30 août 2022
Le Bronx NY — Baker AVE
00 h 46
Hailey
Un fond sonore de musique latine se déversa dans cette cuisine où cette jeune femme préparait le dîner du soir. Elle était enfermée dans cet appartement depuis plus de trois mois sans aucune issue de secours. Elle avait osé annoncer à son compagnon qu’elle souhaitait le quitter. Fou de rage il l’avait battu et enfermée comme un pauvre petit rongeur dans sa cage. Malgré les plaintes qu’elle avait tenté de diffuser à plusieurs reprises au début de sa captivité, aucun voisin n’avait pris la peine de la délivrer. Ils avaient tous peur de lui. « C’est totalement absurde » cette phrase, elle se l’est dite un nombre incalculable de fois. Elle s’était donc résignée à sa misère. Il avait au préalable informé son amie, Sarah en lui envoyant un message avec son téléphone, qu’elle souhaitait voyager avec Colin. Il avait ensuite explosé son cellulaire contre un mur. Elle priait chaque jour pour que Sarah la retrouve. Qu’elle comprenne qu’elle était en danger. Mais rien ne se faisait. Elle n’avait aucun moyen de communication. Aucune télévision. Elle passait sa journée à pleurer en écoutant cette mélodie. Puis avant l’heure de son retour, elle lui préparait son dîner.
Le bruit du cliquetis de la porte se fait entendre puis elle s’ouvre devant cet homme. Son pire cauchemar. Il se tenait devant elle. Un bras maintenant de chaque côté du renfoncement de cette porte qu’elle aimerait franchir pour fuir et ne jamais revenir. Il avait bu. Comme au quotidien. Il sentait l’alcool. Ses vêtements étaient sales. Sa barbe n’avait pas été rasée depuis un mois. Ses cheveux bruns lui tombaient à l’avant. Il scruta la jeune femme d’un regard noir. Il avait envie de la frapper. Elle déglutit et lui fait un beau sourire. Ce sourire était hypocrite mais si elle souhaitait retarder sa sentence, elle devait faire bonne figure. Boiteux, il avança vers elle. Quand il arrive devant son petit corps frêle, il plaque la main poisseuse sur sa fesse droite. Elle a un mouvement de surprise. Elle détestait ces mains qui l’avaient tant de fois maltraitée. Malgré tout, elle tente de faire bonne figure.
— Le dîner est prêt, mon chéri, fit Hailey timidement.
— Je n’ai pas envie de bouffer ta merde, j’ai plutôt envie de fourrer ma queue dans ton trou, lui cracha-t-il en pleine face avant de lui roter en plein visage.
Les refoulements d’alcool atterrirent dans les narines d’Hailey Williams. Elle a à ce moment précis une envie de vomir.
— Tu sais très bien, Colin que je refuse de faire l’amour avec toi quand tu es dans cet état pitoyable.
Elle savait très bien qu’elle allait regretter ces paroles mais pour elle, il était impossible de refaire l’amour avec cet homme. Ils avaient vécu des bons moments jusqu’à ce qu’il perde son travail. À partir de là, il était devenu v*****t et elle était devenu une femme battue. Mais il n’était pas un violeur. Alors fou de rage, il se saisit du poignet de la jeune femme, la conduit dans la chambre et la frappa pendant des heures.
Quand il eut terminé, il l’attacha au lit et alla dans la salle de bain allumer le fer à boucler. Il revient dans la chambre. Les yeux horrifiés d’Hailey lui martelassent les iris.
Il se jeta sur la jeune femme qui hurlait et lui posa le fer à boucler sur le haut de sa cuisse interne, pas loin de sa vulve. Elle hurla de douleur en pleure.
— Hailey, Hailey, réveille-toi ma chérie, hurla Sarah en la secouant dans tous les sens.
J’ouvris les yeux en pleurs en fixant Sarah décomposée devant moi. Il m’arrivait de refaire ce cauchemar parfois. Un passé sombre que j’aimerais pouvoir bannir mais qui a tendance à me poursuivre.
— Tu as encore rêvé de lui, ai-je juste ? me demande Sarah pleine de compassion.
Avant de lui répondre, je devais reprendre mes esprits. Mon soufflement saccadé était la preuve de mon traumatisme. Quand j’ai enfin repris mes esprits je lui réponds.
— Il était là, encore pire que d’habitude. J’ai revu l’intégralité de quand il m’a brulé l’entre-jambe.
Sarah ne dit rien, elle connait l’histoire. Elle avait passé trois mois à ma recherche. Elle n’avait jamais cru en ce message. Elle m’a sauvé le lendemain. Mon calvaire était enfin terminé et pourtant j’ai l’impression de continuer de le vivre de jour en jour. Et cette cicatrice que j’ai à l’entrejambe ne fait que de me rappeler ce moment abject.
_ Viens avec moi, tu as besoin d’un bon chocolat chaud et comme je suis excentrique, une bonne glace pour faire vriller ton petit estomac, me fait-elle en battant des cils.
Je pouffe de rire, elle a toujours la solution quand je suis dans ce sale état.
Après notre petit moment complice en nous racontant notre journée et ce que Noah avait fait, elle claque des mains et me regarde droit dans les yeux.
— Tu vas aller au Japon Hailey ! Je ne te laisse pas le choix. C’est la chance de ta vie. Une expérience unique.
— J’ignore Sarah, j’ai peur qu’il me manipule. Ce qu’il m’a dit à la fin m’a refroidi. S’il pense qu’il va obtenir ce qu’il veut me concernant, il se met le doigt dans l’œil ce bourge à la noix !
— Une raison de plus pour te faire désirer chérie ! Fais-le courir la queue entre les jambes. Il faut les faire marcher ces hommes-là. Tu as tous les atouts.
— Tu parles, je suis une catastrophe ambulante. Je serais capable de capoter une réunion et je ne suis pas une assistante mais une serveuse.
— Tu ne sais pas le pouvoir que tu as. Colin t’a tellement détruite que tu as perdu confiance en toi. Il t’a juste permis de renforcer ton sale caractère, me fit-elle en posant sa tête sur sa main maintenue par le coude sur la table.
— J’ai toujours eu un sale caractère, je n’aime pas la bêtise !, lui dis-je, en faisant la moue.
Elle me regarde d’un air rempli d’amour amical. De sa main elle me caressa la joue. Si elle n’était pas dans ma vie, j’aurais fini six pieds sous terre. Je ne la remercierai jamais assez. Elle a laissé tomber sa carrière et sa famille pour fuir avec moi.
Après ce petit moment entre amies, nous décidons d’aller nous coucher. Pour continuer dans sa lancée de bonne âme, elle m’a proposé de dormir avec elle. J’ai donc réussi à me rendormir suffisamment pour mon service.
J’ai passé la journée à courir de table en table. Et cette situation me fait de plus en plus réfléchir à la proposition de Noah. Cependant, je refuse de baisser les armes dans l’immédiat. Non ! Il va attendre. J’ai le contrôle et non lui. Son argent je m’en fiche. Sa belle gueule pareille. Mais aller au Japon et éviter de venir servir les boissons de ces alcooliques notoires, pourquoi pas. Enfin non, c’est magique et tellement irréel. N’importe qui rêve d’aller dans ce pays.
Mais je vais le faire languir. Il va comprendre qu’Hailey Williams n’est pas une femme facile.
Je dépose mon tablier dans mon vestiaire, salue Victor et quitte mon travail. Sur le chemin, je continue à me poser des questions dans quoi je me suis embarquée depuis que j’ai rencontré cet homme ? Nous disons que le destin fait bien les choses et pourtant je trouve qu’il me tourmente. Il a mis dans mon chemin un homme marié.
« Tu aimes me tourmenter petit espiègle » lancé-je dans ma tête à ce petit ange gardien au-dessus de moi.
« Tu souhaites que je sois heureuse, alors lance-moi un signe », non je ne suis pas folle. J’ai juste envie d’être heureuse. De pouvoir trouver l’amour et être respectée à ma juste valeur. Trouver cet homme qui réussira à me redonner confiance. Qui arrivera à panser mes blessures. Aucune femme ne mérite d’être battue. Depuis des siècles, la femme est malmenée, répudiée, humiliée. Ces choses doivent cesser. Nous sommes des êtres humains comme ces hommes ! Leurs devoirs, c’est de nous protéger et de nous respecter. Le paradis est sous les pieds de nos mères, ils devraient avoir honte de se comporter ainsi. Je ne mets pas tous les hommes dans la même case fort heureusement. Des hommes aimants et respectueux, il y en a bien plus que nous le pensons.
Je suis sortie de mes pensées quand je ressens une présence familière. Faisant basculer mon sac à main d’avant en arrière je tourne la tête à ma gauche. J’aperçois Noah, la tête à moitié sortie de la fenêtre de sa limousine, le sourire aux lèvres.
Je lève les yeux en soufflant mais ne m’arrête pas pour autant. Le véhicule avance aussi doucement que moi.
— Mademoiselle Williams, avez-vous réfléchi à ma proposition ?, me fit-il, amusé de cette situation.
— Monsieur Barrington, je finirai bientôt par penser que vous êtes un stalker.
— Vous me voyez comme ce genre d’individu, Hailey ?, me fit-il étonné.
— Vous me suivez, vous vous renseignez sur moi. J’ai lu votre contrat et je suis étonnée que vous connaissiez mieux que moi ma fiche complète de mon état civil.
Je m’arrête. La limousine fait pareil. Je le fixe dans les yeux.
— Inutile de me suivre, je, vous ferez savoir en temps voulu de ma décision. Maintenant, allez retrouver votre femme.
Puis je reprends ma route.
Rien ne l’arrête, la voiture continue de me suivre. Je commence à perdre patience et j’accélère le pas. C’est sans compter sur ma malchance que je me prends le pied droit dans un trou en me tordant la cheville et je tombe. Un hurlement sort de ma gorge. La voiture s’arrête et la portière s’ouvre.
Noah se retrouve face à moi, une expression remplie de compassion sur son visage. Je déteste la pitié mais à ce moment-là je le trouve très charmant. Élégant dans son costume. Sa coiffure toujours intacte fixée avec de la cire. Les prunelles de ses yeux viennent transpercer mon âme.
— Tu vas bien ? me demande-t-il en attrapant ma cheville.
Sa question est sincère, il s’inquiète réellement. Je constate, au même moment que lui, que mon genou est égratigné.
Je replace ma robe afin de cacher ma pudeur. Je n’apprécie pas la pitié.
— Ça va aller, laisse-moi maintenant.
Je me relève difficilement. Noah en parfait gentleman tente de m’aider mais je le repousse.
— Bonne soirée Monsieur Barrington, lui dis-je en remettant de l’ordre sur ma robe et mes cheveux.
Je reprends le chemin en direction de mon domicile en boitant comme jamais. J’ai mal et je crains d’avoir une entorse. Cependant, je n’ai pas l’argent pour aller aux urgences et il est hors de question de demander un service à cet homme. Je n’ai pas le choix que de serrer les dents.
Noah continu à me regarder partir en se posant très certainement une multitude de questions.
Cher Noah Barrington, parfois dans la vie, certaines choses sont difficiles à obtenir et d’autres, nous ne les acquérons jamais.