19.
La neige et le ventQuand il eut tout créé, le bon Dieu coloria les hommes, les animaux et les choses. Il n’y eut que la neige et le vent auxquels il ne put donner de couleur, car ces deux-là ne s’étaient pas présentés à l’heure convenue.
— Vous n’avez qu’à demander une couleur aux créatures et aux choses qui en ont déjà reçue une. Je ne m’occupe plus de vous, leur dit le Seigneur.
Voilà donc la neige qui va voir le coquelicot pour lui demander sa couleur rouge.
— Sûrement pas, lui dit le coquelicot.
Elle s’en va alors voir le bleuet pour lui demander sa couleur bleue.
— Sûrement pas, lui dit le bleuet.
Et elle s’en va voir le tournesol.
— Donne-moi ta couleur jaune.
— Sûrement pas, lui dit le tournesol.
Et elle fit de la sorte le tour de toutes les fleurs. Partout, on l’envoya promener. Finalement, à bout de ressources, elle rencontre le perce-neige.
— Puis-je obtenir ta couleur blanche ? lui demande-t-elle.
— Pourquoi pas, si ma couleur te plaît. J’aime tous ceux qui ont les mêmes goûts que moi.
C’est ainsi que la neige obtint une couleur. Depuis lors, quand elle tombe, elle recouvre la terre d’une couche blanche. Elle est toutefois l’ennemie de toutes les fleurs, car celles-ci lui ont refusé leur couleur. Il n’y a qu’au perce-neige qu’elle ne fera jamais de mal. Quant au vent, qui, lui aussi, s’était mis en quête d’une couleur, il ne reçut nulle part un accueil bienveillant. Il en conçut de la malignité, déclarant :
— Puisque vous m’avez tous et toutes refusé votre couleur, j’errerai sur la terre sans me montrer. En contrepartie, vous sentirez à vos dépens que j’existe bien.