Diana est aussi surprise que William.
Qu’est ce qu’elle fou ici ?! Elle va tout faire foirer :
« Madame Crespin ? Que faites vous ici ?
- ho bonjour Diana, et vous que faites vous là ?
- ben….le ménage comme CHAQUE MARDI hum hum…. » l’elegante septuagenaire, regarde avec étonnement, la jeune aide menagere de sa meilleure copine, lui faire des clins d’oeil et des grimaces bizarres.
Puis on est pas mardi aujourd’hui…le petit fils de son amie semble aussi étonné :
« Madame Ginette ? Ma grand mère n’est pas chez vous ?
- ben non voyons, c’est les mardi qu’elle vient
- mais….on est mardi…
- mais non enfin ! je ne suis pas gateuse ».
Elle regarde par acquis de conscience le calendrier mural accroché au frigo :
« on est le 5 fevrier c’est ça ?
- oui …
- et bien c’est bien lun….Ho…Et MER…credi, qu’elle nouille je suis ».
Elle a fait une boulette. Une grosse. Comment rattraper ça ? Elle l’avait bien dit à Margaret qu’un jour elle ferait une gaffe avec son secret ! :
« avec les fêtes je suis toute décalée moi…ça va sinon Willy ? Je vous dérange peut être ?
- où est ma grand mère ?
- chez moi surement.. à tout les coups on c’est croisée et elle m’y attend
- elle est partit depuis 30 minutes…il en faut 5 pour aller chez vous… ». Ginette regarde Diana qui lui fait signe de ne rien dire, de façon pas tres discrette…le jeune homme remarque que sa compagne agit bizarrement :
« Où est elle ? Miss Diana vous ne le savez pas vous ?
- mais je suis comme vous monsieur Blake, je pensais qu’elle était chez madame Crespin, comme elle nous l’a dit avant de partir.. peut etre qu’on a mal compris, qu’elle est partit chez les nouvelles voisines ? ».
Le lieutenant observe tour à tour les deux femmes, rouges toute les deux, leurs regards fuyants et leurs échanges de mimiques ….:
« Bon mesdames …. je suis flic, j’en ai vu des menteurs, mais vous êtes les deux menteuses les plus mauvaises que j’ai rencontré ! ».
Elles baissent les yeux…Ginette finit par prendre Diana par le bras un peu à l’écart, mais à portée de ses oreilles, ils entends leurs chuchotements :
« Alors ma petite ? Qu’est ce qu’on fait ?
- je sais pas …j’avais promit dene rien dire …surtout pas à lui » elle le regarde brievement, il a mis ses poings sur ses hanches c’est qu’il est sérieux …:
« je sais ma petite moi aussi j’avais promit…enfin j’avais aussi dit qu’un jour je ferais une boulette…
- peut être qu’on devrait attendre qu’elle revienne ?
- en tout cas je me demande comment il est devenu lieutenant de police…même pas f****e de se rendre compte que sa grand mere cache quelque chose ..
- hum …! Je ne suis pas sourd Ginette je vous entend ! Je vous consseille à toutes les deux de ne pas vous moquer de moi, sinon je vous embarque pour outrage à agent ! » .
Les deux femmes pouffent de rire :
« si c’est son petit collegue, le p’tit brun qui me passe les menottes je ne dit pas non
- le brigadier-chef ? Alex ? Ho …madame Crespin…
- soyez pas choquée petite devergondé… vous étiez en train de faire quoi avant que j’arrive ? Dans la même chambre que notre beau policier ? Hum ?
- c’est pas le sujet…heu…qu’est ce qu’on fait alors ?
- il faut lui dire.. il a le droit de savoir apres tout
- bon …mais c’est vous qui lui dites, c’est de votre faute
- quoi ? Ha non ça passera mieux si c’est vous …
- ha non j’avais promit de rien dire moi ! j’aime pas rompre mes promesses …
- oui mais moi j’ose pas…allons je suis votre ainée, écoutez moi jeune fille ! Dites lui …
- bon….je m’y colle… ».
William, les sourcils froncés est de plus en plus en colere et inquiet :
« dites moi ce que je dois savoir !
- oui oui …heu…bon…je ne sais pas trop comment vous allez le prendre, alors gardez en tête que moi j’y suis pour rien
- promit !
- bon heu…elle est chez monsieur Jules voila…
- quoi ? Mais ils se détestent, depuis que je suis né voir avant ? Elle est allée se réconciller avec ?
- heu….plus ou moins …
- comment ça ? Qu’est ce qu’ils font alors ?
- ils jouent au scrabble …si vous voyez ce que je veux dire …
- je ne comprend pas …? ».
Diana est toute rouge et madame Crespin soupire :
« ho mais allez y franchement ma petite .. tournez pas autour du pot ….
- disons qu’ils se fréquentent ….
- bon ce que la petite veut dire c’est qu’ils n'enfilent pas que des perles ! ».
William ne comprend pas plus…ou plutot il ne veut pas comprendre :
« vous vous foutez de ma gueule toutes les deux ? ». Elles se regardent et d’une seule voix finissent par lui avouer :
« Ils couchent ensemble… ».
Le lieutenant reste bouche bée…de longues secondes passent sans qu’il ne réagisse…
Diana s’inquiete :
« Ça va ? Vous êtes tout pâle… ».
Madame Crespin ajoute :
« Déjâ que d’habitude il est palichon…il mange pas assez de soupe je l’ai toujours dit à Maggy… ».
William finit par se laisser tomber dans un fauteuil ….
Il tente de ne pas penser à l’image de sa grand mère en train de faire des …."ho my god…qu’elle horreure !".
Ils entendent une voiture se garer et quelqu’un s’approche en sifflotant. Un jeune homme brun entre :
« Salut Lieutenant , ho ! mademoiselle Diana, et madame Ginette, mes deux plus jolies femmes préférées, vous allez bien ?
- bonjour Brigadier…chef…
- bonjour beau brun, ta tante va mieux ?
- oui elle se remet, c’était une sacrée grippe, mais vous êtes en forme vous aussi, Madame Crespin ça fait plaisir
- moi oui toujours, par contre ton lieutenant pas trop ».
Alex remarque que son ami est affalé dans un fauteuil, le visage pâle et l’air horrifié :
« Ça va chef ? ». Il se tourne vers Diana :
« Vous lui avez fait quoi pour qu’il soit comme ça ?
- mais rien ! J’ai rien fait avec lui ! Enfin…c’est pas de ma faute je lui ai juste avouer un secret…
- petite coquine…je vous avez dit que lui avouer vos fantasmes maso c’était trop tôt… ».
Alex ricane en voyant Diana devenir toute rouge :
« je plaisante ma jolie, sans rire il a quoi ?
- on a du lui avouer le secret de Madame Blake…vous savez…
- ho ! Ce secret la ..! Mais il n’était pas pret ! ».
William se releve d’un coup :
« TOI AUSSI TU SAVAIS !!!?
- ben oui ….enfin j’avais deviné depuis un moment…leurs histoires d’insultes, de coups bas tout ça …c’était évident que c’était pour de faux…d’ailleurs, ça me rapelle toi avec Diana au début, vous pouviez pas vous voir, alors qu’en réalité c’était une énooorme tension sexuelle entre vous ».
Madame Crespin s’exclame :
« HA ! JE LE SAVAIS QUE VOUS ÉTIEZ ENSEMBLE! ».
Diana morte de honte aimerait pouvoir disparaitre…
William fait les cent pas :
« DONC ! Tout le monde dans cette pièce était au courant des histoires de CUL de MA grand mere et personne ne m’a rien dit ?!!!! ».
les trois se regardent en silence …Diana essait de le calmer :
« Je ne pouvais pas trahir madame Blake…elle voulait te le dire plus tard.. elle ne voulait pas que tu le prennes mal.. ».
William ne sait pas pourquoi il réagit comme ça…déjà imaginer ses parents faire l’amour etait perturbant, pour lui, comme pour beaucoup de monde, mais alors sa grand mère …il pensait qu’elle n’avait aimé que son grand pere et qu’elle n’aurait jamais pu en aimé un autre… et puis le fait qu’elle lui cache ça le blessait aussi…et quand on parle du loup …:
« MAIS ???! Qu’est ce que vous faites tous ici ? ».
Maggy, en voyant son amie et allibi dans son salon comprend que son petit fils était au courant de son secret …ce grand bétas n’ose même pas la regarder…Elle voit son aide à domicile qui lui sourit d’un air embêté …:
« Désolée madame Blake…nous avons du dire à votre petit fils la vérité… ».
Ginette s’approche de son amie :
« C’est de ma faute, j’avais oublié qu’on était mardi …j’ai débarqué ici comme une fleure…
- c’est mieux comme ça…William…? ».
William boude…les bras croisés, il regarde par la fenêtre :
« Alex ? Tu passais pourquoi ?
- heu…ben je passais par là je venais voir si tu étais là…HO MERDE !!!! LA STAGIAIRE p****n !!!!! ».
Alex part en courant, ce n’est pas une excuse, il avait vraiment oublié la stagiaire dans la voiture, il lui avait dit d’attendre 5 minutes le temps d’aller chercher son chef pour faire les presentations …il en profite pour partir, il lui presentera demain…
Madame Blake n’avait jamais aimé le mot solitude.
Veuve depuis longtemps, elle préférait parler de silence apprivoisé.
Sa maison respirait encore la présence de son mari : la pendule qui retardait toujours de trois minutes, le fauteuil près de la fenêtre, les livres cornés. Elle avait appris à vivre avec tout cela, sans amertume.
Et puis il y avait eu Jules, le voisin.
Jules vivait dans la petite maison à côtés depuis toujours. Ancien professeur des écoles, élégant sans le vouloir, toujours une chemise bien repassée et une odeur de savon ancien. Toujours de mauvaise humeur. Toujours raleur.
Ils s’étaient pourtant rapprochés doucement, presque par habitude : un bonjour presque grogné au portail, un échange sur la météo, pour se plaindre du mauvais temps.. mais toujours là. Toujours un plan de tomates à donner. Toujours le journal du jour dans la boite aux lettres, car "j'ai finit de le lire", puis un café “parce que l'eau chaude ça va bien cinq minutes”.
Jules venait souvent en fin d’après-midi. Ils jouaient réellement au scrabble, parfois. Mais bien souvent, les lettres restaient dans le sac. Ils parlaient de livres, de souvenirs, du monde qui allait trop vite. Jules racontait ses anciens élèves, Madame Blake évoquait son mari sans tristesse, comme on parle d’un grand amour qui n’a pas besoin d’être remplacé pour être honoré.
Et puis.. il y avait.. " la chose".. Jules était un grand pudique.. mais pas elle. Alors de fils en aiguilles.. à force de l'entendre parler des abeilles qui butinent dans le potager..
Diana échange un coup d’œil embarrassé avec Ginette. Sans un mot, elles se levèrent et se réfugièrent dans la véranda, laissant la porte entrouverte. Elles savaient très bien que les murs fins de la maison ne retiendraient rien.
À l’intérieur, la voix de Madame Blake claqua.
"BON ! WILLIAM BLAKE ! Regarde-moi quand je te parle !
— Hum…
— NE GROGNE PAS !"
Il pointe un doigt accusateur vers lui.
" Tu m’as bien menti, toi."
Granny hausse les épaules.
" Hooo… ça va. T’es policier, non ? T’avais qu’à t’en rendre compte.
— Je ne m’occupe pas de tes histoires de fesses !
— Mais qu’est-ce qui te choque ? Que j’aie une vie sexuelle ?
— ÉVIDEMMENT !" explose-t-il.
" Comment veux-tu que je t’imagine… enfin… dans ce genre de situation !"
Granny leve les yeux au ciel.
" Mais comment tu crois que tu es né, toi ? Il a bien fallu que ton grand-père et moi…
— TU ÉTAIS JEUNE ! Et tu ne mentais pas !"
Il se passe une main sur le visage.
" Sérieusement, By Jove… inventer ces histoires de scrabble, mêler Madame Crespin et Miss Diana à ça… comment tu peux faire ça à papy ?
— Laisse ton grand-père en dehors de ça ! Je lui ai toujours été fidèle. Et entre nous, il aurait sûrement préféré que je vive ma vie plutôt que de finir comme une statue.
— Ta vie, oui ! Mais pas… ça !
— Oh, ne fais pas l’innocent. Ton grand-père n’était pas en reste, tu sais. Niveau vie sentimentale, on se défendait très bien tous les deux.
— Je ne t’écoute plus ! " lançe William en se levant brusquement.
Dans la véranda, Diana sentit ses joues s’embraser.
Elle savait.
Elle avait toujours su.
En tant qu’aide à domicile, elle avait vu les regards échangés, les silences trop éloquents, les rendez-vous “pour arroser les tomates”. Mais jamais elle n’aurait imaginé que cela éclaterait ainsi… devant William.
La porte s’ouvrit violemment.
William déboule dans la véranda, livide. Il ouvre le placard de la table basse, attrape une bouteille de whisky et un verre. Ses mains tremblaient légèrement.
"J’en ai bien besoin…" marmonne-t-il.
La voix de sa grand-mère résonne derrière lui, implacable.
" Ah, et puisque tu es là ! Moi, je ne me mêle pas de ta vie sexuelle. Pourtant, ça y va, hein ! Tu crois que je n’ai rien remarqué ? Tu tripotes Diana derrière mon dos !"
Diana reste figée.
" Heureusement qu’elle est sérieuse, cette petite !"
poursuivit Madame Blake.
"Tu me fais la leçon alors que tu es pire que moi. Tu es comme ton grand-père : un bisou, et c’est parti !"
William reste bouche bée. Il ne remarque Diana que lorsqu’elle se leve brusquement, rouge jusqu’aux oreilles.
" Heu… je… je dois y aller. C’est l’heure… À bientôt, Madame Blake."
La vieille dame lui adresse un sourire presque tendre.
" Ne soyez pas gênée, ma petite. Je suis très heureuse que mon abruti de petit-fils fréquente une femme comme vous. À bientôt."
Diana ne répondit pas. Elle attrape son sac et sortit presque en courant.
La porte claque.
Quelques secondes plus tard, le bruit d’un moteur qui démarre.
William sent un nœud se former dans sa poitrine.
e Bravo… vraiment. Merci pour elle, Granny. Et merci de me faire passer pour un dépravé.
— Qu’est-ce que tu fais encore là ?" crie-t-elle.
"Rejoins-la, imbécile !"
Il soupire. Cette discussion-là n’était pas terminée, il le savait. Mais pour l’instant, Diana passait avant tout le reste.
Il se précipita dehors. Trop tard. La voiture de Diana disparaissait déjà au bout de l’allée.
Dans sa voiture, la jeune femme était morte de honte. Qu'elle journée ! décidemment ! impossible de débuter tranquillement son travail !. Elle secoue la tête..
Au début, elle n’y avait vu qu’une amitié rassurante.
Quand elle avait commencé à travailler chez Madame Blake, elle remarqua surtout que sa patiente souriait davantage les jours où Monsieur Jules passait “par hasard”.
Les fleurs fraîches sur la table.
Les biscuits sortis avant l’heure du thé.
Avec le temps, elle avait comprit.
Il y avait ces silences trop longs quand sa bénéficiaire regardait par la fenêtre. Celle qui donnait sur le jardin du voisin.
Les regards qui se cherchaient avant même que les mots ne viennent.
Une main posée sur un accoudoir, jamais loin de l’autre, quand ils étaient assis sur les fauteuils du salon à parler jardinage.
Rien d’indécent. Rien d’excessif. Juste deux personnes qui refusaient de devenir transparentes avec l’âge.
Un jour, alors qu'elle rangeait la vaisselle, Madame Blake lui avait dit, presque timidement :
" Vous savez, ma petite… on croit qu’à mon âge, tout s’arrête. Mais ce n’est pas vrai. On ressent toujours. Peut-être même plus fort, parce qu’on sait que le temps est précieux."
Elle n’avait rien répondu. Elle s’était contentée de sourire.
Elle respectait cela. Elle le gardait pour elle. Par loyauté. Par pudeur.
Diana comprenait alors que ce lien n’était pas une trahison. C’était une continuité. Une façon de rester vivants.
Ce que William n’avait jamais vu — et ce qui l’avait tant bouleversé — c’était cela :
sa grand-mère n’était pas juste sa "Granny".
Elle était simplement toujours elle-même.
Libre. Désireuse d’être regardée autrement qu’en “vieille dame respectable”. Et profondément attachée à cet homme qui, sans bruit, avait redonné de la couleur à ses fins de journée.
Diana sait que Madame Blake ne regrette rien. Pas même d’avoir été découverte.
" On ne doit jamais s’excuser d’aimer," avait-elle murmuré une fois.
"Même quand ça dérange les plus jeunes."
Et au fond, c’était peut-être cela qui choquait tant William.