14.
L’origine du tonnerre et des éclairsLorsque Jésus était encore un petit garçon, il montrait une force et une intelligence singulières dans toutes les circonstances, ceci malgré une constitution frêle et fragile. Qui plus est, pas paresseux pour un sou, il faisait preuve d’un beau courage à gagner honnêtement son pain.
La première fois qu’il dut se mettre au service de quelqu’un, il se rendit chez un forgeron à qui il demanda d’être pris comme apprenti. Le forgeron, une armoire à glace, se mit à sourire en voyant ce petit gars frêle.
— Je n’ai jamais vu un gamin aussi fluet que toi, lui dit l’homme.
— C’est bien possible, répondit Notre-Seigneur Jésus, et il est bien certain qu’il y en a de plus costauds que moi. Mais les apparences sont parfois trompeuses, et l’habit ne fait pas le moine. Vous n’êtes pas obligé de me croire, mais pour ce qui est du travail, je sais me défendre. De plus, vous n’avez pas à me donner un salaire élevé : je veux simplement vous servir pendant un an en échange du couvert et dans la mesure où, à l’issue de cette période, vous me laisserez fabriquer un petit marteau et quatre petites boules, suffisamment légers pour que je puisse les emporter.
« Je n’ai pas grand-chose à perdre en concluant un tel accord », pensa le forgeron et, tendant la main à Jésus, il dit :
— C’est bon, tu es l’homme qu’il me faut !
Et Jésus entra à son service, travaillant avec l’application du meilleur des apprentis, et apprenant à son patron mille choses qu’il ne savait pas. Mais quand l’année fut écoulée et que Jésus, conformément à l’accord passé, forgea son marteau et ses quatre petites boules, il les fit d’une taille si colossale et employa une telle quantité de fer, qu’il vida entièrement la forge ! Il ne laissa pas traîner une seule tige de métal d’une taille supérieure à celle d’une tête d’épingle. Lorsque son patron vit la chose, il entra dans une humeur massacrante.
— Qu’est-ce que c’est que ce travail !… Hors de ma vue ! rugit-il. Et Notre-Seigneur Jésus, qui ne se le fit pas répéter deux fois, s’en alla de bonne humeur, portant son marteau et ses quatre boules de fer comme s’ils avaient été en papier mâché.
Son deuxième voyage l’amena chez un charron à qui il proposa ses services.
— Un petit maigrichon comme toi ! se moqua à son tour cet homme. Tu ferais mieux de rentrer chez toi et de retourner sur les genoux de ta mère.
— Ne riez pas si vite, je vous prie ! répliqua Jésus. C’est vrai qu’à première vue je n’ai pas l’air costaud, mais vous devez savoir que j’apprends vite et bien. Je mettrai beaucoup d’application à faire mon travail ! En bref, vous n’aurez pas à vous plaindre de moi. En plus de cela, je ne demande pas de salaire. Je veux être à votre service pendant un an uniquement en échange du couvert et dans la mesure où vous m’autoriserez, une fois l’année écoulée, à fabriquer une charrette suffisamment petite pour que je puisse la tirer moi-même.
Le patron adressa un clin d’œil à ses apprentis, comme pour leur dire : celui-là ne me coûtera pas cher — et il le prit à son service. Toutefois, Jésus montra une telle ardeur à la tâche, rabotant et travaillant le bois sans se lasser, que tous en restèrent pantois. Alors que l’année tirait à sa fin, il se fabriqua une charrette. Attention les yeux ! Pour ce faire, l’apprenti utilisa tout le bois qu’il put trouver dans l’atelier, n’épargnant ni le moindre copeau ni le plus petit frison.
— Toi, on te donne ça et tu prends ça ! s’emporta le charron. Disparais d’ici avant que je ne commette l’irréparable !
Notre-Seigneur Jésus s’empressa de prendre ses cliques et ses claques, balança ses boules et son marteau sur la charrette et prit la direction d’un autre village. Cette fois, il frappa à la porte d’un éleveur de chevaux. Celui-ci possédait trente chevaux à l’état plus ou moins sauvage, que personne n’était parvenu jusque-là à dresser. L’homme promettait de donner quatre de ces chevaux à la personne qui parviendrait à passer le harnais aux trente et à les faire tous marcher au pas.
— Voilà une tâche qui me convient à merveille ! se dit Jésus et il accepta la gageure.
Et voyez ce qu’il advint. D’un signe de la main, il transforma ces trente bêtes sauvages en trente doux agneaux. On lui remit donc les quatre chevaux promis. Il les attela à sa voiture et s’éleva dans les airs comme l’éclair, traversant les nuages et gagnant le ciel…
Et quand, de là-haut, Notre-Seigneur Jésus donne un coup de marteau, il fait des éclairs. Et quand il parcourt le ciel avec sa voiture, les quatre chevaux et les quatre boules de fer, le tonnerre retentit sur la terre entière.