AZHAR
Je lève les yeux et croise son regard. Des regrets et des regrets mais aucun changement. Mes pas me guident jusqu'à elle, elle tente de dire quelque chose mais rien ne sort.
Je l'aide à mettre sa veste, elle me scrute pour discerner n'importe quoi mais je contrôle tellement bien mes émotions que je suis incernable. J'ai l'air impassible.
Je vais pour l'aider à se mettre debout mais ses mains s'emparent de mon visage. Elle est triste. Je le vois dans ses yeux.
Mamma - mi spiace (J'suis désolée)
Je ne réagit pas. Je la regarde avec une douleur à l'abdomen mais je le montre pas. Je le dissimule parce que je veux pas qu'elle le voit, ni qu'elle le ressente.
Mamma - dice qualcosa per favore (dit quelque chose s'te plaît)
Sa voix se brise. Je serre les dents en resserrant ma prise sur ses hanches. Elle glisse ses mains derrière mon dos et se presse contre moi. Je ferme les yeux en sentant son odeur m'envahir. Mia Mamma...
Je l'entends pleurer dans mes bras. C'est encore plus insoutenable que de la voir sur un lit d'hôpital.
- no, non piangere Mamma.. (non, ne pleure pas Maman)
Ne me fout pas plus en l'air s'te plaît..
Je lui caresse la tête pour la calmer.
Mamma - mi... Mi ami ? (Tu m'aimes ?)
Elle est tremblante dans mes bras. Je la serre plus fort et pose un b****r sur le haut de sa tête.
- ma certo che ti amo Mamma (bien sûr que je t'aime Mamma)
Elle pleure de plus belle en s'agrippant à mon sweat. Je me crispe en sentant une présence derrière moi. J'écarte doucement ma mère et me tourne pour voir F (Ça se prononce Efe - c'est la lettre F en espagnol). Il est à l'entrée de la chambre, les mains fourrées dans les poches de son bas de costume. Il me fait signe qu'il faut y aller.
Je pose mon regard sur ma mère qui essuie ses larmes.
- on rentre à la maison
Elle acquiesce et s'accroche à mon bras. Je prends sa petite cabas puis on sort de la chambre d'hôpital. F marchait à quelques mètres devant nous. Il a saluer brièvement ma mère d'un hochement de tête.
On signe les papiers de sortie puis on quitte l'hôpital. La Porsche d'F est stationnée juste devant. Je fais monter ma mère à l'arrière, je mets sa cabas dans le coffre puis je viens m'asseoir devant avec F. Il démarre dans le silence.
J'observe sagement le paysage qui s'offre à moi. J'entends la respiration rapide de ma mère. Je me retiens de faire arrêter F pour aller la serrer dans mes bras en lui murmurant que ça va aller mais j'ai pas de couilles. J'suis le premier partant pour un braquo mais devant ma mère j'suis une mouille.
Elle a besoin de réconfort et d'amour mais je peux rien lui donner. À part des billets. Elle s'en servira sûrement pour éponger ses larmes causé sans doute par le manque d'amour et la solitude.
J'aurais voulu faire plus pour elle mais on ne m'a pas apprit à aimer, ni à compter sur les autres. J'ai appris à me débrouiller tout seul. Dans n'importe quel galère, je m'en sors seul.
Je prends soin d'elle au travers de mes actes. Elle sait que c'est le cas quand elle voit que j'apprécie qu'elle se sert de l'argent que je lui ramène, quand elle a comprit que j'ai tué pour elle...
Je ferais n'importe quoi pour ce bout de femme qui m'aime quoi que j'ai fais, quoi que je fais, quoi que je suis. Elle me connaît parce que c'est elle qui m'a faite. Elle sait que son fils est prêt à tout pour son bonheur.
Je tuerais qui que se soit te souhaitant du mal Mamma.
La voiture s'arrête et je comprends qu'on est arrivé au quartier. Ma mère sort de là sans attendre. Je l'imite et sors son cabas du coffre. Je la raccompagne jusqu'au bas de notre immeuble et lui tends sa cabas.
Mamma - tu me donnes l'impression d'être une mauvaise mère
Je ne dis rien. Je la regarde seulement vidé d'émotions.
Mamma - je devrais te demander qui est cet homme avec qui tu traîne depuis quelques mois
- mais tu ne le feras pas. Faut pas que tu t'inquiète pour moi Mamma, prend juste soin de toi en te souvenant que je m'occupe de tout, que t'as rien à faire toi
Mamma - c'est moi qui est sensé dire ça...
Mais tu n'es pas capable de t'occuper de tout.
J'aurais voulu lui embrasser le front, lui dire de m'appeler si ça ne vas pas, la réconforter comme il se doit mais comme je vous ai dit j'suis une mouille. J'ose pas, j'ai pas la force ni le courage.
Alors je la laisse sans ajouter quoique se soit à notre petite conversation et rejoins F dans la voiture. Il démarre aussitôt.
F - elle a l'air d'une femme en détresse
- je m'occupe d'elle alors occupe-toi de ton c*l.
Je tourne la tête vers ma fenêtre et regarde par dehors. Je suis pas bavard et j'essaye d'être le plus précis avec le très peu de mots que je dis.
F - est-ce que je dois te rappeler qu'elle vient de passer un séjour à l'hôpital pour tentative de suicide ?
- elle s'est excusée. Tout va pour le mieux maintenant.
Il ricane. Je tourne la tête vers lui en le fusillant du regard.
F - c'est quoi ? Um, la troisième fois qu'elle tente de s'ouvrir les veines depuis...
Je le coupe.
- ferme ta gueule !
F - après bon, jamais deux sans trois comme on dit
Je lui envoie un coup de poing dans les côtes ce qui nous a value une sortie de route. La voiture cartonne contre un poteau électrique. Et comme j'étais pas attaché ma tête tape malencontreusement sur le tableau de bord.
Putain de karma !
F - tu vas bien ?
- va te faire e*****r
Je grimace en tenant mon front. J'ouvre la portière et sors de la voiture pour constater les dégâts. p****n le devant de la voiture est niqué et fumante. Je lève les yeux vers F qui soupir.
F - c'était une nouvelle voiture
- je m'en tape
F - aller faut se tirer de là
On a dû prendre un uber pour se rendre au bar. Les gars nous attendaient dans le sous-sol pour les directives. F est le sous patron, on peut dire que c'est le patron puisque le vrai patron ne s'occupe de rien sauf de ses vacances.
Toutes les décisions viennent de F, il contrôle la zone.
Après cette petite réunion, je bouge avec un des gars qui me ramène au quartier. Tout le monde retourne à son poste quand j'apporte la marchandise dans deux gros sacs. Je monte dans l'appart à Taytay, il s'empresse de prendre les paquets et avec son acolyte, ils se mettent de suite aux fourneaux.
Je m'installe sur le canapé et allume la télé. Dix minutes plus tard, la plaquette est détaillée en plusieurs morceaux et mit dans des sachets. La frappe est prête pour la vente. Les gars continuent en cuisine pour écouler le sac de tonnes que j'ai apporté pendant qu'un autre gars débarque pour descendre la mort au vendeur.
- les iencli sont là ?
Le gars - ouais et ils sont plus que d'habitude
Normal, on a fermé le point de vente n°5 parce que la police zone beaucoup trop là-bas en ce moment.
Il prend le sac et se tire. Une heure plus tard il se ramène avec un sachet remplie de blé. C'est l'heure du compte. Je me redresse et renverse tous les billets sur la table. Je compte et je recompte. C'est jamais assez alors je recompte une troisième puis une quatrième fois.
Je repense à tout ça et je me dis que F est complètement taré. Il me fait confiance, à moi, un gamin de 16 ans qui vient tout juste d'apprendre à compter en français.
Sone italiano. Je suis arrivé en France à l'âge de 9 ans. Je savais même pas que la France existait et qu'ici il parlait pas italien. Je jacassait qu'en italien, même quand j'étais en plein apprentissage du français. Je me foutais moi-même de mon accent qui aujourd'hui a un peu disparu. Y'a encore des mots que je sais pas dire en français et d'autres mots que j'accentu encore.
Du coup quand je suis arrivé, j'étais au CM1 mais ils ont préférés me refaire faire une année qui n'a servit à rien parce que je refusais de parler français. C'était dur et je trouvais plus simple de jacasser en italien. C'était à eux de me comprendre.
Et puis j'ai retapé une fois de plus, j'ai refais la CM2 parce que je savais pas bien lire, ni bien écrire français. Je me suis retrouvé dans la classe de mon petit frère Nabil. Il a trois ans moins que moi et il s'en est mieux sorti que moi. Il parlait comme un vrai français.
Il a pas eu besoin de retaper une seule fois. Il s'était impliqué dès le premier jour ce qui n'était pas mon cas.
Le pire dans tout ça c'est que je suis entrée à l'école primaire avec une année de plus. Au lieu d'avoir 6 ans comme tout le monde, j'en avais 7. Au début c'était pas prévu que j'aille à l'école parce que j'étais le neveu d'un mafieux et il était inconcevable pour mon oncle que je m'incruste avec l'ennemi. À cette époque ma mère avait des problèmes avec la mafia, elle s'est faite violée par un mafieux marié et il a dit que c'était elle qui lui avait fait des avances.
Cette histoire a bousillée le mariage de mes parents et la vie de ma mère. On a dû se barrer d'Italie pour pas se faire tuer, ça fait qu'on est venus en France. Mon père lui est partit se réfugier au Maroc, son pays d'origine et depuis plus de nouvelles.
Le violeur a mit ma mère enceinte. Elle la pas supporter alors elle a tentée de se suicider en avalant des pilules mais tout ce qu'elle a réussit à tuer c'est le bébé.
Puis il y a quelques mois j'ai appris qu'il venait régulièrement prendre ce qu'il avait besoin de prendre d'elle. Je l'ai cramé en train de ranger sa teub après avoir une énième fois v***é ma mère qui ne disait plus rien. Elle ne criait même plus, se débattait plus. Elle subissait silencieusement. Je me suis emparé de son arme, son arme qui était posé sur la table basse puis je l'ai tué.
Ce jour-là, j'ai pris ma mère dans mes bras après avoir lâché l'arme. Je l'ai serré fort et je lui ai promis que désormais plus personne ne lui fera de mal.
J'ai tué pour elle et je tuerais encore.
Je sais qu'elle endure toujours de ce qui lui est arrivé. Que je pourrais jamais effacé ce p****n de mal qu'elle ressent constamment au fond d'elle. Mais je vais faire en sorte qu'on ne lui fasse plus de mal.
Il est 18h passé. Je décide de sortir faire un tour et peut-être de fumer pour calmer mes nerfs. J'enfonce ma casquette sur ma tête et rabat ma capuche par dessus.
J'arrive au terrain, c'était bondé tellement que je croyais que y'avait CR7 parmi nous. Je m'assois sur le bord à côté de Samir, un de mes potes les plus proches et Aymane, un collègue. On regarde le match de l'année qui se déroulait sous nos yeux.
Abusé comment ils sont à fond, on dirait la finale de la coupe du monde. Je finis ma clope et m'allume une autre.
? - eh Wassim y'a ta babysitteur qu'est venu te chercher mdr
Tous les gars tournent la tête à droite, je les imite et aperçois Neyla..
Elle avait l'air mal à l'aise, les bras croisés sur sa poitrine et l'air méfiant sur le visage. Mon regard se promène partout sur elle avant de s'immobiliser dans son regard. Ouais elle me regardait aussi. Parmi cette cinquantaine de gars, c'est moi qu'elle regarde. Et elle me regarde comme si j'étais la huitième merveille du monde. Son visage est crispé mais ses yeux brillent. Ils brillent pour moi.
Wassim - deux minutes Neyla, juste je marque un but et j'arrive
Je tourne le regard vers ce gamin. C'est donc lui son frère. Aucune ressemblance. Elle est vraiment belle. Ce qui n'est pas son cas à lui.
Quand je repose mon regard sur elle, elle me regardait plus. Elle regardait à côté de moi. Elle regardait Samir. Je serre les dents et la regarde durement.
Samir - tu devrais nous montrer comment une fille joue au foot mdr
Et elle lui sourit. J'ai encore plus les nerfs.
Neyla - non merci ça va aller... En plus je joue pas si bien que ça tu sais
Elle cherche à discuter avec lui ou quoi ?
Samir - eh je t'ai vu jouer au collège, tu t'en sors très bien pour une fille
Aymane - mais nan, tu joues au foot ?
Neyla - mdr j'ai pas le choix de me débrouiller sinon mes frères m'auraient tué
Je la regarde même plus. C'est son frère que je regarde et il est bon. Il a de la technique et de l'endurance. Je suis certain qu'il fait du foot en club.
Aymane - vient te poser avec nous
Je tourne la tête vers elle. Elle est écartée du groupe depuis le début et elle ose toujours pas s'approcher. On est que des mecs aussi.
J'entends les gars crier victoire. C'est l'équipe de Wassim qui a gagné. Il vient de marquer le but final. Il se dépêche de tcheker ses potes et de rejoindre sa sœur qui commençait à s'impatienter.
Wassim - pff même pas le temps de fêter mon but
Neyla - désolé mais Maman nous attend pour manger
Ils continuent à jacasser en s'éloignant. Soudainement elle se retourne pour sûrement s'assurer que je la regarde. Je la quitte pas du regard tout comme elle. Elle me sourit mais je fis rien. J'ai envie de l'embrouiller pour avoir sourit et discuter avec Samir.
Gênée, elle se retourne et disparaît au loin.
Je jette mon mégot et me casse d'ici à mon tour. Je retourne à l'appart. La table est chargée de billets et j'entends les gars découper les plaquettes dans la cuisine. Je m'installe sur le canapé et fais le compte.
[...]
On a écoulé toute la marchandise. Je fais le partage du pactole avec les gars puis je glisse mes billets dans ma chaussette. Je tcheck les gars puis me taille. Il est minuit passé. Je rentre chez moi et je bloque en apercevant mon oncle sur le canapé du salon. Je cherche ma mère du regard, elle n'est pas là. Il sirotait son café fumant.
Zio - è tardi, dov'eri ? (Il est tard, où étais-tu ?)
- tu fais quoi ici ?
Il se redresse et pose son café sur la table.
Zio - tu veux discuter en français pour que les voisins nous écoute ?
- tu veux des aveux de ma part et tu les veux en italien
Il me fixe.
- mais t'auras rien. Dégage maintenant
Il sourit en se levant. C'est à ce moment que ma mère arrive dans le salon. Elle s'empresse de se mettre devant moi, comme pour me protéger.
Mamma - non toccherai a mio bambino (tu ne toucheras pas à mon bébé)
Zio - fatti da parte Alcina ! (Écarte-toi Alcina !)
Elle secoue la tête en cessant de crier non. Je pose mes mains sur ses épaules et la pousse doucement sur le côté.
Zio - où est Pallocino ?
J'allais parler mais ma mère le fait à ma place.
Mamma - il est partit aux États-Unis
Zio - menti ! (Tu mens !)
Mamma - c'est ce qu'il m'a dit !
Elle ment. Et elle ment pour moi..
Zio - tu le vois encore hein ? s****e que t'es !
Je m'approche de lui et lui envoie mon poing dans sa gueule.
- parle pas comme ça de ma mère !
Nabil arrive à balle. Sans rien savoir, il se dirige vers ma mère en pleurs et la prend dans ses bras.
Zio - tu veux savoir ce qu'est un homme Azhar ? Laisse-moi te l'apprendre
Il m'envoie son poing dans la mâchoire. J'ai craché du sang. Le coup suivant arrive rapidement, ça ma secoué. Mais je me ramolli pas. J'envoie des coups comme lui m'en envoie jusqu'au moment où il me soulève et m'envoie valser contre la vitrine. J'atterri par terre et ne bouge plus. J'ai trop mal au dos.
Zio - je suis étonné de voir que t'as des couilles. Mais c'est pas ça qui fait de toi un homme
Il s'accroupit en face de moi et relève mon visage avec ses doigts.
Zio - ça fait 4 mois qu'on est à la recherche de Pallocino. Je sais que tu sais où il est
Je lance un regard vers ma mère. Elle secoue la tête de droite à gauche en me suppliant du regard.
- nan je sais pas
Il se relève en reboutonnant son veston.
Zio - tu mens. Je vais découvrir ce que t'en a fait et ton sort sera entre les mains du parrain. Mais je te le dis tout de suite, tu t'en sortira pas vivant
Mamma - je te mets au défi de toucher mon fils Adriano !
Mon oncle se tourne vers ma mère en riant.
Zio - je sais pas si tu le vois, mais je lui ai mit la raclée de sa vie et tout ce que t'as fais toi c'est de regarder alors j'aimerais bien savoir ce que tu feras quand je lui collerais une balle entre les deux yeux
Mamma - dalla mia casa ! (Sort de chez moi !)
Zio - je m'en vais
Il se tourne vers moi.
Zio - je te promets que la prochaine fois que je viendrais ça sera pour te tuer
Il quitte la maison en silence. Je me redresse et me cale contre le mur en grimaçant. Ma mère vient vers moi et touche les endroits douloureux de mon visage.
Mamma - vai a prendere il kit di primo soccorso (Va chercher la trousse de secours)
- nan
Mamma - stai sanguinando (tu saignes)
- j'ai dis nan
Je passe ma main sur ma lèvre blessée pour essuyer le sang. Puis je me lève sans l'aide de personne. Je m'approche de la table et sors les billets de ma chaussette puis les pose sur la table. Je boite jusqu'à ma chambre et me laisse tomber sur mon lit.