Alors elle avait contacté sa mère.
— Allô… Maman ?
— Chérie ? Ça va ? Tu t’amuses bien ?
— Non maman… répondit-elle en sniffant.
— Qu’est-ce qu’il y a, ma chérie ? Tu pleures ?
— Oui… je veux rentrer, s’il te plaît…
— Zaynab, s’il te plaît… ne recommence pas.
— Mais je ne veux pas rester ici !
— Il ne s’agit pas de vouloir, c’est une tradition. Tu n’as pas le choix.
— Je m’en fiche de leur tradition ! Je ne l’aime pas, en plus… il est répugnant !
— Zaynab ! Arrête-moi ça !
— Pourquoi tu ne me crois jamais ?
— Parce que tu te prends pour une princesse, et tout ça à cause de ton père ! Il t’a trop gâtée. Tu ne nous feras pas changer d’avis.
— Maman…
— Ça suffit ! Mourad est un homme responsable, respectueux. S’il fait de toi sa femme, ton père et lui deviendront associés. Tu conserveras ton train de vie, ta sécurité, ta position. C’est une chance, pas un fardeau.
— Je ne veux pas de ça… je ne veux pas de lui…
— Tu n’as pas le choix. Prends soin de toi.
— Non, maman… attends !
Mais sa mère raccrocha. Pour la première fois, elle lui avait coupé la parole de manière aussi froide. Zaynab resta figée, sous le choc. Sa propre mère venait de lui tourner le dos. Elle n’arrivait pas à croire ce qu’il se passait. Sa vie venait de basculer. Rien n’était plus comme avant.
Elle était désormais forcée de plaire à un homme qu’elle n’aimait pas. Un homme qui lui inspirait du mépris. Elle se sentait trahie, piégée dans un rôle qu’elle n’avait jamais voulu jouer.
Le lendemain matin, Jennah fut la première à se lever. Energique et déterminée, elle traversa le long couloir silencieux de la villa pour se rendre à la cuisine. Son objectif était clair : surprendre Mourad avec un petit déjeuner qu’elle aurait préparé elle-même. Mais alors qu’elle s’apprêtait à entrer dans la pièce, elle croisa Bella Dior, fraîche et souriante, qui venait en sens inverse.
— Tiens donc, lança Bella Dior avec un léger sourire, je m’apprêtais justement à venir te réveiller, toi et les autres.
Jennah lui répondit d’un sourire confiant, les yeux pétillants.
— Ce n’est pas nécessaire pour moi. Je suis déjà réveillée et prête à tout pour Mourad.
Intriguée, Bella Dior haussa un sourcil.
— Et qu’est-ce que tu as en tête, exactement ?
— Je vais lui préparer un petit déjeuner surprise, confia Jennah avec une petite moue espiègle.
Mais Bella Dior secoua doucement la tête.
— Ce ne sera pas utile ce matin. Mourad m’a chargée de vous informer que vous serez toutes conviées à un brunch privé dans un palace en bord de mer, au Ritz-Carlton Doha.
Les yeux de Jennah s’illuminèrent aussitôt.
— Oh, wow… murmura-t-elle, émerveillée. C’est incroyable… Un instant plus tard, elle ajouta avec une pointe de déception : Mais dommage, je n’ai pas pu faire ma surprise.
— Tu auras peut-être une autre occasion, lui souffla Bella Dior, énigmatique, avant de poursuivre son chemin.
Jennah, toute excitée, prit aussitôt la direction de sa chambre pour se préparer. Bella Dior, elle, continua calmement sa route vers les chambres des autres prétendantes. L’heure était venue de les réveiller et de leur annoncer la nouvelle.
Et une fois cela fait, elle alla elle-même se préparer, fidèle à son rôle d’observatrice discrète, mais attentive.
De son côté, Zaynab venait d’être réveillée par Bella Dior, qui lui annonça d’une voix douce le programme de la matinée : un brunch privé au Ritz-Carlton, en bord de mer. Mais très franchement, elle n’en avait aucune envie.
Le cœur encore alourdi par les événements de la veille, Zaynab fixait le plafond sans répondre. Elle repensait à tout ce qui s’était passé… à Mourad, à leurs échanges brutaux, à la violence de ses mots. Et surtout à l’appel à sa mère — cette conversation qui l’avait brisée encore un peu plus. Sa propre mère ne l’avait pas soutenue. Elle s’était sentie seule, vulnérable… et abandonnée.
Elle resta là, allongée, quelques minutes encore, le regard vide et le souffle court. Puis, à contrecœur, elle repoussa la couverture et se leva. Elle n’avait pas la force d’affronter cette journée, mais elle n’avait pas non plus le choix.
Encore une fois, elle allait devoir se maquiller un sourire, faire semblant, supporter Mourad… et ses prétendantes. Une mascarade de plus, dans un théâtre où elle n’avait jamais voulu jouer.
Une fois tous prêts, deux mini vans de luxe s’arrêtèrent devant la villa. Chaque véhicule ne comptait que quatre sièges individuels, spacieux et confortables. Mourad, vêtu d’une kandura blanche impeccable, s’avança calmement vers le groupe.
— Montez dans un van, Bella Dior et moi prendrons l’autre.
Mais à peine avait-il parlé que Jennah s’avança rapidement, ses talons claquant contre le sol.
— Je préfère être avec toi Mourad, dit-elle avec un sourire volontaire. Je suis ici pour toi, pas pour discuter entre filles.
Lina, piquée, leva les yeux au ciel.
— Tu n’es pas la seule ici, Jennah. Moi aussi, je veux être dans la même voiture que Mourad.
Khoudia, fidèle à sa douceur, ne dit rien. Elle fixa simplement Mourad avec ses grands yeux brillants, remplis de timidité. Elle n’avait pas besoin de parler : son regard suffisait.
Zaynab, elle, resta un peu à l’écart, les bras croisés. Elle observait la scène, l’air écœuré.
Bella Dior, confuse et fatiguée de cette compétition déjà si intense dès le matin, soupira et lança à son frère, mi-amusée, mi-sérieuse :
— Bon courage à toi, Mourad. Je sens que la journée sera longue.
Elle monta seule dans l’un des vans.
Mourad leva la main pour rétablir le calme.
— Calmez-vous. Nous sommes cinq, on ne peut pas tenir dans un seul van.
Mais Jennah insista, espiègle :
— Je peux m’asseoir sur toi s’il le faut. Je ne suis pas lourde.
Un silence pesant s’installa. Même Mourad sembla légèrement gêné. Zaynab, elle, explosa intérieurement. D’un ton froid, elle déclara :
— Je vais avec Bella Dior. Ça m’évitera de vomir dès le matin.
Elle tourna les talons. Mourad tenta de la retenir doucement par le bras.
— Je ne veux pas que l’une d’entre vous soit mise de côté.
Mais Zaynab le regarda droit dans les yeux.
— Ce n’est pas un problème. Je préfère mille fois être avec ta sœur qu’être témoin de cette scène ridicule.
Et elle monta dans le van de Bella Dior.
Face au malaise, Mourad n’insista pas. Il se contenta d’indiquer aux autres de monter dans le deuxième van. Jennah s’installa à côté de lui, ravie. Khoudia prit place en face, lançant discrètement quelques regards tendres, et Lina, plus distante, s’installa à côté d’elle, les bras croisés, le regard un peu froid.
Pendant le trajet, les discussions se firent, tant bien que mal. Mourad n’était pas bavard, mais il répondait avec politesse, observant attentivement les personnalités de chacune.
Arrivés au Ritz-Carlton de Doha, ils furent accueillis par un personnel élégant et professionnel. Guidés jusqu’à une salle privée donnant sur la mer, le cadre était idyllique, parfait pour commencer cette première journée.
Dès qu’elles franchirent les portes de la salle privée du Ritz-Carlton, les prétendantes restèrent sans voix. La pièce, baignée de lumière naturelle, offrait une vue spectaculaire sur la mer turquoise. Le décor était raffiné : lustres en cristal, vaisselle en porcelaine fine, fauteuils moelleux et une longue table dressée avec élégance.
Zaynab, fidèle à elle-même, sortit aussitôt son téléphone pour immortaliser le moment. Elle captura les moindres détails avec soin, comme elle le faisait toujours lorsqu’elle découvrait un lieu impressionnant.
Jennah, qui observait la scène, écarquilla les yeux.
— J’ai complètement oublié de faire des photos ! Mes bébés attendent ça depuis ce matin !
D’un geste rapide, elle alluma sa caméra frontale, se positionna sous le meilleur angle et lança :
— Vous voyez cette beauté, mes bébés ? C’est digne d’une reine ici.
Elle se tourna ensuite vers Mourad, préparant son cadrage pour l’inclure dans sa story. Mais à peine avait-elle levé son téléphone que Mourad, sans hausser la voix mais avec une fermeté glaciale, la stoppa net.
— Je ne veux pas apparaître sur les réseaux. Ne recommence jamais.
Jennah, figée, sentit son cœur rater un battement. Elle baissa lentement son téléphone et le posa sur la table, mal à l’aise.
— Pardon… je ne voulais pas… C’est noté.
Zaynab, silencieuse, avait tout observé sans rien dire, mais un petit sourire satisfait trahit son amusement intérieur.
Ils prirent alors place autour de la table. Un serveur discret vint leur proposer une sélection de mets raffinés.
A suivre