Le soleil déclinait sur Paris, baignant la Seine d’une lueur dorée. Maéva, assise sur le canapé en cuir de l’appartement d’Hugo dans le 16e arrondissement, feuilletait distraitement un magazine de mode. Trois semaines s’étaient écoulées depuis leur premier rendez-vous, et leur relation, encore fraîche, s’épanouissait dans une bulle d’intimité. Ce soir, ils avaient prévu une sortie simple : un film dans un petit cinéma d’art et d’essai près de Saint-Germain-des-Prés. Maéva ajusta son écharpe en laine, jetant un coup d’œil à Hugo, qui enfilait une veste en jean dans l’entrée.
« T’es sûr que personne va nous embêter là-bas ? » demanda-t-elle, une pointe d’inquiétude dans la voix. « J’ai pas envie de signer des autographes à ta place. »
Hugo rit, attrapant ses clés. « Relax, Maéva. C’est un ciné de quartier, pas le Parc des Princes. Juste toi, moi, et un film d’auteur bien chiant pour te faire plaisir. »
Elle leva les yeux au ciel, un sourire en coin. « Chiant, hein ? Tu vas adorer, tu verras. Et si tu t’endors, je te filme pour i********:. »
« Essaie toujours, » dit-il, se penchant pour déposer un b****r rapide sur son front. « Allez, viens, on va être en retard. »
Ils descendirent dans la rue, où une berline noire les attendait. Hugo avait insisté pour un chauffeur ce soir, « pour éviter les galères de parking ». Maéva, encore peu habituée à ce luxe, s’installa sur la banquette en cuir, observant les lumières de Paris défiler par la vitre. « Tu sais, » dit-elle, jouant avec la lanière de son sac, « des fois, j’ai l’impression de vivre dans un rêve. Toi, cet appart, les restos… C’est pas ma vie, ça. »
Hugo tourna la tête, son regard sérieux. « C’est ta vie maintenant, si tu veux. Et franchement, Maéva, t’es la meilleure partie de tout ça. »
Elle rougit, détournant les yeux. « Charmeur. Mais sérieux, t’as pas peur que… je sais pas, que ça devienne trop ? Les gens, les médias… »
Il haussa les épaules, nonchalant. « Les médias, je gère. Ils parlent, ils inventent, et puis ils passent à autre chose. Tant qu’on est bien tous les deux, le reste, c’est du bruit. »
Maéva hocha la tête, pas totalement convaincue. Elle voulait croire Hugo, mais une petite voix en elle – celle de la vendeuse martiniquaise qui avait grandi loin des projecteurs – murmurait que ce monde pouvait être cruel.
Le cinéma, un bâtiment Art déco aux néons rouges, était presque désert. Ils choisirent un film français, une comédie romantique légère, et s’installèrent au fond de la salle, partageant un seau de popcorn. Pendant le film, Hugo glissa son bras autour des épaules de Maéva, et elle se blottit contre lui, riant à ses commentaires chuchotés sur les dialogues « trop intellos ». Pour un instant, ils étaient juste un couple ordinaire, loin des stades et des boutiques de luxe.
Mais à la sortie, tout changea. Alors qu’ils quittaient le cinéma main dans la main, des flashs crépitèrent dans l’obscurité. Maéva cligna des yeux, désorientée, tandis que deux hommes armés d’appareils photo s’approchaient, criant : « Hugo ! Hugo, c’est qui la fille ? Un sourire pour la une ! »
Hugo jura entre ses dents, resserrant sa prise sur la main de Maéva. « Ignore-les, viens. »
« Hugo, c’est ta nouvelle copine ? » lança l’un des paparazzis, courant pour les suivre. « Allez, un bisou pour la photo ! »
Maéva sentit son pouls s’accélérer, son visage chauffant sous les flashs. « Hugo, qu’est-ce qu’ils veulent ? » murmura-t-elle, accélérant le pas.
« Juste des vautours, » grogna-t-il, la guidant vers la berline qui les attendait. « Monte, vite. »
Ils s’engouffrèrent dans la voiture, et le chauffeur démarra, laissant les photographes derrière. Maéva, le souffle court, se tourna vers Hugo. « C’était quoi, ça ? Ils vont publier ces photos ? »
Il passa une main dans ses cheveux, frustré. « Probablement. Écoute, Maéva, je suis désolé. D’habitude, je fais gaffe, mais là… j’ai baissé la garde. »
« Baissé la garde ? » répéta-t-elle, la voix tremblante. « Hugo, ils m’ont photographiée comme si j’étais… je sais pas, une star ! Je suis juste moi ! »
Il posa une main sur la sienne, son ton apaisant. « Je sais, je sais. Mais t’es pas juste toi pour eux. T’es avec moi, et pour ces idiots, ça fait une histoire. Ça va se tasser, je te promets. »
Elle retira sa main, croisant les bras. « Et si je veux pas être une histoire, Hugo ? Si je veux juste… être normale ? »
Il la regarda, un mélange de culpabilité et de détermination dans les yeux. « Si tu veux être normale, je ferai tout pour que ça marche. On évitera les endroits publics, on restera chez moi. Mais Maéva, je veux pas te perdre à cause de ces clowns. »
Elle soupira, fixant la vitre. « Je veux pas te perdre non plus. Mais c’est… beaucoup. »
Le reste du trajet se fit en silence, chacun perdu dans ses pensées. De retour à l’appartement, Hugo ouvrit une bouteille de vin et s’assit à côté d’elle sur le canapé. « On en parle ? » demanda-t-il, lui tendant un verre.
Maéva prit le verre, le faisant tourner entre ses doigts. « D’accord. Mais dis-moi la vérité, Hugo. Ça va être tout le temps comme ça ? Les photos, les gens qui crient ? »
« Pas tout le temps, » répondit-il, honnête. « Mais ouais, ça arrive. Surtout maintenant, au début. Les gens sont curieux. Ils veulent savoir qui est la femme qui a volé le cœur d’Hugo Ferreira. »
Elle rit malgré elle. « Volé ton cœur, rien que ça ? T’es vraiment un cliché, tu sais. »
« Un cliché qui t’aime bien, » dit-il, un sourire en coin. « Allez, Maéva, on est plus forts que ça. On laisse pas trois photos pourries nous gâcher la soirée, si ? »
Elle le regarda, hésitante. « T’as raison. Mais promets-moi une chose : si ça devient trop, tu m’écouteras. Tu me laisseras pas me noyer là-dedans. »
« Promis, » dit-il, levant son verre. « À nous, et à nos soirées cinéma sans paparazzis. »
Ils trinquèrent, mais Maéva sentait encore une pointe d’appréhension. Elle voulait croire en leur bulle, mais le monde extérieur venait de s’inviter sans permission.
Le lendemain matin, la réalité la frappa de plein fouet. Son téléphone vibra frénétiquement sur la table de chevet. Des notifications i********:, des messages w******p, et même un appel de sa collègue d’Hermès, Julien. Elle décrocha, encore groggy. « Maéva, t’es partout ! » cria Julien, excité. « T’as vu les sites people ? ‘La nouvelle WAG du PSG’ ! T’es une star, ma belle ! »
« Quoi ? » murmura-t-elle, ouvrant son ordinateur. Les titulares s’étalaient : « Hugo Ferreira en couple : qui est la mystérieuse Maéva ? » Les photos du cinéma, floues mais reconnaissables, montraient leurs mains enlacées, son visage à moitié caché par ses cheveux. Les commentaires en ligne allaient de l’admiration (« Elle est canon ! ») à la méchanceté (« Encore une qui veut sa part de gloire »).
Hugo, qui sortait de la douche, vit son expression. « Qu’est-ce qui se passe ? »
Elle lui tendit l’ordinateur. « Ça. Tout le monde sait, Hugo. »
Il parcourut l’écran, grimaçant. « Merde. Écoute, c’est chiant, mais c’est juste du bruit. Tu veux que j’appelle mon agent pour limiter les dégâts ? »
« Limiter comment ? » demanda-t-elle, agacée. « C’est déjà partout ! Mes amis, ma famille… ma sœur m’a envoyé un message, elle comprend rien ! »
Il s’assit à côté d’elle, posant une main sur son épaule. « OK, on va gérer. On fait profil bas, on répond pas aux médias. Et si ta sœur a des questions, tu m’la passes, je lui explique. »
Elle rit faiblement. « Toi, parler à ma sœur ? Elle va t’interroger comme un flic. »
« Je suis prêt, » dit-il, feignant la bravoure. « Mais sérieux, Maéva, t’es pas seule là-dedans. On est une équipe, OK ? »
Elle hocha la tête, un peu rassurée. « Une équipe. J’aime bien ça. »
Les jours suivants, ils adaptèrent leur routine. Hugo planifia des sorties plus discrètes – dîners à domicile, balades nocturnes dans des parcs privés. Mais les réseaux sociaux continuaient de bruisser. Maéva reçut des demandes d’amis d’inconnus, des messages d’admirateurs, et même des insultes. Une soir, en scrollant sur son téléphone, elle tomba sur un commentaire : « Elle est mignonne, mais elle tiendra pas. Hugo change de fille comme de maillot. »
« T’as vu ça ? » dit-elle, montrant l’écran à Hugo alors qu’ils dînaient dans sa cuisine.
Il soupira, posant sa fourchette. « Maéva, ferme cette appli. Ces gens savent rien de nous. »
« Facile à dire, » murmura-t-elle. « Mais ils parlent comme si j’étais… je sais pas, une passade. »
Il se leva, contournant la table pour s’accroupir devant elle. « Écoute-moi. T’es pas une passade. T’es la fille qui me fait rire, qui me tient tête, qui me fait oublier le cirque du foot. Je suis là pour toi, pas pour eux. »
Elle le regarda, émue par sa sincérité. « T’es trop doué pour les discours, tu sais. »
« C’est mon superpouvoir, » dit-il, souriant. « Alors, on fait quoi ? On continue à se cacher, ou on assume ? »
Maéva réfléchit, son cœur battant. « On assume. Mais à notre façon. Pas pour eux, pour nous. »
Il l’embrassa, scellant leur pacte. « Pour nous, » répéta-t-il.
Ils décidèrent de ne pas se cacher, de vivre leur histoire malgré les flashs. Mais dans un coin de l’esprit de Maéva, une ombre persistait – le pressentiment que ce monde, si séduisant, pouvait aussi les briser.