19 août 2022
Manhattan, NY — 20 W34 St — Empire State Building
89ᵉ étage
15 h 46
Noah
Positionné devant la maquette d’un projet d’un nouveau gratte-ciel, un verre en cristal contenant un Karuizawa quarante-deux ans d’âge. Un whisky rare venant du Japon. Je contemple l’architecture que ma puissante famille est sur le point de faire construire. Je suis issu de la famille Barrington. Je suis exactement Noah Barrington, second du nom, trente-huit ans, époux de Samantha Sheffield depuis quinze ans. J’ai récupéré l’entreprise de mon paternel à la suite de mon mariage. Épouser la fille du grand Sheffield, détenteur de l’entreprise de jet privé du gouvernement américain était pour mon cher paternel un grand honneur. Mais, voilà, en quinze ans de mariage, je n’ai jamais trouvé cette flamme quand je prends ma femme dans mes bras. Celle-ci, refusant, dès le début de notre union, de me faire un enfant, je me suis résigné à ne jamais devenir père. C’est sans compter l’autoritaire paternel qui, lors d’un repas de famille, tapa son poing sur la table et ordonna ma tendre épouse de donner une descendance. Au bout de deux ans d’essai sans grossesse, nous avons effectué des tests de fertilité. Il s’avère que j’étais dépourvu de spermatozoïdes. Un coup dur pour mon paternel. Pour lui, une adoption n’était pas à négliger, surtout que vu notre statut social, adopter un bébé américain, serait une chose facile. Mais, ma femme préférant attendre, je me suis réfugié encore plus dans mon travail.
Jusqu’à ce jour du cinq aout deux mille vingt-deux, seul mon travail était devenu ma priorité. J’avais entrepris de faire une visite dans le Bronx, pour repérer les difficultés qui s’y trouvent. Assis à l’arrière de la voiture de la société, mon chauffeur parcourut les différentes rues. Un mélange d’ordures, d’ivrognes et de drogués. L’image sous mes yeux me révulsait. Nous passâmes devant un espèce de café à la façade vieillie par le temps. J’aperçus une jeune femme faisant les cent pas, une cigarette à la main. J’ai demandé à Hector de s’arrêter afin de mieux contempler cette femme. Un regard perdu dans l’horizon, elle ne se doutait pas qu’elle était observée. Elle me paraissait plutôt petite, je dirais un mètre cinquante-sept. Des cheveux de couleurs blond foncé, avec certains endroits de sa chevelure légèrement tiré d’un blond clair. Ses cheveux sont naturels, ça se voit. Ils ne sont pas blonds décolorés comme ceux de ma femme. Elle a des formes généreuses là où il faut une poitrine harmonieuse et un fessier bien bombé. Sa peau est colorée d’un bronzage d’été. Son visage est fin, un petit nez en trompette clairsemé de légères taches de rousseurs. Ou plutôt de grain de beauté, je n’arrivais pas encore à bien distinguer, elle était bien trop loin pour en être certain. J’ai noté l’adresse de cet endroit et demanda à Hector de regagner nos bureaux. J’avais besoin de faire des recherches sur les employés de ce café. J’ai passé exactement trois heures à effectuer cette enquête. Il s’avérait qu’elle s’appelait Hailey Williams, vingt-six ans, arrivait au Bronx, il y a trois ans. Aucun renseignement avant son arrivée. Elle habite dans un appartement insalubre avec une amie. Après avoir terminé mon travail, j’avais entrepris d’aller la voir en personne. J’avais donc décidé de la retrouver sur son lieu de travail. J’ai bien remarqué son regard insistant et son incompréhension qu’un homme comme moi, puisse s’abreuver dans un endroit pareil et pour être honnête, le café est vraiment infect. Mais, ce n’est pas pour son café amer que j’y étais, mais bien pour elle.
Depuis ce jour, j’y suis allé tous les deux jours en faisant le même rituel. J’attends qu’il y ait le moins de monde possible et m’installe dans le coin rustique à l’abri des regards. Un journal en main, je peux l’observer à ma guise. La voir déambuler en prenant ses tâches quotidiennes était pour moi une grande satisfaction. Son corps est d’une légèreté, à croire qu’elle a fait de la danse en revanche son côté maladroite m’en dissuade. Elle n’a pas l’air de faire beaucoup de sport. Je pense que pour elle, courir chaque matin pour être à l’heure au travail et ensuite divaguer entre les différentes tables, lui procure suffisamment de sport pour la journée. Elle a tendance à mal se nourrir. Un sandwich rapide entre deux clients. Le sourire merveilleux qu’elle a sur son visage cache tout de même un lourd passé. Cette femme est vraiment belle. Un ange tombé du ciel afin de tourmenter mon esprit. Parce que oui, depuis que mes yeux se sont posés sur elle, je ne cesse de penser à elle. Elle m’obsède. Ses grands yeux vert clair me transpercent mon âme dès qu’ils sont posés sur les mains. Suis-je en train de tomber amoureux ? Je ne serais pas répondre, mais je suis sous le charme, c’est certain. Mon associé me sort de ces pensées.
— Noah, tout va bien ? me demande-t-il d’un air interrogateur. Tu n’as rien écouté à ce que je t’ai dit depuis tout à l’heure.
Il fait le tour de cette grande table en bois d’ébène vernis. Il se dirige vers le grand bar en marbre beige à la bordure dorée et se saisit d’un verre en cristal afin de puiser dans ce whisky de qualité.
Je ne lui réponds pas dans l’immédiat, je prends la direction de mon immense bureau issu du même bois que la table. Je m’affale sur mon siège en cuir noir et positionne le coude sur l’accoudoir dans le but de maintenir la tête dans ma main.
Effectivement, je ne l’écoutais pas. Hailey est dans ma tête. Je dois pouvoir la voir ce soir.
Je prends une légère gorgée de mon breuvage et regarde Thomas, toujours avec son air confus rempli de doute.
— Effectivement mon cher Thomas, je pensais à d’autres choses. J’ai un grand besoin de vacances, lui dis-je en soupirant.
J’ai surtout besoin de voir Hailey, mes envies de prendre son petit corps entre mes grands bras sont de plus en plus présents. Caresser sa chevelure de miel, sa peau délicatement parfumée et sentir la texture de sa chaire. Lécher ses lèvres. Découvrir les endroits qui lui procurent du plaisir. J’ai mon entre-jambe qui commence à faire des siennes, je me dois de me contenir.
— Je pense que je rentrerai plus tôt, je commence à me lever et Thomas m’arrête dans mon élan.
— Ton père ne t’a pas informé ? Nous avons un diner d’affaires avec les investisseurs japonais, m’annonce-t-il.
Je me rassois immédiatement et claque ma main sur le bureau. Bien évidemment qu’il me l’a dit, mais j’en ai oublié. J’espère que ce diner ne va pas durer une éternité et que je pourrais aller voir Hailey.
— Bien sûr que si, il me l’a dit, mais comme je t’ai informé un peu avant, je suis fatigué et j’ai un grand besoin de vacances, lui dis-je avec une expression dégoutée.
— Es-tu au courant que tu ne vas pas pouvoir prendre de vrais congés avant les trois prochains mois. Tu pars en voyage d’affaires deux semaines au Japon dans exactement trois semaines.
— Je suis également au courant, je vais me contenter d’une journée, lui lancé-je sèchement. Parfois Thomas a le don de m’énerver comme à ce moment-là.
Deux heures plus tard, habillé de mon plus beau costume de chez Christian Dior, j’attends ma chère épouse en bas du grand escalier en marbre blanc de notre villa de luxe. Je l’aperçois en haut. Elle a mis une longue robe grise argentée de chez Marchesa. Sa longue chevelure blonde lissée à l’arrière lui donne un air autoritaire. Elle est grande et fine. Une poitrine refaite de deux bonnets supérieurs. Elle abuse de séances de bronzage aux UV. Ses ongles sont manucurés et très long. Perché sur des talons de quinze centimètres, elle descend les escaliers d’un pas certain. Elle est fière d’elle et ça se voit. Sa personnalité à ne penser qu’à sa petite personne a eu raison de moi et a tourné mon regard vers Hailey. Un petit bout de femme dont la vie ne l’a pas gâté. Et, pourtant, j’aimerais la gâter. La chérir. Lui montrer que la vie n’est peut-être, certes, pas un long fleuve tranquille, mais elle peut nous procurer des merveilles. Pourquoi je pense à elle, alors que ma femme se dirige vers moi ? Que m’arrive-t-il ?
— Tu es beau, mon cher mari, me fit-elle d’une voix mielleuse en caressant mon épaule légèrement.
— Et toi, tu es resplendissante, lui répondis-je. Effectivement le mot lui aller parfaitement, mais ce n’est plus sûr laquelle j’étais attirée.
Je suis arrivé à un point, où le naturel a pris le dessus. La femme naturelle est bien plus agréable à regarder. Ce naturel soit dans ta personnalité comme ton physique.
Nous nous dirigeâmes vers notre limousine pour rejoindre les investisseurs dans notre restaurant cinq étoiles.
Ce diner d’affaires était, pour moi, d’un ennui mortel. J’ai passé presque trois heures à regarder ma montre en pensant à Hailey. Pourvu qu’elle soit encore présente. Le diner terminé, nous donnons congé aux investisseurs et regagnons notre limousine. Pendant tout le voyage, je regardais la route sans un mot. Ma femme fit de même. C’est parfait, je l’ai assez entendu pour le restant de la soirée. Elle adore ce genre de soirée, c’est pour elle un moyen de se montrer davantage. Hector se gara devant l’entrée de notre maison arborée d’un beau jardin japonais. La porte d’entrée moderne de couleur noire habille parfaitement la façade blanche de cette demeure. De grande baie vitrée fait ressortir les lumières. J’ai dessiné et fait construire cette maison. C’est parfaitement ma seconde femme. Ou ma troisième. Hailey... Mes pensées vont encore une fois vers elle. Je donne une excuse à mon épouse pour quitter les lieux en prétextant que j’ai oublié un dossier important au bureau. Elle m’annonce qu’elle sera déjà couchée quand je serai de retour. C’est parfait pour moi.
Je demande à Hector de me conduire au café et lui promet une belle somme en guise de compensation. Il l’accepte sans broncher. Inévitablement, il n’a pas tellement le choix le pauvre.
Positionner devant le café, j’observe cette femme qui hante mes jours et mes nuits. Elle semble fatiguée. Elle nettoie la salle en mettant les chaises sur les tables. Elle parait seule ce soir. C’est parfait pour moi. Je pousse un soupir et rentre à l’intérieur.
La cloche de l’entrée retenti et indique mon arrivée. Je l’entends râler au fond du bar, prête à attraper la gorge de l’ivrogne qui ose rentrer alors que le café est fermé. Elle s’arrête dans son élan quand elle m’aperçoit. Elle me fixe de ses yeux verts translucides et me fait un sourire.
— Excusez-moi pour l’heure tardive, mais j’avais envie d’un café, lui dis-je l’air idiot en caressant ma nuque à l’aide de ma main gauche.
— Effectivement, nous sommes fermés, mais pour vous, je peux faire une exception, me répond-elle l’air amusé. Elle m’invite à prendre place à mon endroit habituel et contourne le bar.
Elle revient vers moi avec la tasse de café et mon verre d’eau. Elle s’apprête à partir, cependant je l’invite à se joindre à moi.
Il est grand temps que j’apprenne à connaitre cette femme dans tous les sens du terme.