Brianna
Les dernières notes de la chanson Can’t Take My Eyes Of You résonnent à travers ma voiture tandis que je franchis le portail de la maison de ma mère. Bobby et elle se tiennent enlacés dans l’embrasure de la porte. Je leur adresse un signe tout en récupérant mon téléphone et mon sac à main. A peine descendue, ma mère se rue vers moi et me prends dans une longue étreinte.
— Bon retour à la maison, dit-elle en m’embrassant sur le front.
Je lui adresse un sourire et me tourne vers mon beau-père en devenir qui, comme à son habitude, me donne l’accolade.
— Je m’occupe des bagages.
Ma mère m’attrape par le bras et m’entraîne jusqu’à la cuisine.
— Alors ? demande-t-elle une pointe d’excitation dans la voix. (Je la regarde fixement ne comprenant pas où elle veut en venir.) La bague !
Oh. Je lève la main et la tourne paume face à moi.
— Mon bébé va se marier !
— Nous d’abord, si tu le permets, intervient Bobby qui vient de nous rejoindre.
Il me fait signe de lui tendre ma main. Un sifflement impressionné s’échappe de ses lèvres.
— Dis donc, en voilà un qui ne s’est pas payé ta tête. A quand le mariage ?
— Tu l’as dit, à vous l’honneur, je réponds en prenant place sur l’une des chaises.
Nous échangeons un regard complice. Ma mère s’active aux quatre coins de la cuisine afin de préparer trois tasses de chocolat chaud et des petites choses à grignoter en guise de déjeuner. Je peux sentir mon ventre se nouer tandis qu’elle se met à parler à toute vitesse, prise d’un emballement soudain en ce qui concerne mon mariage futur avec Hari. Bobby et moi la laissons faire nous contentant de hocher la tête par-ci par-là.
Elle finit par poser un plateau, sur lequel sont disposés chocolats chauds, biscuits et cupcakes, devant nous et s’assoit à son tour. J’attrape un de chaque et prends une grosse bouchée de mon cupcake. Bon sang, ce que j’avais faim.
— Quoi qu’il en soit, j’ai hâte de le rencontrer le 24, conclut-elle en prenant une gorgée de son chocolat.
J’avale ma bouchée de travers. Merde, l’excuse pour le 24. J’avais complètement zappé.
— En parlant de ça…
La sonnette retentit m’interrompant en pleine phrase. Je me lève et regagne le petit couloir. La porte à peine ouverte Fanny me saute dans les bras en s’écriant : « SURPRISE ! ». Elle se détache de moi tandis que je referme derrière elle. La clé à peine tournée dans la serrure, elle se met à trépigner sur place telle une enfant.
— Fais-la voir ! Fais-la voir ! (Je soupire, lui montre mon annulaire.) Je te préviens, je veux être la demoiselle d’honneur.
— Fa…
— Ce n’est pas négociable !
Nous regagnons la cuisine où nous passons une bonne heure en compagnie de Bobby et ma mère. J’en profite pour leur donner les cadeaux que j’ai rapportés d’Europe puis vais m’installer dans le salon afin de préparer mes affaires et envoyer un message à Hari.
— Bree ! s’impatiente Fanny depuis la cour.
— Oui, j’arrive !
Je glisse mon téléphone dans mon sac que j’attrape et la rejoint. Le temps de dire rapidement au revoir à Bobby et ma mère, nous voilà parties.
**
La journée défile sans que je m'en rende compte. Les parents de Fanny se sont absentés afin de nous laisser champ libre pour la soirée. Mes affaires posées dans la chambre de ma meilleure amie, je saute sous la douche dans l’espoir de détendre la boule nerveuse en train de se former dans mon ventre à l’idée de la soirée et des retrouvailles qui s’annoncent. Lavée et rasée, je me sèche rapidement puis enfile la tenue que j’ai prévue pour la soirée : body, legging, paire de bottines à talons et légère touche de maquillage. Satisfaite, j’attache mes cheveux en un demi-chignon et redescends.
Lorsque j’arrive dans la cuisine, le reste de la b***e est déjà là. Je passe de bras en bras, ravie de tous les revoir après ces deux semaines. Nous prenons un petit quart d’heure, le temps de boire un café et de discuter un peu. A mon plus grand soulagement, personne ne fait allusion à mes fiançailles.
L’instant pause fini, les garçons s’occupent de pousser les meubles contre les murs tandis que les filles et moi préparons de quoi grignoter et de quoi boire. Le sourire aux lèvres, je laisse mes amies me faire un rapide topo quant aux derniers ragots concernant les intrigues sentimentales de notre lycée avant la soirée.
— Combien serons-nous ? je demande en finissant de remplir un bol de punch.
— Entre vingt-cinq et trente, répond Fanny, notre groupe, Rosalie et Matthew inclus.
J’acquiesce. Elle me jette un coup d’œil en coin.
— Ça ne te dérange pas qu’ils soient de la partie ?
— Bien sûr que non, quelle question !
Elle sourit.
— Tant mieux.
À 18H00, les premiers invités arrivent. Fanny, Brit, Becca et moi les accueillons comme il se doit et leur proposons de prendre place dans le jardin où Josh a lancé la musique. En l’espace d’une demi-heure, la moitié d’entre eux est déjà là. Le brouhaha des rires et des conversations se mêlent aux notes de la musique assourdissante. Verre en main, je reste près de la porte d’entrée attendant avec impatience et nervosité l’arrivée des deux derniers invités qui ne devraient pas tarder. Je prends une longue gorgée de mon Cherry Vodka Sour dans l’espoir de me calmer un peu. Mon pouce ne cesse de triturer mon annulaire gauche duquel j’ai retiré ma bague de fiançailles pour la soirée, afin d’éviter l’attention et les questions importunes.
— Qu’est-ce qu’une demoiselle aussi jolie fait-elle toute seule dans son coin ?
Je sursaute manquant de faire tomber mon verre. Je tourne la tête, mon regard immédiatement plongé dans celui azur de Rose. Les lèvres de cette dernière s’étirent en un grand sourire. Je la prends dans mes bras la faisant rire. Lorsqu’elle se détache de moi, son regard se pose sur le gobelet rouge dans ma main.
— Tu bois de l’alcool maintenant ? demande-t-elle les sourcils haussés.
— Oui, longue histoire.
Je finis mon verre cul sec.
— Je suppose que le fait d’être fiancée au PDG de l’une des boîtes les plus importantes mondialement a dû aider, me charrie-t-elle.
— Certes, mais je buvais déjà avant.
Je jette mon gobelet dans une petite poubelle placée à côté de la table derrière nous et en attrape un autre. La musique continue de battre son plein. Les vibrations des basses me parviennent à travers le sol et s’empare de moi, comme si nous ne faisions qu’un. J’observe la foule dispersée devant moi tandis que je prends une gorgée. Du coin de l’œil, je peux voir Fanny et Josh se joindre à nous. Les petits cris presque hystériques des filles me vrillent les tympans.
Je me penche vers elles de façon à ce que ma voix puisse couvrir la musique :
— Matthew n’est…
Je m’interromps. Mon cœur fait une embardée dans ma poitrine. Tout semble ralentir autour de moi. Ce teint légèrement basané. Ces cheveux châtain clair coiffé à l’arrache. Cette allure à la fois rock et décontracte. Ces yeux d’un gris intense qui capturent les miens tandis que le jeune homme auquel ils appartiennent se rend compte de ma présence. Quelques filles lui jettent des regards aguicheurs, mais il n’a d’yeux que pour moi.
— Tew !
Je cours jusqu’à lui lâchant accidentellement mon verre au passage. Ses bras plus musclés que dans mon souvenir m’attrapent au vol et se referment autour de ma taille. Les battements précipités de son cœur me parviennent à travers sa chemise douce. Un rire franc résonne à travers sa poitrine. Il approche sa bouche de mon oreille, sa prise toujours ferme autour de ma taille.
— Salut princesse.
Ses lèvres effleurent mon front puis il me repose à terre. Je lève la tête, souriante.
— Ça fait plaisir de te revoir grande perche, je le charrie.
— De même la naine.
Une lueur taquine parcourt son regard. Les premières notes du remix de Twist Again retentissent derrière nous. 4
— Une petite danse ? propose-t-il.
Je ris.
— Tu n’as plus peur d’y perdre tes pieds ?
— J’ai entendu dire que tu t’étais améliorée.
Je hausse les épaules, dans un mouvement faussement modeste.
— Disons que je me débrouille.
— Dans ce cas… (Il attrape ma main dans la sienne. La douceur et la chaleur de sa peau me font frémir.) Montre-moi ça.
Il me guide sur la piste. Les gens s’écartent sur notre passage, leurs regards curieux rivés sur nous. Matthew et moi nous plaçons l’un face à l’autre. Nos regards ne se lâchent pas une seconde alors que nous enchaînons les pas. Mes lèvres s’étirent en un grand sourire. Soudainement, je me sens libre, plus légère. Fanny, Josh, Zac, Brit, Isaac, Becca, Rose et un jeune dont je ne connais pas le nom nous rejoignent. Les musiques, les verres, la nourriture et même les jeux s’enchaînent les uns à la suite des autres. Le nombre d’invités diminue au fil de la soirée qui avance, mais je le remarque à peine.
Ce n’est qu’une fois que nous nous regroupons en petit groupe au bord de la piscine chauffée, pour une partie d’Action ou Vérité, que je me rends compte qu’il ne reste plus que notre petit groupe habituel. La musique continue de retentir en bruit de fond. Les questions et les défis fusent de toute part tandis que la bouteille tourne de l’un à l’autre, jusqu’à s’arrêter sur Matthew.
Son regard croise le mien.
— Tew, action ou vérité ? demande Fanny.
Un sourire au coin des lèvres, il répond :
— Action.
— BALANCE BREE DANS LA PISCINE ! s’écrie Zac.
Fanny lui assène un coup de coude dans les côtes. Attendez…Quoi ? Je me lève dans un bond le cœur battant à tout rompre. Mon ex-petit ami en fait de même.
— Tu n’as pas intérêt…, je dis en reculant lentement.
— Sinon quoi ?
Il s’avance. Il se penche vers moi, prêt à m’attraper, mais je l’esquive et me mets à courir à travers le jardin. Mes cris et mes rires résonnent à travers la nuit se mêlant aux siens. Nous nous lançons dans une course poursuite pendant une bonne dizaine de minutes. Il finit par m’attraper.
— Repose-moi, je râle tandis qu’il me jette en sac à patates sur son épaule.
— Rêve toujours.
Je lui assène de petits coups de poings dans le dos tout en battant inutilement des jambes.
— Espèce d’en…
Mon corps heurte l’eau avant même que je n’ai le temps de finir ma phrase. Lorsque je refais surface, il se tient dos à moi, occupé à saluer mes amis qui applaudissent et sifflent son geste. Je profite de son inattention et le tire par la cheville de toutes mes forces. Ses bras battent de l’air désespérément. En l’espace d’une microseconde, il disparaît sous l’eau dans un gros « splash » avant de réapparaître tout aussi vite.
— Traîtresse, dit-il les yeux plissés en recrachant la tasse.
— Les bains de minuit sont plus fun à deux.
Il nage jusqu’à moi, son regard ancré au mien.
— Je ne savais pas que tu étais une spécialiste en la matière, souffle-t-il.
Je ris, soudainement nerveuse. Les voix de mes amis et de sa sœur me font savoir qu’ils ont repris leur jeu comme si de rien n’était. Profitant de leur inattention, il glisse son bras autour de ma taille et me tire à lui. Il colle mon corps contre le rebord du bassin sans jamais lâcher mon regard.
— Tu m’as manquée Bree, dit-il son visage dangereusement proche.
Nos souffles tièdes se heurtent l’un l’autre. Avant même que je ne réalise ce qui se passe, ses lèvres se plaquent contre les miennes.
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