02
— Peu importe, tu peux faire ça pour moi ? C’est à rendre au prochain cours.
Beckett me tend une pile de feuilles. En les parcourant rapidement, je vois que c’est le devoir de maths qu’on nous a donné il y a deux mois.
— Tu n’en as pas fait un seul.
Je lève les yeux vers lui, les sourcils froncés.
— Je suis occupé.
Il proteste en croquant dans un KitKat.
— Se branler et jouer aux jeux vidéo, ce n’est pas être occupé.
Isabel rétorque, ce qui pousse Beckett à lui tirer la langue.
Je les laisse se disputer pendant que je fais son devoir en vitesse. Beckett n’a jamais été fait pour les études. C’était évident qu’il n’était pas destiné à rester assis derrière un bureau. Il était fait pour voyager, explorer. Alors, je faisais ce que je pouvais pour alléger son fardeau.
— Tiens, j’ai répondu faux à plusieurs questions pour que ce soit crédible. Tu obtiens un soixante-trois pour cent.
Je lui tends la copie.
— Je t’aime trop, ça, c’est une vraie amitié !
Il se penche au-dessus de la table pour me serrer dans ses bras. Je laisse mes bras pendre le long de mon corps, savourant cette rare étreinte. Il se détache aussi vite qu’il m’a enlacé. Je me lève et pars, en cachant ma déception.
Ce n’est pas que j’aime Beckett, je ne suis même pas gay. J’aime juste l’affection. Je veux être aimé et enlacé comme ça tout le temps. Je veux que quelqu’un prenne soin de moi comme je le ferais pour lui.
C’est pour ça que j’étais fou de joie à l’idée de trouver mon âme sœur, quelqu’un qui ferait exactement ça.
— À quoi tu rêves, Jewels ?
La voix écoeurante me ramène à la réalité. Je croise les yeux d’Aiden. Il porte ses lunettes de soleil habituelles qui ont l’air complètement ridicules en intérieur, et il arbore ce sourire agaçant qui me donne envie de m’arracher les yeux.
— Combien de fois je dois te dire d’arrêter de m’appeler comme ça ?
Je grogne, furieux. Ce stupide surnom est un déclencheur pour moi. Un en particulier : la rage.
— C’est si dur à comprendre avec le nombre limité de neurones que tu possèdes ?
— Qui t’a mis un lapin dans ton petit-déjeuner ce matin ?
Il feint l’inquiétude.
— Ou bien, ce sont tous ces légumes qui commencent à te monter à la tête ?
— La ferme.
— Sinon quoi ? Tu vas me forcer à manger mes carottes ? Je reste toujours étonné que tu sois destiné à devenir un alpha.
Il me provoque délibérément. Il sait parfaitement ce qu’un alpha ressent quand son statut est remis en question ou menacé.
— Je serai un excellent alpha. Je choisis simplement de ne pas tuer comme un chien sauvage.
Je crache ces mots, et ses yeux s’illuminent à la mention de « chien ».
— Tu veux répéter ça ?
Il menace en s’approchant de moi.
— T’as pas entendu la première fois ou tu n’as juste pas compris ? Je sais que c’est dur pour toi de saisir des phrases basiques.
Je souris, trouvant du plaisir dans les vagues de colère qu’il dégage.
— À cause de nos pères, je vais éviter de te réduire en miettes. Mais quand on sera alphas, ce sera chacun pour soi.
Il s’approche encore plus.
— Papa ne sera plus là pour te protéger. À ta place, je ferais attention à mes arrières.
Il s’éloigne, me laissant bouillir de rage. Ce petit c*n vient de me menacer. Deux fois.
Je prie la déesse pour ne pas lui arracher la tête lors de la cérémonie.
Je plains l’âme malheureuse qui sera liée à ce mec.
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**Image d’Aiden**
Ce petit merdeux à grande gueule commence vraiment à me gonfler.
J’ai détesté pas mal de gens qui ont croisé mon chemin et qui ont survécu. La liste est interminable. Mais lui... lui, il décroche la première place.
Il lui suffit d’ouvrir la bouche pour qu’une connerie en sorte.
Je veux dire, je pige, t’es intelligent, tu lis le dictionnaire avant de dormir, t’es incapable de tuer un foutu lapin. Mais bordel, ça ne veut pas dire que tu dois agir comme un parfait c*****d tous les jours !
— p****n !
Une voix s’exclame alors que je percute quelqu’un, l’envoyant direct au sol.
— Désolé, Emitt.
Je lui tends une main, qu’il accepte volontiers pour se relever.
— Laisse-moi deviner… Julian.
Je grogne au simple son de ce nom.
— Ok, oublie-le et allons en cours.
Il me pousse vers les labos de biologie.
— Je déteste la bio.
Je grommelle alors qu’on entre dans la salle encore vide. Il reste quelques minutes avant la fin du déjeuner, donc forcément, il n’y a encore personne.
— Si tu détestes la bio, pourquoi c’est la seule matière où tu as des A parfaits ?
Il croise les bras alors que je m’installe à ma place habituelle, au fond de la classe.
— Les sciences, c’est ta p****n de spécialité, et pourtant tu les hais toutes.
— C’est comme ça.
Je hausse les épaules, ce qui le fait soupirer avant qu’il ne s’affale sur la chaise à côté de moi.
— La cérémonie approche, mec, ça va être énorme !
Je dis en le secouant vigoureusement par les épaules.
— Calme-toi, Hulk.
Il se dégage en haussant les sourcils.
— Ne te méprends pas, je suis content aussi. Mais je suis surtout inquiet pour le bain de sang qui va suivre. Toi et Julian, le même jour, c’est une catastrophe annoncée.
Il rigole nerveusement en se grattant l’arrière de la tête.
— Mon premier jour en tant que bêta va être noyé dans ton sang.
— Arrête d’être dramatique, ce ne sera pas si terrible.
Je dis, mais il fronce les sourcils en me regardant à travers ses doigts.
— Pourquoi t’es aussi calme à ce sujet ?
Il plisse les yeux.
— Bordel, qu’est-ce que tu prépares ?!
— Rien !
Je dis honnêtement.
— J’essaie une approche optimiste. Maman dit que si je vois les choses sous un angle plus léger, je serai peut-être plus détendu.
— On peut toujours espérer…
Emitt marmonne alors que la cloche sonne.
Les autres élèves envahissent rapidement la classe, y compris un certain rat à la longue chevelure.