Chapitre 5 — Liam

1012 Words
Chapitre 5 —Point de vu Liam Je n’avais pas prévu de passer par la bijouterie. Mais un pressentiment m’a cloué derrière le volant, garé en retrait, les vitres teintées comme un masque. Et là, je l’ai vue. Elle. Alina. Ma femme. Parler à un autre homme. Pas un client de passage. Pas un vendeur. Pas un visage anodin. Non. Ce regard-là… il avait un passé. Et je sais lire dans les yeux comme d’autres lisent un livre ouvert. Il la dévorait. Pas comme un inconnu. Pas comme un homme qui fantasme. Comme quelqu’un qui croit encore avoir un droit sur elle. Mon estomac s’est tendu d’un coup. Une colère précise, glaciale. Pas une explosion. Une lame. Et elle… elle avait cette expression. Une ombre de sourire au coin des lèvres. Minuscule, mais là. Un sourire qu’elle ne m’offre pas. Je les ai observés. Chaque mouvement. Chaque battement de cils. Quand il lui a tendu ce papier… je l’ai vu. Je sais que ses doigts ont refermé quelque chose dans sa manche. Et c’est à ce moment que j’ai su : elle me mentirait. Je ne suis pas sorti. Pas encore. Je ne voulais pas lui donner le temps de comprendre que j’avais tout vu. Le mensonge, je préfère l’attraper au nid. Quand il pense être à l’abri. --- De retour au manoir, je me suis assis dans le fauteuil du salon, le collier posé sur la table. Et j’ai attendu. Elle est entrée. Les yeux fuyants, le souffle légèrement plus court. Son corps parle plus qu’elle ne le croit. J’ai posé la question simplement : — Qui était cet homme ? Elle a bafouillé une vérité amputée : un ami… d’avant. D’avant moi. Ce qui veut dire : avant que je la sorte de sa vie insignifiante, avant que je lui donne mon nom, avant que je la façonne à mon image. Je me suis rapproché. Pas pour la frapper. Pas pour crier. Non. Je ne gaspille pas mon énergie dans les éclats. Je préfère l’enfermer dans un espace trop étroit pour respirer, jusqu’à ce qu’elle sente que l’air m’appartient. Je lui ai demandé le papier. Elle a nié. Et c’est là que ça devient intéressant. Quand elle ment, Alina croit que c’est invisible. Mais sa pupille se dilate à peine. Son épaule gauche se crispe. Elle avale sa salive plus vite. Ce sont des détails minuscules, mais moi, je les vois tous. Et là, elle m’a offert tout le puzzle. Elle le cache. Elle protège lui. --- La jalousie, chez moi, n’est pas un cri. C’est un poison. Lent. Mais sûr. Je veux savoir qui il est. Pourquoi il a osé l’approcher. Ce qu’il sait. Et surtout… ce qu’elle ressent encore pour lui. Ce soir, elle pensera que j’ai oublié. Elle se couchera avec ce petit bout de papier toujours près d’elle, persuadée qu’elle peut le garder. Et moi, je fouillerai chaque couture, chaque recoin. Je trouverai. Si cet homme croit pouvoir la revoir, il comprendra qu’elle est intouchable. Pas parce que je l’aime. Parce qu’elle m’appartient. Et on ne prend pas ce qui est à moi. --- Je tends la main vers mon téléphone. — Luca ? Je veux un dossier complet sur un homme brun, trente ans environ. Il était à la bijouterie Ferranti ce matin. Caméras de surveillance, plaques, tout. — Compris, patron. Et… si je le trouve ? — Tu le suis. Tu ne touches pas. Pas encore. Je raccroche. J’ai déjà la suite en tête. S’il a vécu assez longtemps pour croiser à nouveau ma femme, il vivra encore quelques jours. Le temps que je décide si je le brise ou si je l’efface. --- La porte s’ouvre derrière moi. Alina. Elle s’avance, hésite. — Liam… je peux te parler ? Je lève les yeux vers elle. Sa voix tremble. Intéressant. Elle veut peut-être me donner une version “arrangée” de la vérité. Tester mon indulgence. — Pas maintenant, dis-je. Et je la vois se figer. Parce qu’elle sait que pas maintenant, avec moi, signifie souvent trop tard. Elle tourne les talons. Je la laisse filer. Je veux qu’elle croie qu’elle a encore le contrôle de son secret. Plus elle y croit, plus la chute sera violente. --- La nuit tombe. Elle dort enfin, ou fait semblant. Sa respiration est régulière. Sa main repose sur le drap, proche de sa manche. J’attends encore quelques minutes, puis je me penche. Je le replie, le remets exactement comme il était. Pas de trace. Elle se réveillera demain avec la certitude qu’elle m’a trompé. C’est parfait. Parce que je veux qu’elle me sous-estime. Qu’elle pense que je ne sais rien. Et quand je déciderai de frapper… elle ne verra rien venir. --- La vérité ? Alina me rend fou. Et pas seulement de colère. Ce qui m’attire chez elle… ce n’est pas seulement son visage qui ferait tomber des rois, ni son corps que je connais par cœur. C’est ce qu’elle essaie de cacher. Cette flamme derrière ses yeux quand elle croit que je ne la regarde pas. Cette façon de serrer la mâchoire quand elle refuse de plier. Même dans ses silences, il y a une tempête. Elle ne le sait pas, mais c’est ce qui me garde accroché. J’ai connu des dizaines de femmes prêtes à m’adorer pour mon nom, pour mon argent, pour mon pouvoir. Elles n’avaient pas cette étincelle. Elles ne m’auraient jamais résisté. Et je crois que c’est justement ça… qui m’obsède. Mais cette même flamme… c’est aussi ce qui m’énerve au point de vouloir la briser. Quand elle détourne les yeux. Quand elle me ment. Quand elle garde une part d’elle à l’abri, comme si elle pouvait exister hors de moi. C’est inacceptable. Je peux tolérer ses larmes. Je peux tolérer ses caprices. Mais je ne tolérerai jamais l’idée qu’elle ait un endroit en elle où je n’existe pas. Elle ne comprend pas encore que je ne suis pas seulement son mari. Je suis sa frontière. Sa loi. Son air. Et si elle respire encore, c’est parce que je le permets.
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