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1401 Words
Le taxi s’arrêta devant un restaurant niché dans une ruelle pavée de Montmartre, loin de l’agitation des Champs-Élysées. Maéva, 26 ans, ajusta la jupe de sa robe noire, un modèle simple mais élégant qu’elle avait choisi après une heure d’indécision. Son cœur battait un peu trop vite alors qu’elle jetait un coup d’œil à la façade discrète du Clos des Vignes, un établissement étoilé connu pour son intimité. Hugo lui avait promis un endroit « tranquille, où on peut parler sans être dérangés ». Elle inspira profondément, lissant une mèche de ses cheveux bouclés, et poussa la porte. À l’intérieur, l’ambiance était feutrée, avec des chandelles vacillant sur des tables en bois sombre et un parfum de truffe flottant dans l’air. Hugo était déjà là, installé à une table près d’une fenêtre donnant sur un jardin miniature. Il se leva à son arrivée, son pull bleu marine épousant sa carrure athlétique. Son sourire, à la fois confiant et chaleureux, dissipa une partie de la nervosité de Maéva. « Wow, Maéva, tu es… magnifique, » dit-il, tirant une chaise pour elle. « Content que tu sois venue. » Elle s’assit, un sourire timide aux lèvres. « Merci, Hugo. J’ai failli changer d’avis, tu sais. Ce genre d’endroit, c’est pas vraiment mon quotidien. » Il rit, s’installant en face d’elle. « T’inquiète, c’est juste un resto. Pas besoin d’être une habituée. T’aimes la bonne bouffe, non ? » « Qui n’aime pas ? » répondit-elle, posant son sac sur le côté. « Mais disons que je suis plus habituée aux brasseries du 20e qu’aux étoiles Michelin. » « Alors, ce soir, on change ça, » dit-il avec un clin d’œil, attrapant la carte des vins. « Tu veux du rouge, du blanc, ou tu me fais confiance ?wardrobe. » Maéva haussa un sourcil. « Tu choisis le vin ? Monsieur la star du foot se prend pour un sommelier maintenant ? » Hugo éclata de rire, un son grave qui fit vibrer l’air. « Hé, j’ai plus de talents que tu crois ! Mais sérieusement, je vais prendre un rouge. Un Bordeaux, ça te va ? » « Va pour le Bordeaux, » acquiesça-t-elle, amusée. « Mais si c’est mauvais, je te tiens pour responsable. » « Marché conclu, » dit-il, faisant signe au serveur. « Et si c’est bon, je prends tout le crédit. » Le serveur, un homme en costume impeccable, prit la commande avec un professionnalisme discret. Maéva observa Hugo, qui semblait parfaitement à l’aise, comme s’il dînait dans des endroits pareils tous les jours – ce qui était probablement le cas. Pourtant, il n’y avait rien d’arrogant dans sa manière d’être. Il la regardait avec une curiosité sincère, ses yeux noisette brillant sous la lumière des chandelles. « Alors, Maéva, raconte-moi, » commença-t-il, croisant les bras sur la table. « Comment une fille de la Martinique atterrit dans une boutique Hermès à Paris ? » Elle sourit, jouant avec la serviette en lin. « C’est une longue histoire. En gros, j’ai toujours aimé la mode. Petite, je dessinais des robes pour mes poupées. Ma mère disait que j’avais des étoiles dans les yeux quand je parlais de Paris. Alors, après le bac, j’ai pris un billet aller-simple et je suis venue. » « Juste comme ça ? » demanda-t-il, impressionné. « T’es courageuse, dis donc. » « Ou folle, » plaisanta-t-elle. « Les premiers mois, c’était dur. Paris, c’est pas la Martinique. Le froid, le loyer, les gens qui courent partout… Mais j’ai trouvé un petit boulot, puis Hermès m’a donné ma chance. Et toi, Hugo ? Comment on passe de… quoi, un gamin qui tape dans un ballon, à une star du PSG ? » Il se pencha en arrière, un sourire nostalgique aux lèvres. « J’étais ce gosse qui jouait dans la cour de l’école à Lisbonne. Mon père était mécano, ma mère prof. Ils n’avaient pas un rond, mais ils m’ont toujours poussé à rêver grand. Un jour, un recruteur m’a vu jouer, et bam, ma vie a changé. » « Ça a l’air d’un conte de fées, » dit Maéva, sincère. « Pas vraiment, » répondit-il, son ton plus sérieux. « Le foot, c’est magique, mais c’est aussi une machine. Les entraînements, la pression, les médias… Parfois, j’ai envie de tout plaquer et d’aller pêcher au Portugal. » Elle le regarda, surprise par sa vulnérabilité. « Toi, Hugo, la superstar, tu veux devenir pêcheur ? » Il rit, retrouvant son éclat. « Pourquoi pas ? Moi, un bateau, la mer, pas de paparazzis… Ça te dit, un jour, une balade en mer ? » « Seulement si tu promets de pas tomber à l’eau, » taquina-t-elle. Le vin arriva, un rouge profond servi dans des verres en cristal. Ils trinquèrent, le tintement résonnant doucement. « À quoi on boit ? » demanda Maéva. « À ce soir, » dit Hugo, son regard ancré dans le sien. « Et à toi, qui rends cette soirée déjà spéciale. » Elle rougit, baissant les yeux sur son verre. « Flatteur, va. » « Pas flatteur, honnête, » corrigea-t-il. « T’es pas comme les gens que je croise d’habitude. T’as… je sais pas, une lumière. » Le compliment la déstabilisa. Elle but une gorgée de vin, le goût riche et velouté la surprenant. « T’es pas mal non plus, Hugo. Mais dis-moi, c’est quoi, la vie d’une star ? Les fêtes, les voitures de luxe, les groupies ? » Il grimaça, amusé. « Les groupies, c’est surfait. Les fêtes, ouais, ça arrive, mais c’est vite lassant. Ce que j’aime, c’est le terrain. Quand je marque, que la foule hurle… là, je me sens vivant. » « Ça doit être incroyable, » dit-elle, imaginant le stade en ébullition. « Moi, mon moment préféré, c’est quand une cliente repart avec un sourire, parce que j’ai trouvé exactement ce qu’elle voulait. » « Tu vois, on n’est pas si différents, » dit-il, pointant son verre vers elle. « On veut rendre les gens heureux, à notre façon. » Le premier plat arriva – un carpaccio de saint-jacques, délicat et parfumé. Ils mangèrent, ponctuant chaque bouchée de rires et de questions. Maéva lui parla de sa sœur en Martinique, de ses rêves de devenir designer. Hugo raconta des anecdotes de vestiaire, imitant avec humour un coéquipier râleur. À mesure que la soirée avançait, Maéva sentait ses appréhensions s’effacer. Hugo n’était pas juste une star ; il était drôle, attentif, humain. « Tu sais, » dit-il soudain, posant sa fourchette, « je passe ma vie à courir, à performer. Mais ce soir, là, avec toi… c’est comme si le temps ralentissait. » Elle sentit son cœur s’emballer. « Tu dis ça à toutes les filles que tu invites à dîner ? » « Non, » répondit-il, sérieux. « Juste à toi. » Un silence s’installa, chargé d’électricité. Maéva joua avec son verre, cherchant quoi répondre. « T’es dangereux, Hugo. Tu sais ça ? » « Dangereux ? Moi ? » Il feignit l’innocence. « Je suis un agneau ! » « Un agneau qui joue devant 50 000 personnes et qui charme les vendeuses d’Hermès, » rétorqua-t-elle, riant. Le dessert – une mousse au chocolat avec des éclats de noisette – scella la soirée. Lorsqu’ils sortirent dans la nuit fraîche de Montmartre, l’air sentait la pierre humide et les feuilles d’automne. Hugo lui tendit son bras, et elle l’accepta, leurs pas résonnant sur les pavés. « T’as aimé la soirée ? » demanda-t-il, ralentissant près d’un lampadaire. « Beaucoup, » admit-elle, levant les yeux vers lui. « Plus que je pensais. » Il s’arrêta, se tournant vers elle. « Alors, je peux te revoir ? » Son souffle se coupa. Sous la lumière dorée, ses traits étaient doux, presque vulnérables. « Peut-être, » murmura-t-elle, un sourire en coin. « Si tu promets d’être sage. » « Sage ? Jamais, » dit-il, se penchant lentement. Il posa une main sur sa joue, et avant qu’elle ne puisse répondre, il l’embrassa – un b****r doux, hésitant, puis plus assuré. Maéva ferma les yeux, laissant la chaleur de l’instant l’envelopper. Lorsqu’ils se séparèrent, elle rit doucement, le cœur léger. « T’es vraiment dangereux. » « Et toi, t’es irrésistible, » répondit-il, lui offrant son bras pour continuer la promenade. Ils marchèrent sous les étoiles, inconscients des regards indiscrets tapis dans l’ombre, des flashs qui, bientôt, changeraient tout.
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