Il ramène ma main devant ses lèvres qui effleurent ma peau, un frisson parcourt mon bras et donne un coup de courant électrique à mon cœur. Je retire rapidement ma main de la sienne. Je m'efforce de lui sourire.
"- Comme je le pensais... Te mettre à genoux ne me fait rien."
Je tourne les talons, mon regard se pose sur Rayan puis je m'en vais, je marche longuement jusqu'à l'immeuble. Je rentre, tout le monde dans le hall me regarde en même temps, j'ai des vêtements tachés de sang sur moi. Je prends l'ascenseur et monte jusqu'à mon appartement. Lorsque les portes s'ouvrent je sens ma gorge devenir étroite. J'avance lentement jusqu'à mon appartement qui est barré par le fil de ma police. Je passe en dessous et entre dedans.
Mon regard se pose rapidement sur la chaise où était attaché John. Je ferme les yeux pour m'éviter de fondre en larmes. Je prends une grande inspiration puis ouvre les yeux. Je commence à chercher un indice d'une personne qui a pu entrer, mais rien, mes vitres sont scellées. La personne qui est entrée avait sûrement un double des clés. Je fixe la ville à travers la vitre.
"- Miaou."
Je pose les yeux sur le chat que j'ai recueilli, je me baisse pour le prendre dans mes bras. Je commence à le caresser.
"- Tu as dû tout voir..."
Je le regarde comme s'il pouvait me donner les réponses que j'attends.
Je fais la promesse... Que je tuerai la personne qui a tué John. Je fais le serment. J'espère que tu te caches bien.
Je me rends à l'hôtel, je vais prendre une douche afin de m'enlever toutes les taches de sang que j'ai sur moi. Je sors ensuite de la douche et me regarde dans le miroir. Ce n'est qu'une question de temps. Fini d'être faible.
******
L'Agence a organisé les funérailles de John. Je reçois plusieurs messages et appels de Trevis qui doit se demander où je suis. Je ne vais pas me pointer avec la tenue qui est réservée à l'Agence à chaque funérailles parce que déjà l'Agence ne mérite même pas d'enterrer cet homme. Je regarde mon téléphone qui sonne, le Président s'affiche dessus. J'arrive dans le parking, je gare ma voiture, j'ouvre ma portière, pose mon premier escarpin au sol puis mon second et sors de la voiture.
Je regarde l'extérieur du bâtiment, je glisse ma main dans la poche de ma robe, j'avance jusqu'au bâtiment, je pousse les portes, tout le monde tourne son regard vers moi. Je m'avance lentement dans l'allée, le bruit de mes talons claque au sol. Je m'avance jusqu'au Président qui se tient devant le pupitre. Il me scrute de haut en bas. Je suis hors thème, je sais. Mais la dernière demande de John était que je redevienne celle que j'étais.
"- Je suis heureux de te voir, Papillon. J'étais justement en train de faire le discours pour honorer notre cher ami."
Je glisse mon regard sur la photo de John.
"- Il détestait cette photo." je dis doucement. "Continue Président."
Je croise mes bras devant lui sans bouger de ma position, le Président range sa cravate, se racle la gorge et continue :
"- Maitre n'était pas qu'un agent pour moi... C'était un ami."
Je pouffe de rire ce qui le coupe dans son discours à deux balles, je place ma main devant mes lèvres. J'adresse un regard faussement coupable au Président puis lui fais signe de la main de continuer.
"- Je disais... Que ses nombreux services ne seront pas perdus en vain... Parce que nous n'oublierons jamais à quel point il était indispensable pour nous."
Il veut me faire croire que la mort de John le chagrine ? Il n'est pas venu pour voir le corps à la morgue et encore moins quand je l'ai prévenu que John était mort. Je n'arrête pas de me dire qu'il est derrière tout ça. Les applaudissements me font sortir de mes pensées. Il fait signe de se calmer de la main et se tourne pour quitter le micro...
"- Et sa fille n'a pas le droit de faire un discours ?"
Ma question le stoppe, il m'adresse un regard. Sans son autorisation, je monte jusqu’au micro, je le fais s'écarter et me place devant le micro. Je me tiens devant tout le monde qui chuchote entre eux.
"- Mon père... Était le meilleur des hommes, il avait des ennemis partout. Que ce soit loin... Ou proche." en prononçant ces mots je regarde le Président mais il ne sourcille pas.
Je serre le pupitre que je tiens de chaque côté.
"- Je ne laisserai pas sa mort impunie... Je trouverai celui qui a tué mon père... Et je lui ferai regretter."
Je me tourne face au Président qui a cessé de sourire devant mon discours.
"- Je compte sur vous Président, pour m'apporter votre soutien."
Le Président ne se cache même pas de me saisir violemment par le bras et me faire descendre du podium, il m'emmène à l'écart et me plaque contre un mur, sa main serre fortement mon bras presque comme s'il voulait le briser, son regard est noir, je ne baisse pas les yeux pour autant et ne lui montre aucune faiblesse.
"- Maintenant que John est mort... Qui sera celui que vous utiliserez pour le faire chanter ?
- Te faire chanter ?"
Il serre un peu plus mon bras.
"- Pourquoi j'ai l'impression que tu crois que je suis pourtant quelque chose ?"
Je retire mon bras du moins j'essaie de l'enlever de son emprise.
"- Vous deviez le protéger. Tout ce que j'avais contre sa vie... Et malheureusement il n'y a que moi qui étais fidèle à notre engagement."
Il lâche mon bras, qui était douloureux sous sa prise et qui l'est encore, je le tiens sentant encore sa main autour. Je soutiens son regard qui s'adoucit et le vois sourire.
"- Luna... Tu m'en veux pour ça ?"
C'est une vraie question ? Il veut que je sois de quelle façon au juste ? Il m'avait menacé de tuer John si je ne l'écoutais pas ce qui faisait qu'il avait une emprise sur moi. Tout ce qu'il avait à faire pendant que je remplissais ses missions était de faire tout ce qu'il pouvait pour assurer la survie de John.
John avait une immunité !
Et il n'a pas su le protéger.
Et il ose me demander si je lui en veux ?
"- Oui... Je vous en veux Président. Énormément."
Il ne cesse de sourire mais il n'y a aucune sincérité. Comment on a pu me prendre un homme qui m'aimait à la place de cet homme qui est capable de tout sauf de protéger ses tueurs à gage ?
Il ne nous mérite pas...
Il ne mérite pas cette entreprise...
Il ne mérite même pas sa richesse.
"- Je vais retrouver qui a tué John. Toi occupe-toi de tes prochaines missions.
- Vous osez me donner des ordres après ne pas avoir assuré ?" je lui demande, les sourcils froncés.
Son visage se ferme lentement, très lentement.
"- Qu'es-tu en train de dire ?
- Que je ne compte plus faire de mission dont je n'ai plus envie... Pas tant que je n'aurai pas trouvé qui a tué John.
- Lu...
- Notre accord ne tient plus. John est mort et que je vous obéisse ou non plus rien ne change."
Le Président ouvre la bouche et la referme aussitôt, il semble désavantagé sur toute la ligne. Je ne pense pas que le Président aurait tué John parce qu'il ne peut plus m'avoir dans le collimateur maintenant.
Il n'a plus de laisse à ma taille pour me manipuler.
Il range sa cravate cette fois sa main tremble autour, à croire que c'est un signe nerveux.
"- Comme tu veux." il répond finalement.
Cela me surprend un peu qu'il me laisse faire.
"- C'est ce que tu pensais que j'allais dire ?" il continue.
Donc c'était du bluff ? Il ne compte pas me laisser enquêter ?
"- Pardon ? Je vous rappelle que John a été vidé de son sang !
- Et moi je te rappelle que je suis ton patron !"
Je laisse tomber mes bras le long de mon corps, mes mains se ferment en poings. Il me pointe du doigt et commence à l'agiter devant moi.
"- Si je dis non... C'est non."
Je serre mes poings encore plus et me rapproche de lui.
"- C'est de John qu'on parle.
- Et je suis ton patron.
- Pas si je démissionne.
- Et où tu irais ? Hm ? Sans nous tu n'as personne Luna. Tu trouveras peut-être le tueur de John et après tu seras seule, une paria avec un contrat de mort sur ta tête."
Il glisse son doigt derrière mon oreille, je détourne ma tête pour éloigner sa main. Je serre mes poings, mes ongles s'enfoncent dans ma paume.
Pourquoi il ne veut pas que j'enquête ?
"- Je vais faire passer ton entêtement pour le deuil."
Le deuil ? Je lâche mes poings, puis m'écarte de lui.
"- Comme vous voulez" lui dis-je.
Je sors du coin où il m'a emmenée. Je ne compte pas abandonner mon enquête qu'il le veuille ou non, j'enquêterai pour la mort de John.
Je me rends au cimetière sur sa tombe. Je fixe sa tombe sans savoir vraiment ce que je veux lui dire. En fait je n'ai rien à dire. Tout ce qui se passe dans ma vie c'est de ma faute...
Et uniquement de ma faute...
Je ne trouverai personne qui m'aime autant que toi John.
Jamais.
Personne ne pourra me sauver comme tu l'as fait.
Me chérir comme tu l'as fait.
Je glisse ma main sur ma joue pour chasser les larmes qui y coulent.
C'est pour ça que je ne peux pas laisser cette personne vivre.
Mon téléphone vibre dans ma poche, je le sors, le numéro de Trevis s'affiche. Je l'éteins et replonge mon téléphone dans ma poche.
Je prends une grande inspiration et me tourne pour partir, je me stoppe en voyant un torse devant mes yeux, je lève lentement mon regard et croise ses pupilles noires qui se plongent dans les miennes.
"- Qu'est-ce que tu veux encore ?"
Je regarde Rayan qui se tient plus loin, sans lui, Caleb est incapable de reconnaître qui que ce soit. C'est presque triste. Il garde son regard rivé sur moi, ses mains dans ses poches.
"- Tu ne vas pas répondre ?
- Répondre... Quoi ?
- Tu me colles au basque comme si tout était pardonné. Je te demande pourquoi ?"
Il lève les yeux comme pour réfléchir.
"- On a besoin l'un de l'autre."
Sa réponse me laisse sans voix, elle me fait battre des cils de façon incontrôlée.
"- Moi ? j'ai besoin de toi ?
- De l'amour ou de l'obsession qu'importe."
Je me pointe du doigt.
"- Tu penses que je t'aime encore ? Ou que je suis obsédée par toi ?" je le questionne la voix presque tremblante.
Il m'attrape le poignet, puis ramène ma main devant ses lèvres.
"- J'étais sérieux quand je disais que tu pouvais faire ce que tu voulais de moi, mon Papillon."
Il est agaçant. Le pire... C'est qu'il est vraiment sincère.
"- Tout ce que je veux ?" je lui demande.
Il hoche la tête comme un être obéissant, je pose ma main sur son torse, saisis fortement sa veste et l'attire contre moi, mon mouvement le fait se baisser à ma hauteur, je dirige mes lèvres vers son oreille.
"- Ce que je veux... C'est que tu disparaisses de ma vue et que tu ne te pointes plus devant moi."
Je le repousse et lui donne un coup d'épaule en passant, je descends les quelques marches.
"- Cela va être difficile, mon Papillon.
- Je ne vois pas en quoi" je lui dis en continuant à marcher.
J'entends soudainement la voix de John, je me stoppe puis me retourne, Caleb tient son téléphone dans sa main le son fortement allumé. Je me précipite vers lui et lui arrache le téléphone des mains.
La vidéo de mon appartement, John se bat avec plein d'hommes, je ferme les yeux lorsqu'ils prennent l'avantage sur lui. Entendre les coups de lutte, j'ouvre les yeux au moment où il se fait trancher la gorge. Je laisse tomber le téléphone et m'en éloigne, mes yeux se remplissent de larmes, mon corps tremble alors que je m'accroche à la robe. Mes yeux ne quittent pas l'écran à moitié brisé du téléphone qui est au sol. Je relève les yeux sur Caleb qui s'approche de moi, sa main se pose sur l'arrière de ma tête pour me ramener contre son torse. Son bras autour de mon corps contre le sien, il me chuchote :
"- Ton Président est au courant de quelque chose..."
Je serre mon poing autour du tissu de ma robe, il me caresse doucement les cheveux.
"- Que tu le veuilles ou non, mon Papillon. Tu ne peux pas t'en sortir sans moi."