La leçon

815 Words
Point de vue Liam Je referme la porte derrière moi. Le bruit est sec, lourd, comme un verrou qui tombe. Alina est debout, près de la coiffeuse, ses doigts en train de retirer ses boucles d’oreilles. Elle me tourne le dos. Pas un mot. Pas un regard. Comme si elle croyait que mon silence au dîner signifiait que tout allait bien. Mauvais calcul. — Viens ici, dis-je. Elle se fige, puis se retourne lentement. Ses yeux me cherchent, tentent de lire sur mon visage… mais je ne lui offre rien. Ni colère, ni tendresse. Juste un vide calculé. Elle avance, s’arrête à un mètre. Trop loin. Je fais un pas, ma main vient se refermer sur sa gorge. Pas fort. Pas encore. Je sens la chaleur de sa peau, le battement rapide de son pouls sous mes doigts. — Tu pensais que je ne te verrais pas ce matin ? Dans la serre… avec ton téléphone ? Elle avale difficilement. — Je… je voulais juste— — Tais-toi. Je me penche, mon souffle frôlant son oreille. — Quand on m’appartient, Alina, on n’a pas de secrets. Jamais. Tu comprends ça ? Elle hoche la tête, trop vite. Je resserre légèrement ma poigne. — Dis-le. — Oui… je comprends… Je la relâche brusquement. Elle recule d’un pas, porte une main à sa gorge. Je la pousse vers le lit. Elle tombe assise, la robe noire que j’ai choisie pour elle se froissant autour de ses jambes. Je retire ma veste, mes boutons de manchette. Mes gestes sont lents, méthodiques. Mais dans ma tête, chaque mouvement est une étape vers ce qui vient. --- Je fais un signe vers la porte. Elle s’ouvre. Une femme entre. Brune, robe rouge, parfum lourd qui s’impose dans la pièce. Alina sursaute, ses yeux passent de moi à l’inconnue. — Tu crois que je n’ai pas d’autres options que toi, Alina ? dis-je d’une voix calme. Je tends la main à la brune. — Approche. Elle vient, s’assoit sur mes genoux. Je sens la tension d’Alina monter immédiatement, comme un fil qui se tend jusqu’à craquer. — Regarde, ordonné-je à Alina. Elle détourne les yeux. Mauvais choix. Ma main attrape sa mâchoire et je tourne son visage vers nous. — Tu regardes. Jusqu’au bout. --- La brune rit doucement, joue son rôle. Ses doigts glissent sur mon torse, ses lèvres viennent effleurer ma mâchoire. Je la laisse m’embrasser. Lentement. Délibérément. Pas pour moi. Pour elle. Pour qu’Alina voie. Pour qu’elle sache que je peux la remplacer en un claquement de doigts. Elle tente de reculer sur le lit, mais je tends le bras et attrape son poignet. — Reste. Je sens son souffle trembler. Ses yeux brillent, pas encore de larmes, mais pas loin. La brune continue, descend sa main sur ma chemise. J’entends la respiration d’Alina changer. Elle serre les dents. Se retient de parler. — Tu pensais pouvoir me mentir, Alina ? Tu pensais que je ne verrais pas ce papier ? Ses yeux s’élargissent. — Je… je— — Tais-toi. Je sais tout. --- Je repousse la brune d’un geste sec. — Sors. Elle s’exécute, un dernier sourire en coin. La porte se referme, laissant derrière elle un parfum entêtant. Je me tourne à nouveau vers Alina. — Tu sais pourquoi j’ai fait ça ? Elle baisse les yeux. Je m’accroupis devant elle, ma main revenant à sa gorge. Cette fois, je serre. Plus fort. Son souffle se bloque, ses mains viennent agripper mes poignets. — Tu sais pourquoi ? répété-je. — …Pour… me punir… — Non. Je me rapproche encore, mon regard planté dans le sien. — Pour te rappeler qui je suis. Et pour t’empêcher d’oublier qui tu es. Je la relâche. Elle tousse, reprend de l’air, une main sur sa gorge rouge. --- — Matteo, dis-je enfin. Elle se fige. — Je connais son nom. Je connais son visage. Je sais ce qu’il veut. — Laisse-le… en dehors de ça… Je souris. Froid. — Oh non, Alina. Tu l’as mis dans notre jeu. Et crois-moi… je termine toujours ce que je commence. Je me redresse, ajuste ma chemise. — Regarde-moi bien, Alina. Si tu continues à tester mes limites, ce que tu as vu ce soir… tu le verras encore. Et encore. Jusqu’à ce que tu comprennes. Je me penche, murmure à son oreille : — Et si un jour je décide de faire ça avec lui dans la pièce… ce sera toi qui regardera. Je me redresse, la laisse sur le lit. Elle ne bouge pas. Ses mains serrent le drap comme si c’était la seule chose solide autour d’elle. Je vais vers la porte, mais je m’arrête. — Dors bien, Alina. Tu vas en avoir besoin. Je sors, la laissant seule avec l’odeur de la brune, ma voix dans sa tête… et l’image que je voulais graver au fer rouge dans son esprit.
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