Maéva referma le dernier carton avec un soupir, le ruban adhésif crissant sous ses doigts. Son petit appartement du 20e arrondissement, avec ses murs écaillés et son parquet grinçant, n’était plus qu’un souvenir. À 26 ans, elle venait de franchir une étape qu’elle n’aurait jamais imaginée : emménager chez Hugo, la star du Paris Saint-Germain, dans son luxueux duplex du 16e arrondissement. La vue panoramique sur la tour Eiffel, les meubles design en cuir blanc, la cuisine digne d’un chef étoilé – tout semblait irréel. Pourtant, en posant ses affaires dans un coin de l’immense dressing, elle ressentait un pincement au cœur.
Hugo entra, torse nu après une séance de gym à domicile, une serviette autour du cou. « Alors, t’es officiellement chez toi, » dit-il, un sourire éclatant aux lèvres. « Ça fait quoi d’être la reine de ce palace ? »
Maéva haussa un sourcil, rangeant une pile de pulls. « Reine, rien que ça ? Disons que je me sens plus comme une invitée qui a oublié son chemin. Cet endroit est… énorme, Hugo. »
Il s’appuya contre l’encadrement de la porte, croisant les bras. « Tu vas t’habituer. Et franchement, c’est mieux que ton appart où je me cognais la tête dans l’escalier. »
« Hé, mon appart avait du charme ! » protesta-t-elle, jetant un coussin vers lui. « Et puis, c’était à moi. Ici, j’ai l’impression de squatter. »
Hugo attrapa le coussin au vol, riant. « Squatter ? Maéva, t’es chez nous, là. Tu veux changer la déco, mettre des photos, fais ce que tu veux. Je veux que tu te sentes bien. »
Elle s’assit sur le bord du lit king-size, jouant avec une mèche de ses cheveux bouclés. « C’est pas juste la déco, Hugo. C’est tout. J’ai quitté mon boulot aujourd’hui. Deux ans chez Hermès, et pouf, fini. Je sais pas qui je suis sans ça. »
Il s’approcha, s’asseyant à côté d’elle. « Écoute, t’as pas besoin de vendre des sacs à des snobs pour être quelqu’un. T’es Maéva, la fille qui me fait craquer, qui a du style, du caractère. Ce boulot, c’était juste un chapitre. Maintenant, tu peux écrire le suivant. »
« Écrire quoi ? » demanda-t-elle, un peu agacée. « Devenir une WAG qui passe ses journées à faire du shopping et à poster des selfies ? C’est pas moi, ça. »
Hugo posa une main sur la sienne, son ton sérieux. « Personne te demande d’être comme ça. Tu peux faire ce que tu veux – reprendre des études, lancer ta marque de mode, voyager. Je suis là pour te soutenir, OK ? »
Elle le regarda, touchée mais incertaine. « T’es trop gentil, parfois. Ça me fait peur. »
« Peur ? Moi ? » dit-il, feignant l’indignation. « Je suis un agneau, je te l’ai déjà dit ! »
Elle rit, le poussant doucement. « Un agneau avec des millions de followers et un ego gros comme la tour Eiffel. »
« Touché, » répondit-il, se levant. « Bon, ce soir, on sort. Une soirée caritative pour la fondation du PSG. Tu vas rencontrer du monde, voir comment ça marche. Ça te dit ? »
Maéva hésita. L’idée de plonger dans le monde d’Hugo – celui des joueurs, des sponsors, des WAGs – l’intimidait. Mais elle hocha la tête. « D’accord. Mais si je me ridiculise, c’est ta faute. »
« Marché conclu, » dit-il, l’embrassant sur la tempe. « T’es prête à briller, Maéva. »
Ce soir-là, Maéva ajusta sa robe de cocktail bleu nuit devant le miroir de la salle de bain. Le tissu fluide épousait ses courbes, et ses boucles relevées en chignon mettaient en valeur ses créoles dorées. Hugo, en smoking noir, siffla en la voyant. « Wow, t’es sûre que je peux sortir avec toi ? Les autres vont être jaloux. »
« Flatteur, va, » répondit-elle, souriant malgré sa nervosité. « Mais sérieux, Hugo, c’est quoi le plan ? Je fais quoi, là-bas ? »
« Tu restes toi-même, » dit-il, nouant sa cravate. « Tu parles, tu ris, tu charmes tout le monde. Et si quelqu’un t’embête, tu me fais signe, je le mets K.O. »
Elle leva les yeux au ciel. « Super, mon héros. Allez, on y va avant que je change d’avis. »
La soirée se tenait dans un hôtel particulier près des Invalides, un lieu somptueux avec des lustres en cristal et des serveurs en livrée. À leur arrivée, des photographes officiels prirent des clichés, et Maéva sentit son estomac se nouer. Hugo lui serra la main, murmurant : « T’es parfaite. Respire. »
Ils entrèrent dans une salle bondée de joueurs du PSG, de dirigeants, et de leurs compagnes. Maéva repéra immédiatement les WAGs : des femmes élégantes, portant des robes de créateurs, leurs sourires impeccables masquant des regards scrutateurs. Hugo la guida vers un groupe près d’un bar à champagne.
« Les gars, je vous présente Maéva, » annonça-t-il, posant une main dans le bas de son dos. « Maéva, voici Léo, notre gardien, et sa femme, Camille. Et là, c’est Sarah, la copine de Marco. »
Camille, une blonde élancée d’une trentaine d’années, lui tendit une main manucurée. « Enchantée, Maéva. Bienvenue dans la famille PSG. »
« Merci, » répondit Maéva, souriant poliment. « C’est… un peu impressionnant, tout ça. »
Sarah, une brune pétillante avec un accent italien, rit. « Oh, t’inquiète, on est toutes passées par là. Au début, tu te sens comme un poisson hors de l’eau, et puis tu trouves tes marques. »
« Tant que tu supportes les matchs et les paparazzis, t’es bonne, » ajouta Léo, levant son verre. « Hugo, elle tient le coup avec toi ? »
« Mieux que toi sur un penalty, » lança Hugo, déclenchant des rires.
Maéva se détendit légèrement, appréciant l’humour. Mais elle remarqua le regard de Camille, qui l’observait comme pour jauger une nouvelle concurrente. « Alors, Maéva, » dit Camille, sirotant son champagne, « tu faisais quoi avant de rejoindre notre petit monde ? »
« J’étais vendeuse chez Hermès, » répondit Maéva, redressant les épaules. « Sur les Champs-Élysées. »
« Oh, Hermès ! » s’exclama Sarah, impressionnée. « Tu dois avoir un goût incroyable. Faut qu’on aille shopper ensemble un jour. »
« Avec plaisir, » dit Maéva, reconnaissante pour sa chaleur. Camille, elle, haussa un sourcil, un sourire crispé aux lèvres.
« Vendeuse, c’est mignon, » dit-elle, son ton légèrement condescendant. « Mais maintenant, tu vas voir, être avec un joueur, c’est un boulot à plein temps. Les événements, les voyages… Tu vas adorer. »
Maéva sentit une pointe d’agacement. « Peut-être, » répondit-elle, gardant son calme. « Mais je compte pas juste suivre Hugo partout. J’ai mes propres projets. »
Camille cligna des yeux, surprise, mais Sarah tapa dans ses mains. « J’aime ton style, Maéva ! Faut qu’on parle, toi et moi. »
Hugo, qui discutait avec Léo, se tourna vers elle. « Tout va bien, bébé ? »
« Nickel, » dit-elle, lui offrant un sourire forcé. Mais intérieurement, elle se sentait déstabilisée. Ces femmes, ce milieu – tout semblait calculé, comme un jeu dont elle ignorait les règles.
Plus tard, lors du dîner, Maéva se retrouva assise à côté d’une femme plus âgée, Élise, la compagne d’un ancien joueur devenu dirigeant du club. Élise, la cinquantaine, avait une présence rassurante, ses cheveux gris élégamment coiffés et un rire franc. « Alors, Maéva, première soirée dans la cage aux lions ? » demanda-t-elle, coupant son filet mignon.
Maéva rit, soulagée par son ton amical. « C’est à peu près ça. Je me sens un peu… hors de ma zone. »
« Normal, » dit Élise, posant sa fourchette. « Ce monde, c’est du clinquant, mais il mord. Les WAGs, les médias, tout le monde veut un morceau de toi. Mon conseil ? Garde les yeux ouverts et reste fidèle à toi-même. »
« Plus facile à dire qu’à faire, » murmura Maéva, jetant un coup d’œil à Camille, qui riait bruyamment à l’autre bout de la table.
Élise suivit son regard. « Camille, c’est une reine ici. Elle aime contrôler son petit royaume. Mais t’as du caractère, ça se voit. T’en fais pas pour elle. »
« Merci, » dit Maéva, sincère. « Vous savez, je veux juste… trouver ma place, sans me perdre. »
« Tu la trouveras, » assura Élise, levant son verre. « À toi, Maéva. Et à ta nouvelle vie. »
Maéva trinqua, un sourire timide aux lèvres. Mais en regardant Hugo, qui discutait avec un sponsor, elle ressentit une vague de doute. Cette vie – les soirées, les regards, les attentes – était-elle vraiment la sienne ?
De retour à l’appartement, elle se démaquilla en silence, encore perdue dans ses pensées. Hugo, en boxer, s’approcha par derrière, l’enlaçant. « T’étais la plus belle ce soir, » murmura-t-il, embrassant son cou. « T’as fait sensation. »
« Sensation, hein ? » dit-elle, se tournant vers lui. « Camille m’a regardée comme si j’étais une intruse. Et les autres… je sais pas, Hugo, c’est pas mon monde. »
Il fronça les sourcils, caressant sa joue. « Hé, c’est notre monde, maintenant. Camille, elle est juste jalouse. T’es nouvelle, t’es belle, t’es avec moi. Ça dérange. »
« Peut-être, » murmura-t-elle, posant sa tête contre son torse. « Mais j’ai l’impression d’avoir laissé une partie de moi en quittant Hermès. Mon indépendance, tu vois ? »
« Je vois, » dit-il, la serrant plus fort. « Mais t’es pas seule, Maéva. On construit ça ensemble. Si t’as besoin de temps, de projets, je suis là. Tu veux dessiner des robes ? Je t’achète un atelier demain. »
Elle rit, le repoussant doucement. « T’es fou. Mais merci. J’ai juste besoin… de me retrouver, un peu. »
« Prends tout le temps qu’il faut, » dit-il, sérieux. « Mais promets-moi une chose : tu me laisses pas tomber pour retourner plier des foulards, OK ? »
« Marché conclu, » répondit-elle, scellant leur promesse d’un b****r.
Allongée dans le lit ce soir-là, Maéva fixa le plafond, écoutant la respiration régulière d’Hugo. Elle était amoureuse, oui, mais une question persistait : pouvait-elle vraiment s’épanouir dans ce monde qui brillait si fort, mais semblait si fragile ?