Chapitre 2

1488 Words
Chapitre 2 . durant l’année 2001. — Peter, tu viens avec moi en ville. Dépêche-toi, commande mon père. Et quand il dit quelque chose, on doit obéir illico. Le paternel a gardé l’autorité du lieutenant de chez les Marines avec qui il a baroudé pendant de longues années. Obéissance aux ordres absolue. Commencer à discuter c’est désobéir et ça déclenche sa colère, puis ça conduit inexorablement aux sanctions. J’ose pourtant lui suggérer qu’on pourrait amener Paul... — Paul ? Qu’est-ce que je viens de dire ? Je t’ai parlé de ton frère ? — Non, mais maman a besoin de certaines choses pour la cuisine, il pourrait faire les courses pendant que je te suis. Un long silence. Je n’en mène pas large. Qu’est-ce qui va bien m’arriver ? Pourquoi ai-je ouvert la bouche ? À mon grand étonnement, il répond : — OK ! Il vient, mais il ne traîne pas dans mes pieds et il a intérêt à se dépêcher. Tu es responsable de lui. Tu comprends ce que cela veut dire ? — Oui, papa. J’ai compris. J’appelle Paul. Je le mets au courant pendant qu’on se dirige vers le pick-up. Paul, c’est mon frère cadet. Onze mois d’écart, le dernier de la famille. Avant nous il y a eu Mary, notre sœur aînée. Deux années de plus que moi. Depuis quelque temps elle est toujours pâle. Elle ne va pas bien. J’ai entendu maman dire qu’elle a une santé fragile. Peter, Paul et Mary. Je me suis toujours demandé pourquoi nos parents avaient choisi pour nous ces prénoms. Était-ce l’idée de mon père qui admirait ce trio de chanteurs folk et rock des années 60-70 et qui chantaient des chansons de Bob Dylan ? Ou bien était-ce ma mère qui, très pratiquante, avait insisté pour nous appeler ainsi ? Qui avait gagné ? Je n’ai jamais osé poser la question. Peur de me faire rabrouer. Peur de remuer le passé... Le père a garé sa voiture presque en face de l’épicerie. — Peter, suis-moi. Avant d’emboiter le pas du paternel, une recommandation au cadet : — Toi, tu files acheter ce que maman veut et tu reviens ici. Tu nous attends près du pick-up le temps qu’il faudra. T’as bien entendu Paul ? — Oui, oui ! J’ai entendu. Je ne suis pas sourdingue ! — Peter, t’arrêtes de traîner ! Je me dépêche. J’essaie de suivre le père qui marche vite. Arrivé devant Western Gun, l’armurerie, je me demande ce qu’il vient faire ? Il a déjà une belle collection d’armes à feu. — Viens fiston. Dans le magasin, il est salué par le patron qui visiblement le connaît bien. — Qu’est-ce que je peux faire pour toi John ? — C’est pas pour moi cette fois, Kyle. Tu vois, je t’amène peut-être un futur client. C’est mon fils. 12 ans depuis hier. Je veux lui acheter un fusil pour son anniversaire. Je n’en crois pas mes oreilles. Je reste bouche bée. — Ouais ! Faut commencer jeune à manier une arme. Pour chasser ou se défendre. Par les temps qui courent ! — Exact ! Qu’est-ce que tu as à me proposer ? Fais-moi voir ton arsenal l’ami. Et l’armurier qui ne se fait pas prier déballe « sa camelote » comme il dit. — Je pense que pour ton gamin et pour sa première arme, il ne faut pas quelque chose de lourd. — Oui ! Plutôt facile à manier, mais assez précis dans le tir. Alors ? — Pour les flingues de précision, j’ai plusieurs modèles. Le poids à vide varie entre 2,9 kg, disons 3 et 6 kg. Avec différentes longueurs de canon, explique Kyle. — Et tu me proposes quoi au juste ? — Moi, tu vois, je verrais bien le AC556 Ruger. — C’est pas un peu démodé ça ? — Pas tant que ça. 2,9 kg. Chargeur de 5, 10, 20 ou 30 cartouches. 750 coups à la minute. Il a été utilisé longtemps par l’armée et la police. On l’utilise encore de nos jours. — Fais-moi voir l’engin, demande mon père — Viens dans l’arrière-salle. L’arrière-boutique, une véritable caverne d’Ali Baba. Des fusils, des révolvers, des bazookas, des poignards... des armes à foison. — Tiens voilà la bête ! — M’wouais ! Peter, prends ça en main. Soupèse. Manie-le un peu. Je fais ce que demande mon père. Ce fusil n’est pas si lourd, mais je le trouve un peu grand. — Alors ? — Oui, il est bien. Au ton de ma voix, papa remarque que je ne suis pas vraiment partant pour ce modèle. L’armurier lui aussi a tout de suite pigé. — Attends petit ! J’ai aussi le Ruger mini 14. Un tantinet plus court. Je crois que tu aimeras. C’est celui-là que le paternel a fini par m’offrir. Aussitôt payé. Aussitôt emballé. Les deux adultes se serrent la main, se congratulent. Me voilà sur le trottoir avec mon cadeau emmailloté. — J’ai quelqu’un à voir en face. Retourne à la camionnette. Tu m’y attends avec ton frère. Dans le pick-up, autour du pick-up, pas de Paul. — Par le Grand Caribou où est-il donc ? Je cours vers l’épicerie. Il n’y est plus. Il est déjà ressorti depuis belle lurette m’a dit le marchand. Où peut-il bien être ? Retour vers la voiture. Coup d’œil à droite et à gauche dans les magasins avoisinants. Et là, chez le photographe, mon Paul, rayonnant, le sourire jusqu’aux oreilles qui manie une boite noire. — Paul. Qu’est-ce que... ? Sors immédiatement. Père va bientôt revenir et je n’ai pas envie de me faire engueuler à cause de toi. Mon frangin pose comme à regret l’appareil. Il sort la mine triste. — Mais qu’est-ce que tu fichais dans cette boutique ? Maman n’a besoin de rien dans celle-ci. — Non ! Mais est-ce que t’as vu ces belles images dans la vitrine ? C’est avec la boite que j’avais dans les mains qu’on peut réaliser de telles choses. Je trouve ça splendide et magique à la fois. Après on a des vues qu’on ne reverra peut-être plus. Du moins plus exactement comme ça. C’est génial ce truc. Ça conserve le temps ! Et en plus c’est facile à s’en servir. Et c’est pas très cher. — Ouais, ouais, ouais ! Parce que toi, maintenant, tu connais la valeur de l’argent ? Je suis bien certain que ce n’est pas donné. Plus cher en tout cas qu’un kilo de farine ou que 6 œufs. Bon ! Je t’ai retrouvé, c’est l’essentiel. Tiens, papa arrive. Vite, montons dans la voiture. — Pourquoi qu’il voulait t’emmener avec lui ? — Le voilà. Tais-toi. Je te le dirai plus tard. À la maison. Les 3 miles de retour sont effectués dans le plus grand silence. Pas un mot. Quelque chose l’a irrité. Quelqu’un l’a sûrement mis en rogne à son rendez-vous, mais il essaie de le cacher. Une histoire qui n’intéresse pas les gamins ! Le lendemain, première leçon. Derrière la maison. Le « stand de tir » c’est dans les bois à un demi-mile de notre habitation. Au pied de la « montagne ». La première cambuse à l’est c’est celle de Pierce Black Stallion, un gamin indien de la tribu des Nez Percés. Enfin pas tout à fait. Le père Garrett c’est un père comme le mien, un visage pâle comme on dit dans les anciens westerns. La mère c’est une Amérindienne. Les unions mixtes ne sont pas vraiment acceptées. Ils se sont installés en dehors de la réserve de la Confédération des Tribus indiennes Umatilla. Black Stallion, « Étalon Noir », c’est mon copain. Il m’a appris à tirer à l’arc. Sans toutefois l’égaler, je me débrouille très bien. Il m’a surnommé d’un nom imprononçable qui voudrait dire « flèche qui atteint rapidement son but ». Moi je suis fier de porter ce nom indien. Même s’il est un peu exagéré. Ma mère est horrifiée. À la vue du fusil, elle se signe plusieurs fois. Elle invoque tous les Saints. Une arme, je suis si jeune. Mon père élève la voix. Il prétexte que le fils d’un ex-Marine doit commencer tôt. Et que si je me destine un jour aux métiers des armes... Je ne savais pas que mon paternel me destinait à une « brillante carrière dans l’armée » comme il l’a annoncé alors. Maman hausse les épaules et elle part dans sa chambre. Pour pleurer, j’en mettrais ma main à couper ! Le soir en revenant père lui explique qu’il veut faire de moi un champion. Un champion de tir. Un champion olympique. Un rêve que lui même n’a jamais pu réaliser. Je ne sais pas si cette déclaration a vraiment calmé ma mère. Au bout d’une semaine, après avoir éclaté des dizaines de bouteilles, percé des dizaines de boites de conserve, mon père m’a annoncé : — Fiston, c’est sûr, t’es doué. J’aurais jamais pensé que tu ferais des progrès aussi rapidement. Moi, je suis super fier. Je continue à tirer. Sur des cibles statiques, sur des troncs d’arbres, puis sur des cibles vivantes. Il y a tant d’animaux dans la forêt. Père me fait participer à des concours locaux, à ceux de l’État ou inter États. Je gagne quelques prix, des médailles. Je ne suis pas toujours le meilleur. Je ne monte pas à tous les coups sur la première marche du podium. Mais cela m’est égal. Je m’améliore sans cesse et c’est bien là le principal. Quand j’ai eu 15 ans, mon père a échangé la carabine mini contre une autre plus performante. S’appliquer au tir, progresser, voilà le but à atteindre, mais pour mon père on ne peut y réussir que si l’on connait bien son fusil. Il faut aussi en prendre soin. Savoir le démonter, le remonter, le nettoyer, le bichonner en quelque sorte. Mon père y veille. Particulièrement. — Il doit faire partie intégrante de ta vie. Il doit être indispensable comme le boire et le manger. Une arme mal entretenue n’est pas efficace dans les concours. En temps de guerre, ça peut te coûter la vie. Puis, avant d’atteindre mes 18 ans, nouvel échange contre une arme que j’ai toujours aimée, la MK11 Mod 0, calibre 7,62 utilisée par les Seals avec lunette Leupold, hausse de secours, silencieux KAC réduisant considérablement le bruit de la détonation. Un petit bijou.
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