Chapitre 6 : Amyliana
Je ne sais pas comment faire pour me sortir de cette situation des plus lamentables. Je dois deux cent mille dollars à la ville de Logen. Des dettes que j’ai accumulées sur sept années. Ça a commencé quand ma mère s’est fait hospitaliser. La facture est très vite grimpée quand il a fallu faire des recherches.
Parce qu’avoir une maladie, c’est nul. Avoir une maladie orpheline, ça l’est encore plus.
On multiplie les traitements en quête de soulagement, on change de cachets, on revient aux anciens, on teste les nouveaux du marché tels des cobayes pour tenter d’avoir un effet positif, puis on recherche... Encore et encore... Jusqu’à tomber sur un nom complètement imprononçable, dont seulement une personne sur des millions en est porteuse.
Ça, plus le loyer, les factures d’énergie et les courses, je n’ai pas su gérer.
Aujourd’hui la note plus les intérêts sont même un peu plus élevés que deux cent mille. Et j’ai un contrat sur la tête.
En gros, soit je paie, soit il me bute. Il va me tuer.
Je n’ai pas cet argent et je sais pertinemment que jamais je ne l’aurais. En attendant, ce mec me fiche la trouille. Savoir qu’on est suivie par un psychopathe tortionnaire ne va pas m’aider à garder le sourire ni à trouver des solutions. Faut que je lui parle. Absolument.
Je ne sais pas moi... Mais... Peut-être qu’il peut me laisser plus de temps... Merde ! Mais même si je devais devenir sa p**e attitrée pour qu’il m’épargne, j’accepterai !
— Je peux entrer ?
Ernie est à la porte et je me redresse vivement, en m’essuyant les joues.
— Vous saviez qui était le client ?
Mon ton est un peu trop abrupt, mais je suis énervée, saoulée de cette vie.
— Oui, souffle-t-il. Amy, je ne sais pas ce que t’as fait à ces types, mais si les Cobra t’en veulent, ce n’est pas bon signe.
— Je ne gagne pas assez de fric, si ça répond à votre question.
Je sors de la pièce, le bousculant au passage et traverse le club, pour rejoindre les vestiaires.
Ernie est sur mes talons, furax de mon ton austère, mais je ne compte pas le laisser me retenir pour la soirée. Je suis tout aussi furieuse que lui, et de son avis, je m’en bas les nibards.
— Amy, tu comptes aller où comme ça ? J’ai besoin de toi, le club est plein !
J’enlève la robe, enfile mon pull.
— Je n’en ai rien à foutre. Vous saviez que c’était un criminel et vous m’avez laissé avec lui !
— Il te paie, il fait donc ce qu’il veut !
— Ouais, ouais, soupiré-je en remontant mon jeans. Ça n’empêche que je me barre pour ce soir, j’ai eu ma dose de serpents à la con.
— Amy, gronde-t-il.
Mais je ne l’écoute pas, attrape mon sac et pars du Club.
La pluie me tombe dessus quand je sors et la longue goulée d’air frais que je prends me fait un bien fou. Je respire, enfin. Peut-être plus pour longtemps, mais là, je suis encore en vie. J’ai trois mois pour rassembler le fric, un peu moins pour le convaincre.
— Ça ne va pas ma belle ?
Milo est posté à la même place qu’à son habitude, tirant sur sa clope. Je fixe le point rouge de celle-ci, avant qu’il ne recrache la fumée en l’air.
— Tu sais où trouver les Cobra ?
Il s’étrangle presque, avant de s’avancer d’un pas vers moi.
— Tu ne devrais pas...
— Je n’ai pas le choix, le coupé-je. Je dois parler avec leur chef débile.
— Amy...
Je sens l’avertissement dans sa voix lorsque j’aperçois le bandit, au bout de la rue.
Connard.
Il est encore là, à m’épier comme si sa visite n’avait pas suffi à me foutre la trouille.
— Amy, n’y va pas.
Milo me parle, mais je m’avance déjà vers le gangster, que je ne porte pas du tout dans mon cœur. J’avance, il grimpe dans une voiture noire et démarre le moteur quand j’arrive à sa hauteur. J’inspire brusquement, et ouvre la portière du côté passager avant de m’y engouffrer.
— Qu’est-ce que tu fais Amyliana ?
Le son de sa voix est rauque, me file la chair de poule.
— Qu’est-ce que je dois faire pour que vous me laissiez tranquille ?
Il ricane froidement, et s’engage dans la circulation.
— Rembourser tes dettes.
— Je n’ai pas ce fric.
— Faudra que tu s***s plus de bites alors.
S’il n’était pas en train de conduire, je lui en collerais une. Il se prend pour qui cet âne ?
— Parce que vous croyez que je le fais parce que j’aime ça ?
Il hausse ses épaules, et garde le silence. Je me tais aussi, cherchant quoi lui dire qui pourra le convaincre. Je suis perdue, j’ai peur, mais je suis là, avec ce minable qui se prend pour le roi de je ne sais quoi. Mais comment faire pitié à un mec qui semble ne pas posséder de cœur ?
J’ai mal au ventre en regardant les rues défiler, je ferme les yeux et souffle :
— Vous recherchez des prostitués pour assouvir vos besoins ?
Il s’esclaffe et je me sens conne en repensant à ce que m’a dit Carla.
— Je n’ai pas besoin de payer pour b****r, Amyliana. Des femmes, il y en a pleins qui défilent dans mon pieu, plus bandantes, et pour moins cher que toi.
— Vous n’êtes qu’un porc.
— Je ne fais que d’émettre une réalité, Princesse.
Il freine en arrivant devant chez moi et se gare devant l’immeuble ce qui me prouve que c’est bien lui qui s’est introduit à l’intérieur.
— On fait quoi alors ? lui demandé-je. Je vous ai dit que je n’avais pas cet argent.
Il coupe le moteur en laissant ses clés sur le contact et pose ses mains sur ses cuisses.
— Je te l’ai dit, tu vas te démerder. Que veux-tu que je fasse pour contrer ça ?
— Ne pas me tuer ?
— Je touche cinquante mille dollars si je te bute.
— Mais pourquoi ?
— T’as dépensé ce fric, non ?
— Non.
Il rit encore et je serre les poings, tellement fort que mes ongles s’enfoncent dans mes paumes.
— Ouais, deux cent mille boules se sont dépensés tout seul en collant ton nom au...
— Ma mère était malade, grogné-je les yeux bordés de larmes. Voilà où est passé le pognon. OK ?
— Mais bien sûr. Tu sais, j’ai déjà eu cette excuse débile et je vais t’avouer un truc : ça ne prend pas avec moi.
J’ouvre la portière, et descends avant de la claquer. Rien ne sert de parler avec lui. Il est obtus, il ne voit que le fric alors que même s’il me tuait, ça n’arrangerait pas les choses. Comme si ma mort allait renflouer le trou que j’ai causé dans les caisses.
N’importe quoi.
Je fonce dans l’immeuble, grimace sous l’odeur d’urine tenace qui y règne et grimpe jusqu’à chez moi.
J’ouvre la porte, retire mes souliers et jette mon sac sur le canapé avant de me déshabiller. J’ai besoin d’enlever son odeur de cigarette de ma peau. Je suis en pleurs, dégoûtée, et j’ai l’impression d’être à un tournant de ma vie qui ne va rien me faciliter, mais me détruire, plutôt. C’est en sous-vêtements que j’entre dans ma chambre et je sursaute quand je le vois, assis, sur le rebord de la fenêtre.
Il émet un sifflement appréciateur et je lui dresse mon majeur avec pour seule envie de le pousser pour qu’il se casse la gueule et atterrisse sur le trottoir.
— Vous êtes chez moi.
— Je sais.
J’attrape mon pyjama sur le dossier de la chaise dans le coin de la chambre et lui lance un regard noir.
— Dégagez ou j’appelle les flics.
— Je suis là chaque nuit, Amyliana. T’es tellement belle quand tu dors.
— Dégagez.
— Au moins, quand tu pionces, tu fermes ta bouche, continue-t-il. C’est tellement plus agréable quand tu te tais.
— Sortez de chez moi immédiatement !
Il se lève, s’approche de moi à pas lents. Il est sacrément bien foutu pour un gangster. Peau mate, yeux clairs et cheveux châtains. S’il n’était pas ce qu’il était, je pourrais fondre pour un type pareil.
— Amyliana.
Ce son roule sur sa langue et autant je hais mon prénom, autant j’aime sa façon de le prononcer de sa voix grave.
— Si tu savais.
— Si je savais quoi ? murmuré-je en reculant vers la porte.
Un sourire diabolique étire ses lèvres et je retiens mon souffle, appréhendant sa folie.
— Tu me plais. Beaucoup trop même.
Son regard salace se balade sur mon corps presque nu et je plaque mon pyjama contre ma poitrine.
— Vous tuez toutes les nanas qui vous plaisent ?
— Seulement celles qui ont un contrat sur la tête.
— Je vous en supplie...
Ma voix se fait basse, parce que je n’ai pas d’autre solution que de supplier. Il se rapproche encore, ne laissant que quelques millimètres entre nous. Nos regards se croisent et ses yeux gris me transpercent. D’une main, il repousse une de mes mèches et je sens mon cœur s’affoler.
— Je suis désolé, Amyliana.
— Ne le faites pas alors.
— C’est déjà trop tard.
Il grimace et je ferme les yeux quand il se penche vers moi. Ses lèvres se posent sur le coin de ma bouche, mon cœur s’emballe. Est-ce ça, son plan ? Me b****r, pour me tuer quand je m’y attendrais le moins ?
— A demain, Princesse.
Et quand j’ouvre les yeux, il est déjà en train de passer ses jambes par-dessus la fenêtre de ma chambre. Je le regarde disparaître, stoïque, complètement paumée de par son attitude et ses mots.