce que j’espère, c’est que rien ne va changer. Je ne sais pas comment les prochains mois vont se dérouler.
J’espère que quoiqu’il arrive je pourrais compter sur le soutien de ma famille. Une petite voix me sort de mes pensées, Julia.
« — Maria ? Est-ce que ça va ? »
« — Non, rien ne va… enfin, surtout ce soir… » Je soupire.
« — Tu… » Commence Louna avant d’être interrompue par un bruit derrière la porte.
Des éclats de voix se font entendre, je regarde mes sœurs. Parmi les différentes voix, je distingue sans problème la voix grave de mon frère. Elle domine celle de mes parents. Je fronce les sourcils, comprenant qu’il va se passer quelque chose.
« — Je rêve mais… n’est-ce pas Guillaume qui se dispute avec les parents ? » Je demande aux filles.
« — Je crois que tu n’as pas tort… », me répond Julia en se levant.
En effet, Guillaume est en train de se chicaner avec nos parents… je souffle d’exaspération et je sors de ma chambre pour aller voir ce qui se passe. Ne voyant personne dans le couloir, je me dirige vers la chambre de mon frère, suivie de près par mes sœurs. Quand nous arrivons derrière la porte de chambre de Guillaume, je me penche pour entendre ce qu’ils se disent.
« — Maman ! Papa ! Pourquoi vous nous avez jamais dit ce que vous étiez des… ? »
« — Pour la simple raison que… »
« — Chérie, je pense que Guillaume est grand maintenant et qu’il peut comprendre ! » Coupe la voix lointaine mon père.
« — Mais… » La voix de mon frère faiblit.
Je regarde mes sœurs, je ne comprends pas… Louna me regarde, désemparée. Comprenant que la conversation va se poursuivre, je mets ma main sur la poignée. J’ai l’étrange impression que nos parents s’apprêtent à révéler la vérité à Guillaume et pourquoi rien ne nous a été dévoilé avant ce soir. Or, par respect pour mes sœurs, je suppose que la meilleure chose à faire et de montrer que nous sommes là. J’actionne la poignée et ouvre. Les discussions cessent immédiatement. Je suppose que nous avons bien fait d’entrer.
« — Les filles ! Mais… que faites-vous ? » S’exclame mon père surpris.
Louna prend la parole. À voir son visage, elle en a marre. Elle n’est pas la seule.
« — Nous sommes ici car nous vous avons entendu vous disputer… »
« — Non ! Nous discutions… » Entame ma mère, avant d’être coupée par Julia.
« — Ce n’est pas vraiment l’impression que j’ai eue en sortant dans le couloir… mais dite moi, n’étiez-vous pas en train de comploter dans notre dos ? »
« — … » Mes parents sont surpris. Ils se regardent et semblent se mettre d’accord.
« — J’allais justement demander à papa et à maman de vous faire venir ! », intervient mon frère, fier de lui. Il est assis sur son lit.
Je hausse les épaules, et je le rejoins sur son lit.
« — Donc… à ce qu’il paraît, Guillaume est assez grand et peut comprendre pourquoi vous ne nous avez jamais parlé de votre particularité ? Je souligne bien ma phrase avec toute l’ironie dont je suis capable. Mais… il me semble que j’ai le même âge que mon jumeau… Alors ? » Je regarde mes parents.
Je pense que, même si Louna et Julia sont encore jeunes, elles ont beau avoir deux ans d’écart avec nous, elles sont très matures pour leur âge.
« — Maria… s’il te plaît… ne nous accuse pas plus qu’il n’en faut… c’était déjà très dur pour nous de vous le cacher… » Mon père s’installe sur la seule chaise disponible dans la chambre de mon frère.
« — Mais tu crois que ce n’est pas aussi dur pour moi de l’apprendre de cette façon ? Et en plus, d’apprendre que mes sœurs et mon frère font partie des peuples surnaturels ! Je suis désolée, mais franchement là… c’est la nouvelle du siècle ! » Mon frère me serre, me demandant silencieusement de me calmer pendant ma tirade.
Je vois que mes parents baissent la tête, coupables. Inconsciemment, je sais que je pousse le bouchon un peu loin. Je décide de me calmer et de passer au-delà de ma déception. Mon père essaye de se tirer d’affaire.
« — Maria… je sais que pour toi, c’est difficile de croire ce que tu entends… mais, si nous vous en parlons qu’en ce moment, c’est parce que… »
Ne voulant rien entendre, je le coupe.
« — Parce que le monde surnaturel s’est dévoilé ce soir ! Je veux bien vous croire, mais si cette information n’avait pas été dévoilée… qu’auriez-vous fait ? »
Mon père me regarde et baisse les yeux.
« — Franchement, je ne sais pas… ». Il prend une grande respiration. « Je ne sais pas comment je vous l’aurai dit. Je crois qu’au fond, je n’avais qu’une seule peur : le prendre mal quand vous connaîtrez la vérité. Je crois que je ne me suis pas trompé de votre réaction face à cette nouvelle. »
« — Mais… » Commence Guillaume. « Papa, maintenant que nous savons votre vraie nature, comment devrons-nous t’appeler à l’extérieur ? Car moi j’appelle mon supérieur hiérarchique « Alpha »… Dois-je t’appeler Alpha Loïc ? »
« — Pour vous, comme vous êtes mes enfants, vous pouvez m’appeler comme vous voulez. Mais, ne vous attendez pas à ce que l’on m’appelle par mon prénom maintenant… Car tout loup-garou est obligé d’appeler son supérieur soit « Alpha », soit « Bêta »… accompagné de son prénom et éventuellement par son nom afin de savoir à quelle famille lupienne il appartient. »
Je regarde mon père et mon frère avec une expression stupéfaite. Je ne sais pas quoi dire. Mais quelque part au fond de mon cœur, je sais que je ne dois pas les blâmer. Je me lève du lit de Guillaume, et enlace mes parents. Ceux-ci surpris en font de même. J’indique discrètement aux autres d’en faire autant. Je sais que ce câlin va permettre de rassurer mon père et ma mère.
« — N’oubliez jamais que nous vous aimons plus que tout ! »
Je souffle cette phrase avant de lâcher un bâillement. Mes parents éclatent de rire et se détachent de nous.
« — Bon, je crois que vous êtes fatigués les enfants ! Nous en reparlerons demain. Maintenant, tous au lit ! »
« — Je pense que vous avez raison ! »
Je les embrasse ainsi que mes sœurs et mon frère. Puis, je me dirige vers ma chambre je commence à sentir la fatigue.
Une fois que je ferme ma porte, je me dirige vers mon lit et m’allonge. Le moins que je puisse dire, c’est que cette journée aura été la plus mouvementée des vacances… je regarde l’heure. 22 heures 44… l’heure du coucher…