Quand Sidafa passa les portes de ses appartements, étant à deux pâtés de maison du palais royal, il arriva très vite, il aurait pu vivre là-bas, mais, il préféra vivre loin, pourquoi ? tout le monde l’ignore. Une fois chez lui, il remarqua d’abord l’absence de presque toutes les domestiques, « Fatima était bien sérieuse alors » pensa-t-il. Mais ce qui l’intrigua le plus, était le fait que sa femme était assise dans un coin de la chambre, la mine fatiguée et l’air agacé, limite si elle n’était en colère. Inquiet, il alla vers elle lui demander ce qui ne va pas.
- Ehh, ça va, qu’est-ce que tu as ?
Ce qu’elle avait ? ça fait au moins deux ou trois heures que Fatima était rentrée chez elle, mais comment pourrait-elle trouver le sommeil vu qu’elle est constamment dérangée, dans son sommeil. Elle se précipita dans les bras de son mari pour lui faire savoir sa frustration.
- Ohh, ce n’est pas trop tôt, dit-elle avec sarcasme en se levant.
- Désolé, j’étais en entretien avec le roi et je voulais par la même occasion être le premier à lui annoncer la naissance de nos enfants, dit-il, et devine un peu ce qu’il nous a promis ?
- Ecoute, je n’ai pas envie d’écouter tes bêtises, s’énerva-t-elle. En fait, je n’ai envie de rien du tout, mis à part une bonne nuit de sommeil. J’ai quitté la salle d’accouchement dans l’espoir de me reposer ici, enchaîna-t-elle, mais il y’a eu tout le contraire, et pas que moi d’ailleurs, même les jumeaux n’arrivaient pas à dormir, j’ai dû user de ma puissance énergique, en fin, de ce qu’il en restait après tout ce que j’ai dû endurer ce soir, pour les faire dormir.
- Mais, comment ça ? demanda-t-il, j’ai pourtant bien spécifié à Saran de s’occuper de toi et les jumeaux, non ? je ne comprends rien, allez, dis-moi ce qu’il y’a je t’en prie.
Elle leva un sourcil, intriguée qu’il ne se soit pas rendu compte de ce qui se passait, c’était pourtant évident, elle n’arrivait pas à dormir à cause de bruits incessants émis par les jeunes humains qui passaient du temps à jouer sans se rendre compte qu’il y avait des gens qui ont besoin de repos.
- Mais attends ; tu es sourd ou tu le fais exprès.
- Je ne te suis pas, qu’est-ce que tu veux dire ? lui demanda-t-il.
- Tu n’entends pas tous ces bruits la dehors, émis par ces jeunes humains qui jouent sur la pleine lune ? ehh bien, figure-toi que c’est eux qui m’ont empêché de dormir et les jumeaux aussi, je suis tellement fatiguée que je pourrai tomber dans les pommes d’un moment à l’autre, alors s’il te plait aide moi à m’endormir ou bouche mes oreilles que je ne puisse rien entendre. Quémanda-t-elle.
- D’accord, calme-toi, je vais m’occuper de ces enfants.
- Ehh bien, tu as intérêt à le faire vite parce que je n’en peux vraiment plus.
- Ne t’inquiète pas, je ne laisserai plus personne te déranger, dit-il. Mais…
Ne le voyant pas terminer sa phrase, elle demanda.
- Mais quoi ?
- Je crains que ça ne soit plus possible que tu te reposes aujourd’hui, ma chérie, je suis désolée. Dit-il en ayant de la peine pour sa femme. Cette dernière désorientée se demandait ce qui lui prenait.
Sidafa se sentait très mal de devoir subir à sa femme, une épreuve de plus en ce jour qui était pourtant si merveilleux. Mais il ne pouvait également pas décliner l’offre du roi, ce serait insultant de sa part. la meilleure chose qu’il puisse faire c’est de lui transmettre un peu de sa puissance énergique afin qu’elle tienne sur ses pieds durant tout le temps que durera la fête.
- Quand j’ai annoncé la nouvelle au roi, dit-il. Il était si content qu’il nous a promis un festin, d’ailleurs à l’heure où je te parle, il devrait y avoir tout le monde au palais, alors on ne peut pas rater ça. S’empressa-t-il de lui dire en caressant son joli petit visage.
- Mais, tu ne vois pas que je ne vais pas bien ? s’énerva-t-elle. Pourquoi tu veux me torturer encore plus, ce n’est pas parce que je suis une démone que je ne ressens rien, je ne suis pas faite d’acier moi.
- Oui, je sais, mais rassure toi, je ne te laisserai pas souffrir, je te transmettrai un peu de ma puissance énergique et je crois que les jumeaux sont suffisamment en forme pour que j’en rajoute, dit-il en les regardant tous les deux avec les pupilles toutes rouges de leurs yeux, en train de jouer, alors qu’ils étaient censés dormir.
Quelques instants plus tard, ils se retrouvaient tous les deux, main dans la main saluant tous les invités (familles, amis) qu’ils rencontraient, recevant des félicitations un peu partout.
Dire que cet évènement de grande envergure a été organisé par le roi en personne, était assez hilarant pour tous. D’habitude, c’est les gens qui lui organisent des fêtes en s’assurant que tout soit parfait, par crainte d’être réprimandés. Alors le voir aujourd’hui faire tout cela était bien surprenant et le plus intriguant fut la façon dont il s’en est pris pour inviter tout le monde, par la pensée ! normalement, s’il convoque les gens par la pensée, c’était uniquement pour les entretiens diplomatiques ou politiques. Mais quelle ne fut leur surprise ce soir, en découvrant que c’était pour une fête de naissance qu’ils ont été convoqués.
Tout le monde connaissait Sidafa dans la région, tout le monde le craignait, encore plus que le roi lui-même. Moussa l’a élevé comme le fils qu’il n’a jamais eu. Et tout le monde savait à quel point il comptait pour lui.
- Waw, c’est sa majesté qui a fait tout ça ? s’exclama Fatima.
- Ehh oui, répondit Sidafa. Faut croire que je compte assez pour lui, au point d’organiser une fête à l’honneur de nos enfants.
- Je n’arrive pas à le croire, dit-elle en scrutant tous les alentours. Le décor, regarde comme c’est flamboyant, c’est incroyable, je ne savais pas que sa Majesté Moussa pouvait être si créatif.
Tin tin tin, fit Moussa, pour attirer l’attention de tout le monde, en montant sur l’estrade, avec son verre de vin.
- Bonsoir et bienvenus à tous, commença-t-il, ce soir, nous célébrons la venue au monde des enfants de Sidafa, mon filleule, mon ami, et comme vous le savez tous, il est comme un fils pour moi, fut-ce le début de son bon discours. Je me souviens encore de l’époque où il n’était qu’un enfant, je l’ai pris sous mon aile et je suis occupé de lui, la vie nous réserve de drôle de surprise ! aujourd’hui c’est lui qui s’occupe de moi comme personne ne l’a jamais fait, et apprendre qu’il est devenu père ne peut que me réjouir, et je sais à quel point avoir un enfant est merveilleux, alors vous imaginez en avoir deux !
Toute la salle se mit à rigoler de sa petite blague, il scruta le regard de tout le monde, ensuite il poursuivit après avoir bu une gorgée de son vin.
- Bon, tout ça pour vous dire, que ce soir, il faut danser, chanter et boire jusqu’à épuisement, ça doit faire combien d’années qu’on ne fête pas de cérémonie de ce genre ici, cent ans, deux cent ans, essaya-t-il de deviner. Les célébrations comme ça, on en voit pas souvent. Alors je trinque à leur santé. Mesdames et Monsieur, que la fête commence !
Et c’est ainsi qu’ils passèrent toute la soirée à s’amuser, et quand les démons font la fête, ils oublient la notion du temps, surtout des fêtes comme cela. Parfois, même les humains entendent le son de leur tambour résonné de leur village, alors qu’ils ne vivent pas du même milieu, entre eux, il y a une sorte de voile qui les sépare. Certains le qualifieraient du rideau d’invisibilité, c’est la frontière entre le monde réel et le monde virtuel.
La fête continua presque jusqu’à l’aube, et Sidafa savait que c’était bientôt l’heure pour les humains de se réveiller, mais il devait passer dans le subconscient d’Ismael pour lui transmettre son message, qui disait : « Ismael, ma femme a donné naissance à des jumeaux, pour sa tranquillité, je veux que tu informes les villageois qu’ils gardent bien leurs enfants à l’écart, afin qu’ils ne s’aventurent pas sous le baobab puisque c’est ma demeure. Chaque personne qui osera défier cette règle, je ferai en sorte qu’il devienne mon boy pour toujours et l’interdirai à tout jamais de voir sa famille ».
C’était clair comme de l’eau de roche, le matin, Ismael se rendit chez Ibrahim, le chef du village et lui parla de tout ce que Sidafa à poser comme ultimatum. Ce dernier aussi Passa le message à tous les villageois, et ça se répandu comme une traînée de poudre. Pa crainte de subir les sanctions posées, aucun parent n’autorisa à ses enfants de s’aventurer vers cet endroit, au risque de devenir le martyr d’un démon impitoyable.