CHAPITRE NEUVIÈME

1911 Words
31 août 2022 Le Bronx NY — Baker AVE 19 h 36 Appartement des colocataires Hailey Quand Noah a quitté mon domicile je suis restée avec une multitude de questions en tête. J’ai envie de faire canoter cet homme pour lui faire comprendre qu’Hailey Williams n’est pas une femme facile. Ce qu’il s’est passé le soir de notre rapprochement n’était qu’un moment d’égarement. Bien évidemment, si j’avais su que c’était Noah Barrington jamais je n’aurais succombé. J’ai déjà entendu parler de cet homme mais je ne regarde jamais l’actualité. La télévision est en option dans mon quotidien et dès que je m’octroie un moment paisible, c’est pour lire un bon roman. Je suis d’ailleurs allongée sur mon canapé à lire un grand classique en écoutant du Beethoven complété d’une tisane et des petits biscuits. La porte d’entrée claque et m’annonce le retour de Sarah. Celle-ci lance un soupir de soulagement quand elle retire les talons de dix centimètres. Elle avance vers moi en retirant son haut afin d’enlever son soutien-gorge. Je ne relève pas la tête je sais qu’elle se trouve devant moi, la poitrine à l’air. Heureusement que je ne suis pas lesbienne et qu’elle est ma meilleure amie sinon, je lui sauterai dessus. C’est une femme avec un charme envoutant. — Williams qui profite de sa meilleure vie avec une musique de vieux et un bouquin, me fit-elle remarquer avec un ton ironique. Je relève légèrement les yeux pour la fixer. Elle remet son débardeur afin de se trouver plus présentable et balance son soutien-gorge sur la table basse. — Ceci n’est pas une musique de vieux mais un grand classique qui m’aide à profiter de ce moment. Tu devrais faire pareil, ça t’évitera de regarder des âneries à la télévision. Celle-ci s’assoit sur le canapé en ayant attrapé mes jambes au préalable pour les poser sur les siennes. Elle me caresse la cuisse en guise d’affection. Elle baie. — Tu lis quoi cette fois-ci ? me demande-t-elle, curieuse en penchant la tête pour s’intéresser au roman que je détiens entre mes mains. Je me relève légèrement en pinçant les joues interne. Puis la regarde de travers en glissant une main sur ma chevelure libérée. — Je suis en pleine lecture d’orgueil et préjugés de Jane Austen, un grand classique, lui annoncé-je de façon très neutre. — Tu veux cet homme, me fit-elle comme une bombe. Je referme le livre de manière subite en un claquement. Je souffle d’exaspération. Puis la regarde dans les yeux. Sarah, médusée que je ne réagisse pas comme à mon habitude, me regarde de façon interrogatrice en attendant ce que je vais lui annoncer. — Je ne lis pas ce livre pour me mettre à la place de Noah, je lis ce livre parce qu’il fait partie de mes favoris. Oui effectivement je me pose des questions le concernant mais il est impossible pour moi de me mettre dans sa tête. Il est marié mais aime-t-il sa femme, je ne connais guère. Pourquoi s’est-il marié si jeune ? Seul lui a ces réponses. Pourquoi est-il intéressé par moi ? C’est également lui seul qui a les réponses et si j’ai envie d’aller au Japon ? Bien évidemment que j’ai envie d’y aller ! Qui ne voudrait pas y aller surtout quand on habite dans un taudis pareil ? lui lancé-je sans retenu. Sarah me fixant dans les yeux compris où je voulais en venir et s’arrêta de me taquiner. — Fais ce qui est bon pour toi ma chérie, tu es la seule à avoir les cartes en main. Tu es là seule à savoir ce qui est bon pour toi. Je t’ai sorti de cette misère avec Colin, malgré tout, tu ne dois rien à personne. Tu souhaites aller au Japon, vas-y. Ne pense pas à ce bourge, fais ça pour toi. Pour ton bien. Je serais toujours là pour toi, même à l’autre bout du monde. Je pose le livre sur la table basse et vient me blottir contre Sarah les larmes aux yeux. Elle me caresse le dessus de la tête en m’embrassant sur le front. Sarah est la seule à me canaliser dans mes moments de doute et de destruction intérieur. Elle est là seule à connaitre mon passé sombre et c’est la seule en qui je donnerai corps et âme ma vie et ma confiance. C’est mon pilier dans cette douloureuse vie. Après cet échange, nous avons fini la cuisine mexicaine que Noah m’avait rapportée. Il y en avait assez pour nourrir un étage. Le lendemain, j’ai réussi à me lever pour effectuer mon service. Normalement, je devrais rester allongé pour que la guérison se fasse plus rapidement mais il est hors de question que je donne ce plaisir à Noah de payer mes jours d’absence. Je ne suis pas une femme avide de luxure et de richesse. Mon passé a renforcé mon caractère et aucun homme ne pourra plus me faire du mal. Ce premier septembre est une journée toute à fait normale au Bronx, je sers de table en table sans me soucier de ma cheville, je risque sans doute de le regretter en fin de journée. Certains diront que je suis inconsciente, moi je leur répondrai que je suis libre de moi-même. Cette fin de journée et très calme, quelques habitués respectueux consomment leur boisson en toute tranquillité. Je nettoie les derniers verres ramassés afin de les ranger. Je m’apprête à remettre de l’ordre en salle. En me saisissant de la lavette et du produit, j’entends la sonnerie de la porte qui m’annonce un nouveau client. Tourné dos face à cette porte je souffle et me retourne pour aller servir ce client. J’ai la désagréable surprise de retrouver Noah assis à son emplacement favoris, un journal en main. Je gonfle mon torse d’exaspération et me saisis de cette carafe remplie de café amer afin de lui servir. Me retrouvant devant lui en dandinant de la jambe et essayant de rester professionnelle je m’adresse à lui. — Bonjour Monsieur Barrington désirez-vous un café, lui demandé-je l’air pincé. Il décale son journal et me fixe dans les yeux. Son sourire charmeur au bord des lèvres comme à son habitude. — Bonjour Mademoiselle Williams. Avec plaisir ainsi qu’un verre d’eau s’il vous plait, me répond-il. Servant son café je m’efforce de ne rien renverser tellement je suis nerveuse. Je lui pose la tasse devant lui. Puis je tourne les talons pour lui servir son verre d’eau. La prochaine fois je préparais ce maudit verre afin d’éviter cette perte de temps. Cet homme est déterminé à me pousser dans mes derniers retranchements pour que je succombe, il sera de nouveau présent demain. Le verre en question en main, je retourne à sa table et lui poser dessus. — Je vous remercie, me fit-il tout en continuant de lire son journal. Puis il soupire et le pose sur la table. Me fixant de ses yeux accusateurs tout en faisant valser ses iris de mon visage à ma cheville. Il s’interrompt puis lance un grand soupire. — Je ne suis pas étonné de vous retrouver ici malgré les avertissements du médecin. Je tiens à vous dire que je souhaite que vous soyez en pleine forme pour ce voyage. Évitez de trop en faire. Il pose ses deux coudes sur la table pour se tenir de l’aide de ses deux points fermés. Ce fameux sourire Colgate aguicheur que j’ai envie de mettre ma main pour lui claquer le visage tellement il m’énerve. — Monsieur Barrington, je ne souhaite pas être impoli mais sachez que je suis assez grande pour prendre mes propres décisions. Je remercie votre médecin, ma cheville va beaucoup mieux depuis qu’il est venu hier grâce à vous. Ainsi, pour finir, je ne vous ai encore rien confirmé concernant ma présence ou non pendant votre voyage. Sachez que de vous accompagner au Japon est une excellente opportunité. N’importe qu’elle personne souhaite visiter ce pays et j’en suis la première. Les circonstances font que je doute de pouvoir venir, lui dis-je en balançant la cheville pour lui faire comprendre qu’elle peut être un obstacle. Noah ne pipa pas un seul mot et se met à exploser de rire. J’ai devant moi un homme déterminé à obtenir ce qu’il veut et il a devant lui une femme qui refuse lui accorder ce qu’il souhaite. Comment cette situation va-t-elle finir ? — Nous verrons bien lequel d’entre nous va capituler en premier, très chère Hailey, lança-t-il sans vergogne. Puis il claque ses deux mains en signe d’amusement. Je reste stoïque devant son agissement sans comprendre ce qu’il va se passer par la suite. Victor se trouve derrière moi et je me retourne face à lui. — Monsieur Jones, dit-il à mon patron en souriant. — Monsieur Barrington enchanté de vous retrouver. — Le plaisir est pour moi d’autant plus que je souhaite vous libérer de votre employée handicapée par une entorse en faisant appel à l’une des miennes. Il est prévu qu’elle commence demain. Mademoiselle Williams doit se reposer et soigner sa blessure avant de travailler pour moi. Rouge de rage je me retourne face à Noah en me demandant ce qu’il fait. Victor réplique l’air gêné. — J’avais proposé à Mademoiselle Williams de rentrer chez elle ce matin en découvrant son état mais celle-ci a refusé. Vous avez raison Monsieur Barrington. Je souhaite vous exprimer toute ma gratitude. Furieuse, je me retourne de nouveau face à Victor en balbutiant. Celui-ci me regarde d’un air suppliant de fermer la bouche. « Espèce de menteur » Je suis dans une pièce de théâtre ? Noah se relève et salut mon cher patron manipulateur en le remerciant puis s’adresse à moi. — Reposez-vous bien, mademoiselle Williams, vous allez en avoir besoin. Ce voyage ne sera pas des vacances. Rien ne sort de ma bouche je suis totalement choquée par ce qu’il vient de se passer. En effet, je gagne une semaine de repos tout frais payée mais je suis en colère au fond de moi de ne pouvoir rien exprimer. Il m’a eu et je suis verte. Espèce de fourbe. À la fin de mon service, j'ai vidé mon casier pour libérer la place pour cette employée temporaire. Marchand difficilement et balancent mon sac comme à son habitude je continue à réfléchir à cette situation. Je profiterai bientôt de cette semaine pour avancer dans mes lectures et me reposer, il restera une semaine avant le voyage au Japon. Je refuse d’attribuer à Noah une réponse dans l’immédiat. Une sensation de présence vient à ma gauche et je n’ai pas tort quand je tourne la tête. Noah se tient dans sa voiture, fenêtre baissée et tête ressortie. Je retourne la tête en sa direction et lui lance. — Je présume que tu ne lâcheras jamais l’affaire Noah ? lui dis-je tout en balançant mon sac avec plus d’ardeur. Noah pouffe de rire. — Bien évidemment que non, j’ai besoin d’une assistante et tu es la candidate parfaite. Je m’arrête, la voiture fait de même. Me retrouvant face à Noah, je lui balance. — Ce n’est pas en me suivant comme un harceleur que tu obtiendras les choses, sache-le. J’ai eu pire de grande renommée que toi. Tu ne connais, ni ma vie ni mon passé. Cesse de m’importuner, ma décision me revient et tu ne seras pas le responsable. Il me regarde totalement décontenancé, ne sachant rien dire davantage. Je reprends le chemin pour retrouver mon appartement. 
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