Chapitre 7
. 14 janvier 2015 (suite).
Hiyam s’approche de la fenêtre. De nombreuses personnes sont encore agglutinées devant la porte. Elle demande à l’avocat de disperser les badauds. Puis, à voix basse, mais intelligible :
— Si « l’étranger » est d’accord, moi, je peux l’accompagner.
Puis se tournant vers Malika et Fadil :
— Nous allons tout faire pour avoir des nouvelles de Madji. S’il est vivant, de le ramener. Et nous deux, de venger nos morts.
C’est ce qui s’appelle un coup de théâtre !
Maître Béchir réagit promptement :
— Vous ne pouvez pas faire ça. Je ne veux pas être mêlé à cette histoire. Je ne veux en aucun cas devenir complice...
— En effet, on ne vous le demande pas, rétorque la jeune femme. Le mieux c’est que vous repartiez maintenant à Beyrouth. Seul.
L’effet de surprise dissipé, je dis clairement que je refuse d’être accompagné et de mettre en péril la vie d’autrui.
— Très bien monsieur le héros, coupe Hiyam dans son anglais hésitant, mais très compréhensible. Alors, allez-y tout seul ! Le loup solitaire. Vous n’aurez pas fait deux pas après la frontière avec votre mine et votre dégaine sans vous faire appréhender.
— OK ! C’est bon. On part quand jeune fille ?
L’avocat tente une dernière fois de nous faire entendre raison.
— Ce n’est pas sérieux. C’est de la folie pure ! Vous partez à l’aveuglette sans mesurer les risques encourus. C’est la mort que vous cherchez ?
Peter se contente de le regarder, sans rien dire. Maître Béchir hausse les épaules et fait mine de s’en aller.
Second coup de théâtre à ce moment-là. Fadil qui a bien écouté la traduction simultanée laisse tomber :
— Je suis aussi du voyage.
— Mais non, vous ne pouvez pas. Qui va s’occuper de votre sœur et de ses enfants ?
— Malika est d’accord. D’ailleurs, si mon beau-frère est vivant, qui va le reconnaître ? Vous voyez, y a plus d’hésitation. J’en suis.
— D’accord ! Deux hommes, une femme. Ça semblera moins étrange sur la route, déclare Hiyam.
Deux voix contre une. Peter s’incline. Restent encore beaucoup de choses à mettre au point. À cet instant précis, il a des doutes sur l’organisation du voyage.
De mauvaise grâce, l’avocat est reparti vers Beyrouth. Jusqu’au dernier moment, il a tenté de convaincre le groupe que c’était peine perdue et qu’il fallait renoncer.
Désormais, Peter doit suivre Hiyam. Toutefois, s’il n’a pas de plan précis, il n’est pas tombé de la dernière averse et il ne va pas tout accepter argent comptant. Il faut discuter. Bien peser le pour et le contre.
— On ne sait toujours pas comment vous vous appelez. Vous pouvez nous donner soit votre nom réel, soit un autre. Cela ne me dérange en rien. Alors ?
— Mon vrai nom est Peter.
— Parfait ! Écoutez-moi bien Peter, vous devez ressembler à un Syrien ou un Irakien. Vous avez le teint trop pâle. Je vais confectionner une lotion bronzage. La barbe, ne la rasez pas. On va aussi vous donner un prénom arabe. S’il y a un contrôle sur le trajet, et il y en a, ne l’oubliez pas. Je propose Ahmed. C’est un prénom très commun. Qu’en dis-tu Fadil ?
— Ouais ! C’est bien.
— Il nous faut un véhicule. Pas aussi joli que celui de monsieur l’avocat. Une voiture qui n’attire pas l’attention. On ne peut pas se déplacer à pied.
— Petite question mademoiselle Hiyam...
— Hiyam, ça suffira. Pas besoin de grande politesse entre nous. Lui, c’est Fadil. Vous disiez ?
— En voiture ou à pied, sait-on où on va ? Moi, sur la vidéo que j’ai visionnée plusieurs fois, je n’ai vu que du sable...
— C’est vrai que du sable, ça ne ressemble qu’à du sable. Pour ma part, j’ai une petite idée.
— Vous connaissez le lieu où mon pauvre frère a été décapité ?
— Holà ! On ne s’emballe pas. Je n’ai pas dit cela. J’ai une idée c’est tout... Peut-être que je me trompe, mais... mais pour l’instant pensons aux choses plus matérielles. Il faudra aussi de l’argent. Et puis quelques autres petites choses dont je vous parlerai plus tard. Si toutefois nous partons toujours ensemble.
— Plus que jamais Hiyam !
Elle a tellement titillé sa curiosité qu’il ne peut plus faire machine arrière.
— Alors en route, on sort du camp et on achète tout ce dont on a besoin. Il restera une dernière chose à se procurer. Ça va peut-être demander un peu de temps...
— Mais le temps je n’en ai pas beaucoup. Cela fait déjà une bonne semaine que mon pauvre frère...
— Je crois que vous n’êtes pas venu jusqu’ici seulement pour essayer de localiser le corps de votre frère. Je suis persuadée que vous avez envie de tuer celui qui l’a tué. Vous n’allez pas le faire à mains nues ? Donc, il faut des armes. Avez-vous une préférence ? Savez-vous tirer ? Ah ! au fait, on connaît le nom du bourreau. Ici, il se fait appeler Abou Al Zoubeyr. Qu’on pourrait traduire par Abou le fort, le courageux, le téméraire.
— Ouais ! Qu’est-ce qu’il y a de téméraire à décapiter un homme ligoté sans défense ? s’exclame Peter.