III – L’antre du marionnettiste

407 Words
III L’ANTRE DU MARIONNETTISTELa pluie cessa enfin. Le hangar devint silencieux Construite au milieu de cet ancien hangar à bateaux, une maison de poupée s’imposait par ses dimensions hors norme. Comme elle avait été conçue pour une poupée à taille humaine, elle mesurait six mètres de haut. Le marionnettiste fit le tour de sa maison en bois puis s’arrêta devant la façade colorée. Merveilleuses petites briques rouges. Il poursuivit son inspection puis se décida à y pénétrer par l’arrière ; l’accès était plus aisé de ce côté-là puisqu’il n’y avait ni porte, ni fenêtre, ni mur. Une fois entré dans la pièce, il se détendit, ses muscles se décontractèrent, son corps se relâcha, il se sentit bien, apaisé. Nonchalamment, il s’allongea sur le canapé et soupira d’aise. Il aimait se tenir là sur ce sofa, dans l’unique pièce à vivre si joliment meublée située au rez-de-chaussée de sa maison de poupée. À quelques mètres, face à lui, sa marionnette était assise sur un tabouret, les mains sur les genoux ; un journal était posé devant elle sur l’îlot central de la cuisine. En bois et peint en blanc ivoire laissant apparaître un léger veinage, le plan de travail donnait l’illusion d’être en marbre. Les yeux bleus de la poupée fixaient le vide. Ce regard sans vie ne voyait pas la une, le titre annonçant « Enlèvement d’une jeune femme à Liège ». Il tourna la tête et fixa l’escalier qui menait à une sous-pente vide au plancher en bois brut. Là-haut, un garde-corps avait été vissé au plancher et délimitait un corridor. Cette configuration des lieux permettait au marionnettiste, en se positionnant au premier étage, de dominer toute la pièce à vivre située au rez-de-chaussée. Là-haut, il avait installé toute une machinerie pour activer des fils de nylon et des barres de bois. Une pulsion lui monta du bas-ventre, il se leva d’un bond et emprunta l’escalier en bois peint en noir en laissant courir nerveusement ses doigts sur la rampe. Arrivé à l’étage, il fit des mouvements circulaires avec ses épaules, s’échauffant comme l’aurait fait un sportif. Il se planta face à la balustrade, se pencha et attrapa les traverses posées sur le plancher. Il inspira profondément et se redressa, prenant la posture du chef d’orchestre. Droit, majestueux, il semblait au faîte de sa puissance. Lorsqu’il se mit à jouer une étrange symphonie, il le fut. En contrebas, les doigts de sa marionnette entrèrent en action, les bras suivirent une courbe parfaite. Musique aux notes silencieuses, mélodie que lui seul entendait. La marionnette se mit à dansoter avec des mouvements saccadés. Bientôt, elle danserait avec une grâce aérienne. Bientôt.
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