Chapitre VII

476 Words
VII Ce Jeannot Landrezac avançait à un train de sénateur et Géraldine Buisson avait tout le temps de le suivre. Il n’avait pas rencontré grand monde, quelques saluts à des personnes de passage. La détective privée était une femme urbaine. Elle aimait les monuments, flâner dans les rues, le nez en l’air, et humer les parfums de pollution. Le f****r, le purin, l’odeur du foin coupé, non merci… Elle avait jeté son dévolu sur Vannes, une ville moyenne, mais dès que ses moyens le lui permettraient, c’est à Paris qu’elle irait s’établir quand son affaire lui aurait rapporté assez d’argent, Mirta était prête à la suivre. Le retraité s’était arrêté au bord du Blavet où il s’était empiffré d’un kouign-amann pour prendre soin de son cholestérol. Ensuite, elle se força à établir le contact avec Robert Lamourier, un paysan qui cultivait son champ. Il se répandit facilement, n’ayant pas trouvé de répondant avec ce gars qui circulait en tracteur et qui n’appartenait déjà plus à son monde. — Qu’est-ce qu’il vous a dit au juste ? Il était partagé entre le désir d’envoyer promener cette bien curieuse et de faire un brin de causette avec une belle plante à qui il aurait volontiers conté fleurette. — Ça vous regarde ? — Naturellement ! Je suis journaliste et je projette un reportage sur ce voyageur qui fait le Tro Breizh en tracteur. — Il m’a rien dit… seulement qu’il était à la retraite et qu’il se dégourdissait les guiboles. On a parlé surtout mécanique. — Et comment l’avez-vous trouvé ? — Vous voulez mon avis ? — Naturellement ! — Je passerai dans le journal ? — Naturellement. — Un peu barré. Il avait une photo dans un cadre auprès de lui et il m’a pas renseigné quand je lui ai posé la question de savoir. — C’est sa femme… elle est morte… elle a chuté dans l’escalier. — Je vais vous dire, il ne serait pas étranger à l’affaire que ça ne m’étonnerait pas. — Pourquoi dites-vous ça ? — Il lorgnait de temps en temps sur le cadre avec un air de pas être innocent. — Vous êtes marié ? — Naturellement ! — Et vous, votre femme, vous l’auriez tuée ? Géraldine Buisson dut décamper avant que Robert Lamourier ne descende de son tracteur et ne sorte de ses gonds. Il était tout rouge de colère et elle se dit que ce n’était plus le moment de causer paysannerie. Elle suivit Jean Landrezac jusqu’au soir, tandis qu’il dînait au Mor Braz, un restaurant pour touristes, à Larmor-Plage. « Il a pas froid aux yeux le Jeannot. Il a fait du gringue à la petite serveuse. Il a vite oublié sa femme, celui-là ! Et si son beauf, le Daniel Chicoine, avait raison ? Curieux bonhomme, il va falloir creuser… » Elle termina sa salade composée et commanda un café. L’autre se goinfrait avec sa choucroute de la mer. Elle voyait ses lèvres remuer comme une obsession. Un lourdaud, un rustre, un paysan. Décidément, elle ne les portait pas dans son cœur. Mais elle ne devait pas se laisser aller à ses préjugés. Il dormit dans sa remorque. Elle dormit dans sa voiture, loin des bras chauds de Mirta. On ne peut pas tout avoir.
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