Le ciel de Doha s’embrasait d’un rose éclatant alors que le soleil plongeait sous l’horizon, illuminant les tours de West Bay. Amina Al-Sayed, encore sous le choc de la proposition d’Hassan Al-Nasser, se tenait devant le miroir de sa chambre à Al Mansoura, ajustant une robe bleu nuit qu’elle n’avait pas portée depuis des années. Ce soir, elle devait rencontrer Khalid Al-Nasser officiellement, non pas comme collègue, mais comme potentielle fiancée dans ce contrat insensé. Hassan avait organisé un dîner au St. Regis Doha, un hôtel cinq étoiles connu pour son luxe ostentatoire. Amina sentait son estomac se nouer à l’idée de confronter Khalid, surtout après leur dernier échange teinté de provocation.
Elle vérifia son téléphone : un message de Sara Al-Hamadi, sa collègue et nouvelle confidente. « Courage, Amina ! Montre-lui que tu ne te laisses pas impressionner. Et appelle-moi après, je veux tous les détails ! » Amina esquissa un sourire, mais son anxiété ne s’apaisait pas. Elle avait passé la journée à peser les pour et les contre du contrat, la menace des créanciers de son père planant comme une ombre. Pour Laila et Jamal, se répéta-t-elle, enfilant une paire de boucles d’oreilles discrètes.
Après avoir confié Laila et Jamal à une voisine de confiance, Amina prit un taxi jusqu’au St. Regis. Le trajet à travers la Corniche offrait une vue hypnotique sur la skyline, mais elle était trop nerveuse pour l’apprécier. À son arrivée, un portier en uniforme l’accueillit, et elle fut guidée vers un salon privé au dernier étage, où une table dressée pour deux surplombait la mer. Khalid était déjà là, debout près de la baie vitrée, un verre de jus de grenade à la main. Il portait un costume sombre taillé sur mesure, ses cheveux noirs légèrement coiffés, mais son expression trahissait un mélange d’ennui et de curiosité.
« Amina Al-Sayed, » lança-t-il en se tournant vers elle, un sourire en coin. « Tu es en avance. C’est mignon. »
Amina redressa les épaules, refusant de se laisser déstabiliser. « Et toi, tu es déjà en train de boire. C’est… prévisible. »
Khalid rit, un son grave qui résonna dans la pièce. « Touché. Mais c’est juste du jus, ne t’emballe pas. Viens, assieds-toi. Mon père a insisté pour ce dîner, alors autant jouer le jeu. »
Amina s’installa, notant la table ornée de cristal et d’argenterie. Un serveur apparut, proposant un menu gastronomique. Elle choisit un plat de poisson grillé, tandis que Khalid opta pour un steak d’agneau. Une fois seuls, elle croisa son regard. « Alors, Khalid, tu sais pourquoi on est là ? »
Il haussa un sourcil, s’adossant à sa chaise. « Éclaire-moi. Mon père a juste dit que je devais ‘faire bonne impression’. Ce qui, franchement, n’est pas mon style. »
Amina hésita, pesant ses mots. Hassan ne lui avait pas dit si Khalid était informé du contrat. Elle décida de tester le terrain. « Il pense qu’on pourrait… travailler ensemble. Sur ton image, disons. »
Khalid plissa les yeux, amusé. « Mon image ? Oh, je vois. Le scandale avec Layla t’a marquée, hein ? Tu crois que je suis un gamin irresponsable qui a besoin d’être recadré ? »
Amina soutint son regard, refusant de reculer. « Je crois que tu fais exprès de provoquer tout le monde. Mais je ne suis pas là pour te juger. Je veux juste comprendre ce que ton père attend de moi. »
Il sirota son jus, l’observant par-dessus le bord du verre. « Intéressant. Tu es directe, Amina. Ça change des lèche-bottes habituels. Mais dis-moi, pourquoi toi ? Pourquoi mon père s’intéresse à une nouvelle employée sans relations ni fortune ? »
Amina sentit son pouls s’accélérer. Il était plus perspicace qu’elle ne l’avait prévu. « Peut-être parce que je ne cherche pas à profiter de lui. Je fais mon travail, c’est tout. »
Khalid ricana, posant son verre. « Oh, s’il te plaît. Personne ne dit oui à un dîner avec moi sans arrière-pensée. Alors, c’est quoi ? Une promotion ? De l’argent ? »
Amina serra les poings sous la table, l’indignation montant. « Tu penses que je suis ici pour me vendre ? Tu ne sais rien de moi, Khalid. »
« Alors, dis-moi, » répondit-il, se penchant en avant, son ton soudain sérieux. « Pourquoi une fille comme toi, qui a l’air de porter le poids du monde, accepte de dîner avec l’héritier maudit d’Al-Nasser Construction ? »
Elle ouvrit la bouche, prête à rétorquer, mais le serveur revint avec leurs plats, brisant la tension. Amina profita de la pause pour reprendre ses esprits. Elle ne pouvait pas lui parler du contrat, pas encore. Mais elle devait gagner du temps. « Peut-être que je veux juste voir si tu es aussi insupportable que tout le monde le dit, » dit-elle enfin, un sourire forcé aux lèvres.
Khalid éclata de rire, visiblement ravi. « Bien joué. Tu marques un point. Mais attention, Amina, je suis plein de surprises. »
Le dîner se poursuivit, ponctué de conversations tendues et de piques. Khalid alternait entre charme et provocation, racontant des anecdotes sur ses voyages à Dubaï et Londres, tout en évitant soigneusement les sujets personnels. Amina, elle, gardait ses réponses vagues, ne révélant rien de ses dettes ou de sa famille. Mais elle ne pouvait ignorer la manière dont il la regardait, comme s’il cherchait à percer ses défenses.
Vers la fin du repas, il se cala dans sa chaise, croisant les bras. « Bon, Amina, soyons honnêtes. Mon père t’a proposé quelque chose, non ? Il ne m’a rien dit, mais je le connais. Il adore ses petits jeux de pouvoir. »
Amina déglutit, son cœur battant. Elle ne pouvait ni mentir ni tout révéler. « Il pense que je pourrais… t’aider à projeter une meilleure image. Pour l’entreprise. »
Khalid plissa les yeux, étudiant son visage. « Une meilleure image, hein ? Ça ressemble à un euphémisme. Laisse-moi deviner : il veut que je joue les gentils garçons, et toi, tu es censée me tenir en laisse ? »
Amina rougit, agacée par son ton. « Je ne suis la domestique de personne, Khalid. Si tu as un problème avec ton père, règle ça avec lui. »
Il sourit, mais il y avait une ombre dans son regard. « Oh, j’ai plein de problèmes avec lui. Mais toi, Amina, tu m’intrigues. Tu n’as pas l’air du genre à te plier à ses ordres. Alors, pourquoi tu joues le jeu ? »
Elle serra son verre d’eau, luttant pour rester calme. « Peut-être que j’ai mes raisons. Et peut-être qu’elles n’ont rien à voir avec toi. »
Khalid inclina la tête, comme s’il réévaluait son jugement. « D’accord, je te crois… pour l’instant. Mais un conseil : fais attention avec mon père. Il ne fait jamais rien sans attendre quelque chose en retour. »
Amina hocha la tête, notant l’amertume dans sa voix. « Merci du conseil. Je m’en souviendrai. »
Le dîner s’acheva, et Khalid insista pour la raccompagner jusqu’au hall. Dans l’ascenseur, il brisa le silence. « Tu sais, Amina, ce n’était pas si terrible. Tu es… différente. »
Elle haussa un sourcil, sceptique. « Différente ? C’est censé être un compliment ? »
Il rit, s’appuyant contre la paroi. « Prends-le comme tu veux. Mais je t’aime bien. Tu ne te laisses pas impressionner, et ça, c’est rare à Doha. »
Amina roula des yeux, mais un sourire involontaire se dessina sur ses lèvres. « Ne t’habitue pas trop. Je ne suis pas là pour être ton amie. »
« On verra, » répondit-il, son sourire provocateur revenant. « Bonne nuit, Amina Al-Sayed. »
De retour chez elle, Amina trouva Laila et Jamal endormis. Elle s’assit sur le canapé, repensant à la soirée. Khalid était tout ce qu’elle avait craint : arrogant, imprévisible, charmeur. Mais il y avait autre chose, une fêlure dans son attitude, comme s’il portait un masque. Elle ouvrit son téléphone et envoya un message à Sara : « Dîner terminé. Khalid est… compliqué. Je crois que je vais signer le contrat, mais je veux un avocat. »
La réponse arriva vite : « Compliqué, hein ? Bien joué pour avoir survécu ! Je connais un bon avocat, je t’envoie ses coordonnées. Sois prudente, d’accord ? »
Amina posa son téléphone, fixant le contrat sur la table. La skyline de Doha brillait par la fenêtre, ses lumières scintillant comme des promesses. Elle pensa à Laila, à Jamal, aux créanciers, à Khalid. Un an, murmura-t-elle. Je peux le faire. Pour eux. Mais au fond, elle savait que ce dîner n’était que le début d’un jeu bien plus dangereux.