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1603 Words
Non loin de leur village, Amira et sa mère marchaient sur le sable brûlant du désert, sous le soleil éclatant du dixième siècle. Les dunes dorées s'étendaient à perte de vue, et l'air chaud était chargé de poussière. Leurs pas résonnaient doucement dans le silence du vaste paysage, où seul le chant des oiseaux et le souffle du vent trouvaient écho. Le ciel, d’un bleu profond, semblait s’étirer à l'infini, tandis que quelques nuages blancs flottaient paresseusement, comme des pensées égarées. Elles discutaient de la vie quotidienne, des récoltes de la saison, des rumeurs qui circulaient parmi les villageois, et des histoires des ancêtres qui avaient traversé ces mêmes dunes. Amira, avec ses longs cheveux noirs flottant au gré du vent, écoutait attentivement sa mère, admirant la sagesse qu'elle avait acquise au fil des ans. - Amira, ma fille, commença sa mère d’une voix douce mais ferme, que penses-tu de Mohamed, le fils de Mustapha ? Amira s’arrêta un instant, surprise par cette question. Elle se sentit soudainement gênée, son cœur s’emballant légèrement. Les mots de sa mère résonnaient en elle comme un écho lointain, et elle se mit à jouer avec les fils de sa robe en lin. - Mère, pourquoi parles-tu de lui ? Je n’ai guère réfléchi à cette question, répondit-elle en baissant les yeux, son esprit troublé par l’idée même du mariage. Sa mère esquissa un sourire, un mélange de tendresse et de malice. - Je te vois rougir, ma chérie. Les femmes du village murmurent que ce jeune homme a un vif intérêt pour toi. Ne feins pas l'ignorance, car ses regards ne trompent guère. Il est souvent présent lors des festivités, et il n’hésite pas à te chercher du regard. Amira, troublée par cette révélation, se mit à repenser à leurs rencontres passées. Elle se remémora les moments où elle avait croisé Mohamed, son regard franc, son sourire lumineux qui illuminait son visage, et sa façon de rire, pleine de joie et de vie. - Est-il vrai, cela ? s’enquit-elle, la voix hésitante. Que pourrait-il bien vouloir d'une jeune fille comme moi ? - Oh, ma douce enfant, tu es bien plus que ce que tu crois. La beauté de ton cœur et la sagesse de tes pensées ne passent pas inaperçues. Mohamed est un jeune homme de valeur, il est respecté et a montré à maintes reprises son courage et sa détermination. Sa famille est honorable, et il a été élevé dans le respect des traditions. Amira soupira, son esprit oscillant entre les traditions de leur peuple et ses propres aspirations. Elle avait toujours rêvé d’un avenir où elle pourrait explorer le monde, apprendre des langues anciennes, étudier la poésie et la philosophie, mais la pression des attentes familiales pesait lourdement sur ses épaules. - Mère, je n’ai jamais envisagé le mariage. Je désire d’abord apprendre, explorer les mystères du monde et découvrir qui je suis vraiment. Je veux me consacrer à ma passion pour la connaissance et la sagesse. Sa mère s’arrêta et posa une main réconfortante sur l’épaule d’Amira, son regard empreint de compréhension. - Je comprends, ma chérie, et je respecte ton désir d’indépendance. Mais sache que le mariage peut aussi être une belle aventure. Il ne s’agit pas seulement de s’unir, mais de bâtir une vie ensemble, d’élever des enfants, de partager des rêves et des espoirs. Amira leva les yeux vers sa mère, cherchant des réponses dans son regard plein de douceur et d’expérience. - Mais, Mère, et si je ne ressens pas cet amour passionné dont parlent les poètes ? Et si je ne suis pas prête à m'engager dans une telle voie ? - L’amour se construit souvent avec le temps, ma fille. Parfois, il naît d’une amitié profonde, d'un respect mutuel. Regarde autour de nous : de nombreux couples ont trouvé le bonheur dans des unions arrangées. Il ne faut pas craindre l’inconnu, mais plutôt l’accueillir avec un cœur ouvert. Les mariages ne sont pas seulement des unions de deux personnes, mais aussi des alliances entre deux familles. Amira réfléchit un moment, contemplant les dunes dorées qui s’étendaient devant elles. Elle savait que les traditions de leur peuple étaient fortes, mais elle espérait également que l’amour puisse fleurir dans un tel engagement. Elle se remémora les histoires que sa mère lui racontait sur les couples qui avaient su bâtir une vie heureuse ensemble, malgré les défis. - Peut-être, Mère, disons que je garderai une porte ouverte dans mon cœur pour cette possibilité. Je ne veux pas me précipiter, mais je suis prête à écouter mon cœur. Si Mohamed est sincère et digne de confiance, alors je pourrais envisager de le connaître davantage. Sa mère sourit, satisfaite de cette réponse. Ensemble, elles continuèrent leur chemin sur le sable chaud, leurs pensées flottant entre les promesses de l’avenir et les souvenirs du passé. Amira ressentit une douce mélancolie, se demandant si, un jour, son cœur pourrait s’éveiller à l’idée d’un amour partagé avec Mohamed, tout en poursuivant ses rêves et ses aspirations. Le vent du désert soufflait doucement, emportant avec lui les murmures des espoirs et des désirs, tandis que les deux femmes avançaient, unies par le lien indéfectible de l'amour maternel et les traditions qui les entouraient. Leurs pas les menèrent vers un petit oasis, où les palmiers dansaient doucement au gré du vent, offrant un refuge frais et ombragé. Là, elles s’assirent près d’un ruisseau, écoutant le murmure de l’eau qui coulait, symbole de la vie et du renouveau. Amira se mit à rêver, son esprit vagabondant entre les dunes et les étoiles. Elle se demandait quel serait son destin, si elle pourrait un jour trouver un équilibre entre ses aspirations personnelles et les attentes de sa famille. La chaleur du soleil sur sa peau lui apportait une sensation de sécurité, tandis que l’idée d’un avenir avec Mohamed, bien que lointaine, commençait à germer dans son cœur. Mais ce moment de calme fut rompu par le bruit sourd des sabots résonnant sur le sol poussiéreux, tel un présage funeste. Amira et sa mère, assises, se redressèrent avec une vive inquiétude et aperçurent une troupe d’hommes armés, montés sur de fiers destriers, se dirigeant vers leur village. L’angoisse s’empara de leurs cœurs, et elles échangèrent un regard chargé de terreur et de détermination. - Mère, que se trame-t-il ? demanda Amira, la voix tremblante, trahissant son appréhension. - Je ne saurais dire, répondit sa mère, la gorge nouée par l’angoisse. Mais il nous faut nous préparer à l’inévitable. Sans plus tarder, elles se mirent à courir, le sol soulevé par leurs pas, chaque foulée les rapprochant de leur communauté, mais aussi de l’incertitude qui les guettait. La peur grandissait en elles, telle une ombre menaçante, les poussant à aller plus vite, à fuir l’inconnu qui approchait. À leur arrivée à l’entrée du village, un tumulte régnait. Les villageois, visiblement alarmés, s’affairaient à rassembler quelques affaires, leurs visages marqués par l’effroi. Amira entendit alors les paroles d’un des soldats, résonnant comme un coup de tonnerre dans l’atmosphère pesante : - Qui est Amira, la fille de Malik ? Les mots résonnèrent dans l’air, et un frisson parcourut le dos d’Amira. Elle et sa mère échangèrent un regard, l’inquiétude se lisant sur leurs traits. - Ma fille, que se passe-t-il ? interrogea sa mère, la voix empreinte d’une profonde inquiétude. - Je ne sais, hélas, mère, répondit Amira, le cœur battant à tout rompre. La crainte m’étreint. Le soldat, haut perché sur sa monture, répéta d’une voix forte et autoritaire, comme s’il cherchait à imposer sa présence : - Qui est Amira, la fille de Malik ? Amira sentit son cœur s’emballer. Elle savait qu’elle devait agir. Prenant son courage à deux mains, elle s’avança, le regard déterminé malgré la peur qui l’envahissait. - C’est moi, dit-elle d’une voix ferme, tentant de masquer son appréhension. Le garde la scruta attentivement, son regard perçant cherchant à déceler une faiblesse. Puis, hochant la tête, il se tourna vers la communauté rassemblée, son visage grave. - Ô mes frères, annonça-t-il d’une voix forte, nous sommes en guerre. Le nouveau sultan, fils de notre feu sultan Fahd, nous a ordonné de venir tous vous évacuer. Vous devez donc nous suivre, car nous partons pour Jedda. À ces mots, un murmure de panique parcourut la foule. Les villageois, réalisant l’ampleur de la menace qui pesait sur eux, échangèrent des regards inquiets, leurs visages pâles trahissant l’angoisse. Les mères serraient leurs enfants contre elles, tandis que les hommes se débattaient avec leur propre terreur. Amira sentit son cœur se serrer à l’idée de quitter son foyer, les lieux de son enfance, les rires et les souvenirs gravés dans chaque coin de ce village qu’elle chérissait tant. Elle se tourna vers sa mère, cherchant du réconfort dans ses yeux, mais elle y trouva aussi la peur et l’incertitude. Les villageois s’activaient, rassemblant des vêtements, des provisions, des objets précieux, conscients qu’ils devaient se préparer à fuir. Amira, les mains tremblantes, prit une profonde inspiration. Elle savait que ce voyage serait long et difficile, mais elle devait être forte pour sa mère et pour elle-même. Les soldats, impatients, commençaient à rassembler les villageois, les exhortant à se hâter. Les cris des enfants, mêlés aux pleurs des femmes, créaient une atmosphère de désespoir et de confusion. Amira se tenait là, le cœur lourd, consciente que ce moment marquerait le début d’une nouvelle ère pleine de défis et d’inconnues. Alors qu’ils s’apprêtaient à partir, Amira jeta un dernier regard sur son village, sur les maisons qu’elle avait connues depuis son enfance, sur les champs dorés qui s’étendaient à perte de vue.
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