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1678 Words
Hari La colère. La rage. Chaque fibre de mon corps en tremble tandis que nos corps heurtent le sol. Mon poing atterrit en plein sur son nez. Un craquement sinistre retentit à travers les toilettes, mais je ne m’arrête pas pour autant. Je ne vois plus. Je ne me contrôle plus. Derrière moi la voix de Brianna me supplie d’arrêter. Je l’entends à peine. Le petit con minable en dessous de moi se défend tant bien que mal. — Tu pensais que tu pouvais t’envoyer en l’air avec ma fiancée sans conséquence, c’est ça ? (Je l’attrape par le col, le secoue et crie plus fort :) C’est ça ? Un sourire narquois vient étirer ses lèvres. — Elle semble avoir pris son pied. Je lui assène un nouveau coup en plein dans la figure. La voix de Bree résonne une fois de plus : — Stop, ça suffit ! Je ne l’écoute pas. Les coups continuent de pleuvoir. Des bruits de pas résonnent dans le couloir. Des bras me soulèvent. Un cri enragé s’échappe de mes lèvres tandis que je tente de me débattre. Du coin de l’œil je peux voir Zac et Josh attraper Matthew et le tirer loin de moi. Lui et moi nous regardons en chien de faïence. Une lueur mesquine traverse son regard manquant de me faire sortir de mes gonds. — Ça suffit, m’intime une voix autoritaire. Je tourne la tête. Mon regard croise celui sévère de Mr. Andrews. D’autres bruits de pas. Fanny, Britanny, Becca, deux autres jeunes filles et un garçon que je ne connais pas apparaissent dans l’embrasure de la porte. L’une d’elle, que je suppose être la sœur de mon adversaire, court jusqu’à lui. Le père de Bree desserre sa prise autour de mes bras. Je prends une longue inspiration et m’humecte lentement les lèvres. — Que s’est-il passé ici ? demande-t-il d’une voix grave. — Demandez donc à votre fille, je réponds amèrement. Tous les regards se posent sur l’intéressée. Une lueur de panique parcourt son regard effrayé. Elle tente de parler, mais aucun son ne semble vouloir sortir de sa bouche. J’émets un rire sans joie et secoue la tête. — Pendant que je galérais pour venir jusqu’ici, notre chère Brianna s’envoyait en l’air avec l’autre connard en face. Des murmures parcourent la petite assemblée. Bree sursaute, baisse les yeux. Mr. Andrews s’approche d’elle, une lueur de déception dans le regard. — Bree, c’est vrai ? De fines perles salées font leur apparition au coin de ses yeux. — Je… Sa mère apparaît à son tour. — Qu’est-ce qui se pa… Elle'sinterrompt. Son regard passe du visage de Matthew, à celui de sa fille en passant par mes poings ensanglantés. — Brianna se fera un plaisir de tout vous raconter, je dis froidement. En ce qui me concerne, je me casse. Mon prénom s’échappe des lèvres de Bree dans un soubresaut. Je lui jette un regard impassible malgré le nœud dans ma gorge et dans mon estomac. Il faut que je sorte de là et vite. Je m’empresse de regagner l’extérieur. L’air frais s’infiltre dans mes poumons en feu. Je monte dans ma voiture et claque brusquement la portière derrière moi. À peine me suis-je assis que je laisse sortir mes cris de colère. Mes poings s’abattent sur le volant. Le klaxon retentit dans des sons hachés, mais cela m’est bien égal. — p****n de merde ! Je rejette la tête en arrière, ferme les yeux. J’inspire et expire lentement. Les battements effrénés de mon cœur continuent de cogner dans ma cage thoracique. Je me déconnecte. Mon cerveau s’éteint le temps de quelques minutes afin de ne pas se laisser envahir par les images de mes cauchemars et de la scène qui a manqué se dérouler sous mes yeux. J’attrape mon paquet de cigarettes et ressort de la voiture. Appuyé contre le capot, j’en allume une sur laquelle je tire une longue bouffée que j’expire lentement. La sensation de la nicotine qui s’infiltre dans mes poumons suffit à me calmer suffisamment pour me permettre d’éviter de retourner à l’intérieur et lui casser la figure de plus belle. Le bruit de la porte me fait sursauter. Je tourne la tête, curieux. Mr. Visage ensanglanté avance dans la nuit noire, le téléphone plaqué contre l’oreille. Je ne peux m’empêcher de froncer les sourcils tandis que je remarque les coups d’œil méfiants qu’il jette autour de lui. Qu’est-ce que… Je finis ma cigarette à la va vite et le suis, faisant bien attention à ne pas me faire remarquer. Il s’arrête dans un coin à l’abri des regards et des oreilles indiscrets. Je m’accroupis de façon à pouvoir suivre ce qui se passe tout en restant caché. Sa voix exaspérée résonne de manière basse. — Mais oui, puisque je vous le dis. (Je fronce les sourcils. Avec qui peut-il bien être en train de parler ?) Il nous a surpris ensemble. Ce n’est plus qu’une question de temps avant que les fiançailles ne soient annulées. (Je sens mon cœur s’emballer sous l’effet de l’appréhension.) Par contre, notre deal ne stipulait pas que je me fasse fracasser de la sorte. Notre deal ? — Hari ? Je sursaute, relève la tête. Brianna se tient près de moi, les yeux bouffis et les sourcils froncés. Je lui intime le silence et dans un geste brusque la tire contre moi. Elle tremble. — Vous allez avoir des frais d’hôpitaux à régler, c’est moi qui vous le dis. (Silence. Nous attendons que la personne à l’autre bout du fil finisse de répliquer.) Merci, à vous aussi Hortense. Hortense ?! Je bondis sur mes pieds manquant de renverser Bree au passage. Matthew raccroche et se retourne. Son expression soulagée disparaît presque instantanément à ma vue. — C’est quoi ce bordel ? Je fais un pas dans sa direction. Il se tend prêt à réagir. Bree surgit à son tour et m’attrape par le bras afin de m’empêcher de me jeter une fois de plus sur lui. Du regard, elle m’intime de ne pas faire un geste de plus. Je soupire, acquiesce et recule. — C’est quoi ce bordel ? demande-t-elle calmement à son tour se tournant vers Matthew. — J’étais avec Madame Stanford… — Madame Doherty, je le corrige les dents serrées. Il me jette un regard froid, puis reprend : — Madame Doherty au téléphone. Le visage de Bree se crispe à l’entente de sa réponse. — Pourquoi ? (Silence. Elle inspire lentement et réitère sa question, son regard ancré à celui de son ex :) Pourquoi ? — Parce qu’elle et moi avions un accord. Elle m’a contacté un jour sans dire qui elle était, elle m’a dit qu’elle connaissait personnellement Hari et que cette histoire de fiançailles n’était pas une bonne chose. — Bien évidemment tu l’as crue, rit Bree une pointe d’amertume dans la voix. — Oui, c’est vrai. Moi-même je ne voyais pas ses fiançailles d’un bon œil, comme tu le sais. — Bah oui. Pourquoi ne pas venir me sauver des griffes de ce fiancé inadéquat pour moi. — Je voulais t’éviter de te retrouver coincée avec un homme dont la première épouse a terminé en service psychiatrique à cause de lui. — Gwenaëlle n’a pas terminé en hôpital psychiatrique à cause de Hari, me défend-elle. — Ce n’est pas ce que son ex-belle-mère en… — Mon ex-belle-mère a toujours été prête à tout pour prendre la défense de sa fille, je l’interromps toujours aussi acerbe. Bree se tourne vers moi et pose une main sur mon torse. Un simple regard de sa part suffit une fois de plus à me faire recouvrer mon calme. J’attrape sa main et la serre contre moi. Ses yeux brillant d’une lueur blessée et trahie se posent à nouveau sur Matthew. — J’aurais dû me douter que les regrets n’étaient pas la seule raison de ton retour soudain dans ma vie. — Bree, je t’assure que… — Tais-toi ! Il sursaute, surpris. — Hier soir, quand je me suis confiée à toi sur ce qui s’est passé à Londres, tu étais déjà au courant, pas vrai ? Il frotte son visage, vaincu. Je ne peux empêcher ma petite voix intérieure de se réjouir face à ce spectacle. Les yeux de Bree se mouillent. Elle prend une grande inspiration qu’elle expire lentement. — Bordel de merde. Elle se détourne, s’éloigne de quelques pas. J’en profite pour jeter un regard insolant et provocateur à Matthew qui se tient là, les poings serrés le long du corps. Je lui adresse un sourire discret et lui mime du bout des lèvres : — Bien fait, connard. Prêt à se jeter sur moi, il se ravise juste à temps. Bree lui fait à nouveau face. — Tu es vraiment frappé, souffle-t-elle. Il fait un pas dans sa direction. Je m’interpose. Un bras autour de sa taille, je la tire derrière moi. Ses doigts s’entrelacent aux miens. Sa bouche près de mon oreille, elle me supplie de partir. J’acquiesce sans lâcher Matthew du regard. Ses traits s’étirent en une expression colérique : — C’est ça, barrez-vous. Je peux sentir Bree trembler contre moi, signe qu’elle est sur le point de craquer. Je la serre un peu plus et l’encourage à faire demi-tour. La neige craquèle sous nos pas. — Il ne faudra pas t’étonner si jamais toi aussi tu finis dans le même état que la première ! rugit Matthew. Le regard vide et fatigué, elle fait tout de même l’effort de tourner une dernière fois la tête en direction de celui qui, dans une tentative malsaine de la récupérer, a essayé de pousser notre couple au point de non-retour. — Ne t’en fais pas. Nous ne sommes pas dans La Prisonnière des Sargasses.  Elle détourne la tête et me laisse la guider jusqu’à ma voiture son corps appuyé contre le mien. La voix acerbe de Matthew continue de résonner dans la nuit noire. Bree ne réagit pas, ne se retourne pas. Elle se contente d’avancer la tête haute, le regard droit devant. ** ** ** ** **
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