Hari
Après une dernière tasse de chocolat chaud, il est temps pour moi de prendre la route. Bree me raccompagne jusqu’à la porte.
— Tu es sûre que tu ne veux pas venir avec moi ? je lui demande tandis que j’enfile tout mon attirail hivernal.
Ce doit être au moins la troisième fois que je lui pose la question et qu’elle me répond :
— Oui j’en suis sûre. De toute façon, nous nous revoyons mercredi.
— Dommage.
— Ne t’en fais pas. Ces trois jours vont vite passer.
— Certes mais… (Je rapproche ma bouche de son oreille :) Rien ne peut me faire b****r aussi bien que toi, j’ajoute dans un souffle de façon à ce qu’elle seule puisse m’entendre.
Elle m’assène une petite tape sur le bras puis se hisse sur la pointe des pieds. Ses lèvres trouvent les miennes. Nous nous embrassons longuement, jusqu’à ce que le doux bruit de l’horloge vienne me rappeler que j’ai un trajet d’au moins une bonne heure et demie qui m’attend.
— Je t’aime, je souffle me détachant d’elle à contrecœur.
J’ouvre la porte, frappé de plein fouet par l’air frais de cette soirée hivernale.
— Attention sur la route. Et préviens-moi pour me dire que tu seras bien arrivé.
— Promis.
Je lui lance un dernier sourire et descends les marches du perron, direction ma voiture à l’intérieur de laquelle je m’installe rapidement. La chaleur qui émane du chauffage vient caresser ma peau contrastant avec les picotements provoqués par le froid rigoureux. J’allume l’autoradio et lève les yeux. Bree se tient toujours dans l’embrasure de la porte son châle serré contre sa poitrine. Ce n’est qu’une fois que j’ai franchi le portail qu’elle se décide à rentrer au chaud. La porte se referme derrière elle. Je soupire. Me voilà parti pour trois jours de torture.
**
Contrairement à l’allée, le trajet retour passe sans que je m'en rende compte. Les musiques s’enchaînent les unes à la suite des autres tandis que je trace à travers la nuit noire jusqu’à la maison. Lorsque j’arrive, Cody, Gladys et Hayden sont installés en pyjama devant Harry Potter et la Chambre des Secrets, verres de Coca et de jus de fruits sur la table basse, assiette de frites recouvertes de fromage fondu en main.
J’approche le plus silencieusement possible, un sourire au coin des lèvres attendant que Mimi Geignarde en vienne à parler du basilic avant de demander :
— Tout baigne ?
Gladys sursaute manquant de faire tomber son assiette tandis qu’Hayden tourne la tête dans ma direction.
— PAPA !
En un éclair, le voilà qui se jette dans mes bras. Je l’attrape au vol. Gladys me lance un mauvais regard se retenant clairement de lâcher des jurons en présence de son neveu. Quant à Cody, il continue de manger ses frites sans jamais lâcher l’écran du regard, comme si ma présence ne le perturbait pas le moins du monde.
— Il y a des restes pour toi au four, m’informe Hayden tandis que je le repose à terre.
Sans attendre plus longtemps, il regagne sa place et reprend le film. J’émets un rire discret. Laissant mes affaires dans un coin, je regagne la cuisine afin de récupérer mon assiette. J’en profite pour envoyer un message à Bree afin de lui faire savoir que je suis bien rentré.
— Papa, tu viens ?
— Oui, j’arrive !
Je glisse mon téléphone dans la poche arrière de mon jean, attrape mon assiette et rejoins le trio dans le salon où Hayden me fait une place sur le canapé entre Cody et lui. Je me laisse tomber entre eux en profitant pour demander où est notre père.
— Ferme-là, on regarde le film, se contente de rouspéter Gladys.
Je lève les yeux au ciel, tourne la tête vers Cody.
— Papa avait quelque chose à faire, m’explique-t-il le regard toujours rivé sur l’écran.
— Quelle chose ?
Il jette un coup d’œil en coin en direction de Gladys, hésitant.
— Il ne faut pas lui dire, mime-t-il du bout des lèvres.
Je hoche la tête, perplexe. Toujours sans un bruit, il ajoute :
— Caederic est à New York. Papa est allé le chercher.
**
L’annonce de Cody me fait l’effet d’un coup de poing dans l’estomac. Caederic. A New York. Le fils inconnu de notre père est là, dans notre ville. Le film fini, Cody et moi débarrassons tandis que Gladys supervise les préparatifs d’Hayden pour le coucher.
— Pourquoi ne faut-il pas que Glade soit mise au courant de l’arrivée de Caederic ? je demande en finissant de remplir le lave-vaisselle.
— Elle n’est pas intéressée pour le rencontrer.
— Pourquoi ça ?
Il attrape son téléphone, tape quelque chose dans la barre de recherche et me le tend. Les gros titres qui s’affichent sur l’écran me provoquent un frisson le long de la colonne vertébrale : « LE CLAN MCDONELL A LA RECHERCHE DE SON NOUVEAU CHAMPION ». Mais le plus frappant c’est l’image qui les accompagne : celle d’un jeune homme allongé sur le tapis de boxe dans un sale état.
— Caederic et sa famille vivent dans un petit village reclus et indépendant en compagnie d’autres familles fortunées. Chaque année, elles organisent des combats de boxe assez violents qui peuvent parfois terminer en véritable bain de sang.
— Et personne ne dit rien ?
— Ces familles semblent avoir le bras long. Nous n’avons absolument rien trouvé sur de potentielles répercussions quant aux cinq matchs qui ont mal tourné. Juste des articles de presse comme celui-ci, mais à part ça…
Je vois. Je ferme l’onglet et lui rends son téléphone.
— Donc si je comprends bien, notre demi-frère est une sorte de mafieux ?
— Mafieux ou pas, je m’en fous. Tant qu’il ne se mêle pas de mes affaires, ça me va.
— Et Gladys ?
Il soupire, un drôle de sourire au coin des lèvres.
— Tu la connais, elle…
— Elle quoi ?
Je sursaute, surpris par la voix de ma sœur. Cette dernière nous rejoint dans la cuisine en profitant pour prendre une bière dans le frigo au passage.
— Haydn est prêt pour dormir, il n’attend que ton bisou, m’informe-t-elle.
— Super, merci.
Elle me lance un sourire tout en prenant une gorgée. A peine ai-je tourné les talons que je l’entends réprimander Cody avec qui elle se lance dans une discussion animée. Le prénom de notre demi-frère caché me parvient tandis que je disparais à l’étage. Leurs voix étouffées continuent de résonner depuis le rez-de-chaussée, jusqu’à ce que je franchisse la porte de la chambre de mon fils. Sans grande surprise, je le trouve installé sous les couettes, sa peluche Harry Potter dans une main, le livre illustré Harry Potter et la Chambre des Secrets dans l’autre.
— Il est l’heure pour les petits garçons de faire dodo, je dis.
Il acquiesce, finit sa page et referme son livre qu’il pose sur sa table de nuit. Je l’aide à s’installer sous la couette.
— Papa ?
— Oui ?
— Quand est-ce que vous allez vous marier Brianna et toi ?
— Je ne sais pas encore bonhomme.
Il fronce les sourcils, une lueur inquiète dans le regard.
— Elle va revenir, pas vrai ?
Je prends une inspiration et m’humecte les lèvres. J’attrape sa petite main et la serre de manière réconfortante et rassurante.
— Ne t’en fais pas, elle n’est partie que pour quelques jours. (Il sourit, visiblement rassuré.) Maintenant je compte sur toi pour dormir et faire de beaux rêves, d’accord ?
Il acquiesce. Je l’embrasse sur le front et me relève.
Sa voix résonne derrière moi tandis que je sors de la pièce :
— Je t’aime papa.
Je jette un coup d’œil rapide en direction de la mezzanine où se trouve son lit.
— Moi aussi bonhomme.
Il tend le bras pour éteindre sa lampe. Je tire la porte derrière moi, prenant soin de la laisser suffisamment entrebâillée pour que la lumière puisse filtrer à travers, et regagne la cuisine. Cody est assis au comptoir en train de siroter une bière.
— Où est Gladys ? je demande surpris de ne pas voir notre sœur.
— Elle est allée faire un tour.
— Pourquoi ?
Il grommelle, saute de son tabouret bière en main. Je lui emboîte le pas jusqu’au bureau. Il ferme la porte derrière nous tout en faisant un mouvement de tête en direction du fond.
— Tu m’expliques ce que …
Je me stoppe net. Mon regard se pose sur notre père et un jeune homme assis en face de lui. Ce dernier tourne la tête vers nous. Ses lèvres s’étirent en un sourire au coin duquel de petites fossettes se dessinent. Un frisson me parcourt le long de la colonne vertébrale tandis que la ressemblance entre lui et notre père me frappe en pleine figure. Il se lève, nous fait face.
— Caederic, je le salue platement.
Un rire discret s’échappe de ses lèvres toujours souriantes. Son regard amusé se pose sur moi.
— Salut petit frère.
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