Les guerriers d’ombre

759 Words
Le silence qui suivit fut terrifiant. Les guerriers d’ombre continuaient d’avancer derrière Morvan. Leurs silhouettes semblaient flotter au-dessus du sol. Aucun bruit. Aucune respiration. Aucun battement de cœur. Comme s’ils n’étaient pas vivants. Je reculai instinctivement. Kael se plaça devant moi. Ses épaules étaient tendues. — Ne les regarde pas dans les yeux. — Pourquoi ? demandai-je. — Parce qu’ils peuvent entrer dans ton esprit. Un frisson glacial parcourut mon dos. Je détournai immédiatement le regard. Mais il était déjà trop tard. Pendant une fraction de seconde, j’avais croisé les yeux d’un des guerriers. Et quelque chose avait changé. Une image apparut dans ma tête. Une ville en flammes. Des hurlements. Du sang. Des loups qui couraient dans tous les sens. Puis une femme aux yeux argentés. Ma mère. Je sursautai. L’image disparut aussitôt. — Yuna ! Kael me secoua légèrement. Je clignai des yeux. — J’ai vu quelque chose. Aiden s’approcha. — Quoi ? Je respirai profondément. — Une ville détruite. Les visages autour de moi changèrent immédiatement. Morvan sourit. — Les souvenirs commencent à revenir. Je fronçai les sourcils. — Quels souvenirs ? — Ceux qui dorment dans ton sang. La marque sur mon bras recommença à chauffer. Je baissai les yeux. La lumière argentée pulsait doucement sous ma peau. Comme un cœur. Comme quelque chose de vivant. Morvan leva une main. Les guerriers d’ombre s’arrêtèrent immédiatement. — Il y a dix-sept ans, dit-il, le Sang Lunaire dirigeait toutes les meutes. Personne ne parla. Même les loups semblaient écouter. — Votre lignée possédait un pouvoir unique. Je sentis tous les regards se tourner vers moi. — Le pouvoir de lier ou de briser les meutes. Mon cœur accéléra. — C’est impossible. Morvan secoua lentement la tête. — C’est pourtant vrai. Aiden croisa les bras. — Continue. Morvan sourit légèrement. — Certains voulaient utiliser ce pouvoir. — Et d’autres voulaient le protéger, termina Aiden. Morvan ne répondit pas. Ce silence en disait long. Kael serra les poings. — Alors la guerre a commencé. Morvan acquiesça. — Oui. Je sentis un poids dans ma poitrine. Chaque réponse apportait davantage de questions. — Et ma mère ? Le regard de Morvan se posa sur moi. — Elle a refusé de choisir un camp. Je restai figée. — Elle voulait mettre fin à la guerre. Une étrange tristesse traversa ses yeux. Puis elle disparut aussitôt. — Mais la guerre ne s’arrête jamais aussi facilement. Le vent souffla entre les arbres. Les feuilles tourbillonnèrent autour de nous. Puis un hurlement retentit au loin. Tous les loups relevèrent immédiatement la tête. Aiden pâlit. — Non. Kael fronça les sourcils. — Qu’y a-t-il ? Le chef de meute regarda vers les montagnes. — Ils arrivent. Mon ventre se noua. — Qui ça ? Personne ne répondit immédiatement. Puis Lucien souffla : — Les Chasseurs. Le mot résonna dans la forêt. Même Morvan perdit son sourire. Je n’avais jamais entendu ce nom. Mais la peur sur leurs visages suffisait. — Qui sont-ils ? Kael me regarda. — Des humains. Je clignai des yeux. — Des humains ? — Oui. Il inspira profondément. — Des humains qui connaissent l’existence des loups-garous. Mon sang se glaça. — Ils nous traquent depuis des siècles. Un nouveau hurlement résonna. Plus proche. Beaucoup plus proche. Puis une lumière apparut entre les arbres. Une lampe. Puis une deuxième. Puis une troisième. Des dizaines de lumières. Elles se rapprochaient rapidement. Aiden jura. — Nous devons partir. Morvan secoua la tête. — Trop tard. Un bruit métallique résonna soudain. CLAC. Puis un autre. CLAC. Kael se retourna brusquement. — À couvert ! Une explosion éclata. Le sol trembla sous nos pieds. Je tombai à genoux. Des flammes jaillirent entre les arbres. Les loups se dispersèrent dans toutes les directions. La forêt entière plongea dans le chaos. — Yuna ! Kael attrapa ma main. — Viens ! Nous nous mîmes à courir. Des cris éclataient derrière nous. Des hurlements. Des explosions. Je n’avais jamais eu aussi peur. Nous traversâmes les arbres à toute vitesse. Mon cœur battait comme un tambour. Puis une lumière apparut devant nous. Je m’arrêtai brusquement. Un homme se tenait au milieu du chemin. Grand. Vêtu de noir. Un étrange symbole argenté brillait sur sa veste. Il tenait une arme. Et il me regardait directement. Comme s’il savait exactement qui j’étais. Kael grogna. L’homme sourit. — Enfin. Mon souffle se coupa. — Qui êtes-vous ? L’inconnu leva lentement son arme. — Celui qui est venu récupérer l’Héritière de la Lune. Et avant que nous puissions réagir... Il appuya sur la détente.
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