Je marche à quatre pattes jusqu'à mon père, je pose ma main sur son genou et l'autre sur sa main. Je me lève pour aller dans la cuisine, j'attrape un couteau et reviens vers lui, je me mets à genoux et commence à couper les liens, mes larmes m'empêchent de voir correctement, je les essuie chaque seconde avec le revers de ma main. Je le retire ensuite de la chaise pour l'allonger sur le sol. Je pose ses deux mains sur son ventre, je sors ensuite mon téléphone de ma poche avec les mains tremblantes.
Je contacte les secours et colle mon téléphone contre mon oreille. Je fixe John au sol, j'ai tellement mal que j'ai du mal à respirer.
"- Allô... Mon père est mort..."
Je crois que c'est les seuls mots que j'ai sortis, je ne crois même pas que j'ai dit autre chose et si je l'ai dit, je ne m'en rappelle pas.
Je suis installée dans une salle d'interrogatoire, mes vêtements, mes mains sont couverts du sang de John et cette fois... il ne reviendra pas. Je pose ma tête dans mes bras sur la table et je fonds en larmes. Je pleure tellement que ma gorge s'assèche, mon corps tremble de mes sanglots. Je suis brisée. La personne qui me maintenait en vie est morte.
On l'a tué.
Pour me faire du mal.
Pourquoi la vie est injuste avec moi ? Pourquoi ?
J'entends la porte s'ouvrir, je me redresse rapidement, j'essuie les larmes qui ont coulé sur ma joue, un homme entre avec un dossier qu'il pose grossièrement sur la table. Je regarde le dossier, et le suis du regard alors qu'il prend une chaise.
"- Luna Bell... C'est votre nom. N'est-ce pas ?" questionne le policier.
Je me contente de le regarder sans répondre, il soupire, ouvre le dossier et dispose les photos de John sur la table, je détourne rapidement mon regard.
"- Pourquoi vous me montrez ça ? je demande.
- Je veux juste comprendre ce qu'il s'est passé.
- On a tué mon père.
- Il n'est pas vraiment votre père."
Je m'adosse contre ma chaise, le regard absent, tout ce que je vois c'est un vide, je retire mes mains de la table pour les mettre dessous et commence à m'enfoncer les ongles dans la peau.
"- Depuis quand on doit avoir le même ADN pour être une famille ?"
Le policier sourit devant ma question.
"- Où étiez-vous entre...
- J'ai déjà répondu à ça je crois. J'ai dit à votre collègue que je n'étais pas chez moi. Quand je suis rentrée, il était là.
- C'est bizarre parce que nous avons regardé les caméras de surveillance et nous n'avons rien trouvé. Personne n'est rentré dans votre immeuble."
C'est impossible. Cette personne m'a appelée, c'est qu'il a dû rentrer mais la police ne fait jamais rien correctement. Je prends une grande inspiration et soupire.
"- L'heure de la mort ne coïncide pas avec mon arrivée chez moi.
- C'est moi le policier.
- Je veux mon avocat."
Le policier soupire en remarquant que je ne veux plus lui parler, je détourne mon regard sur la vitre qui montre le soleil qui s'est couché à l'extérieur. Le temps passe... À ce que je comprends... Le Président ne veut pas s'en mêler, après tout il n'a que faire des tueurs à gage qui se font arrêter. Je serre mes poings à m'enfoncer mes ongles dans la peau. La porte s'ouvre soudainement, je tourne les yeux sur Caleb qui entre dans la salle, une mallette à la main.
"- Laissez ma cliente et moi seuls."
Le policier ne proteste pas, il ferme la porte derrière lui. Caleb s'approche de la table, il pose sa mallette dessus.
"- Je ne me rappelle pas t'avoir comme avocat."
Il sourit, puis glisse ses mains dans ses poches.
"- Non mais tu veux rester ici ? Si c'est le cas je reprends ma mallette et je rentre.
- Je ne veux pas de ton aide. Ce sera un moyen de marcher avec moi.
- Donc tu comptes laisser Ernest s'en sortir ?"
Ernest ? Ce n'était pas la voix d'Ernest au téléphone. Je ne suis pas assez bête pour ne pas deviner les voix.
"- Mon Papillon...
- Ma raison de vivre est morte...
- Donc tu te moques de qui l'a tué ?"
Je souris sans une once de joie, ça doit être un sourire agacé ou... un sourire qui montre à quel point je suis fatiguée de cette vie.
"- Qui me dit que ce n'est pas toi.
- Pourquoi j'aurais fait ça ?
- Tu as déjà poignardé John... pour me manipuler."
Il sourit en hochant la tête lentement, son regard se déplace dans la salle.
"- Cette fois-là... si tu avais posé les bonnes questions je doute que je t'aurais menti.
- Quoi ?
- Je t'ai manipulée parce que tu as décidé de jouer à l'aveugle. Sérieusement Luna, si tu avais réfléchi et posé les bonnes questions... je ne t'aurais pas manipulée."
Il me met ça sur le dos maintenant.
"- Donc c'est de ma faute ?
- Oui." il répond sans aucune hésitation.
Je me lève de mon siège brusquement et offensée.
"- Pardon ?"
Il pose ses mains sur la table entre nous et se penche dans ma direction, nos pupilles se scrutent une à une.
"- Je ne te demande pas de dépendre de moi tout le temps. Juste ce soir."
Il est sérieux ? Dépendre de lui ? Dépendre de lui est un poison qui est mortel.
"- Si tu veux dormir ici, je ne te retiendrai pas."
Il me demande de choisir entre rester en enfer et suivre le diable lui-même, aucune des propositions n'est tentante. Je serre les dents, je baisse les yeux sur la table.
"- Même si je sors... je n'ai pas d'endroit où je souhaite aller."
Pour l'instant je ne souhaite voir personne, si je vais à l'Agence tout le monde va me regarder comme si je suis la raison de la mort de John et de ce qui s’est passé... Si je vais chez Trevis, il me prendra par pitié et rien que ça me donnera envie de mourir. Je lève mon regard sur lui, son regard est perçant, il ne montre aucun clignement des yeux. C'est la seule personne dont je n'arrive pas à décrypter le regard.
"- Tu dis que c'est Ernest qui est derrière tout ça.
- C'est exact." il affirme.
"- Pourquoi il s'en prend à moi ? Pourquoi c'est John qui devait mourir ?
- Exactement pour la même raison que Veronica est sur un lit d'hôpital."
Je me laisse tomber sur ma chaise, je regarde mes mains remplies de sang sec. Je revois la vision de John sur cette chaise devant mon entrée. Je suis tellement en colère qu'on ait pris sa vie à la place de la mienne. Mais quelque chose m'intrigue, pourquoi John était chez moi ? Pourquoi il s'est rendu là-bas ? Il n'avait aucune raison.
"- Luna."
Je relève les yeux sur lui.
"- Alors ? Je te sors de là. Oui ou non ?"
Je ne dois pas mourir avant d'avoir vengé John. Si c'était moi à sa place, il aurait tout fait pour trouver qui serait à l'origine de tout ça. Si c'est Ernest qui a fait tuer John alors quelqu'un l'a aidé à appâter John. Parce qu'il ne serait pas allé chez moi sans aucune raison.
"- Sors-moi de là."
Un sourire apparaît sur son visage, Caleb se dirige vers la porte, il toque à la porte pour attirer l'attention des policiers, la porte s'ouvre quelques secondes après, le policier qui m'avait interrogée se présente devant nous.
"- Alors ? Elle est prête à répondre ?
- Non. Parce qu'elle n'a rien à répondre. Ma cliente ici présente n'est coupable en rien. Vous n'avez aucune preuve et donc vous la retenez pour rien.
- Oui mais...
- Vous avez quelque chose qui la relie au meurtre parce que d'après toutes les personnes de l'immeuble, ma cliente ne dort presque jamais chez elle et comme par hasard, quand elle rentre il y a un mort ? Son père ?"
Le policier me regarde à nouveau, un autre apparaît pour lui chuchoter quelque chose à l'oreille. Le policier lâche un long soupir avant de faire signe à l'autre de partir. Il se tourne face à nous.
"- Vous pouvez vous en aller Mademoiselle Bell."
Je me lève de mon siège, Caleb reste à l'intérieur pour signer des documents, je sors dehors et tapote mes poches, je fouille dedans pour en sortir la fameuse sucette au miel signature spéciale de John. Je lève mon regard sur le ciel sombre de la nuit.
"- Je te ramène quelque part ?"
Caleb vient se placer à côté de moi.
"- Non. Je rentre.
- Sur un lieu de crime ? Je doute que tu puisses.
- J'ai quelque chose à récupérer."
Je descends doucement les marches d'escaliers. Plusieurs voitures viennent se garer devant le commissariat, cinq précisément. Rayan sort de la troisième voiture, fait le tour et ouvre la portière. Tous les hommes sortent des voitures, se mettant tous au garde-à-vous, les mains derrière le dos.
"- Tu es sûre que tu ne veux pas te faire accompagner ?"
Je me tourne face à Caleb qui s'approche de moi, il tend sa mallette, un des hommes s'approche pour lui prendre la mallette des mains, je le regarde faire et reste debout devant Caleb. Son regard glisse sur mon visage.
"- Je ne souhaite pas me pavaner à côté de toi. Ne pense pas que le fait que je te demande de me sortir de là me prenne pour acquis."
Il sourit.
"- Tu es rancunière.
- Merci de m'avoir sortie de là mais non merci pour ton aide. Je suis Papillon et ce n'est pas pour rien."
Je croise mes bras sous ma poitrine.
"- La seule personne qui me faisait être humaine est morte... Je ne vais pas m'attarder à jouer avec le type qui m'a brisée il y a deux ans.
- Je ne te demande pas un contrat mais un partenariat. Sans moi...
- Je me débrouillerai." je le coupe.
Je regarde ses hommes qui sont debout en rangée devant nous.
"- Si tu veux un autre jouet."
Je pointe la femme au centre.
"- Elle fera l'affaire... Parce que je ne te pardonnerai jamais, pas même si tu te mets à genoux... Quoi que..."
Je croise à nouveau mes bras.
"- Tu devrais essayer pour voir."
Les hommes sont choqués de ma demande, Caleb lui ne montre aucune émotion, chaque personne nous regarde comme si j'étais folle de demander à cet homme de se mettre à genoux. Le pire c'est que je suis là à attendre, à jauger son regard comme si je m'attendais à ce qu'il le fasse. Je décroise mes bras, je me retourne et me fais arrêter en sentant une main autour de mon bras.
"- Je devrais essayer oui."
Qu'est-ce qu'il... Il se baisse lentement jusqu'à ce que son genou se pose au sol, sa main glisse le long de mon bras jusqu'à saisir ma main. Mes yeux doublent de volume de surprise. Ses hommes commencent à chuchoter entre eux, même Rayan est sous le choc. Je repose les yeux sur Caleb qui ne cesse de me regarder, la tête levée vers moi.
"- Si tu ne veux pas un partenariat... Alors utilise-moi à ta guise."