Lya
Le message d'Hugo m'a touchée. Je me suis un peu emporté contre lui hier soir, mais j'étais à bout et ce n'était pas à lui d'aller s'excuser.
Thibault m'a encore appelé et je commence à perdre patience. Il me harcèle pour savoir avec qui je suis sorti le dernier soir. Je suis juste allé voir mon père, mais ça ne le regarde pas. Est-ce qu'il arrêterait de me parler si jamais il pensait que je sortais avec un autre homme et qu'il n'a plus aucune chance ? Je ne sais pas. Il va falloir que j'en parle à Innaya. C'est elle l'experte des hommes. Pas moi.
Je me lève de mon lit et appelle Innaya pour lui demander que l'on se voit. Elle finit par décrocher au bout de trois sonneries. Étonnant sachant qu'elle a surement dû encore faire la fête ou alors elle taf déjà. Ce qui est aussi une possibilité.
-Oui Lya ? J'étais en train de dormir. Ta bien de la chance que ce soit toi.
-Tu ne travailles pas ? Ne me dis-tu pas que tu es retourné faire la fête hier soir ? Dis-je un peu scandalisé.
-Je ne commence que cet après-midi. Pour une fois je profite de la vie.
-Et tu n'es pas en bonne compagnie ? Dis-je d'un rire moqueur.
La connaissant, elle finit toujours avec un homme après une soirée bien arrosée. C'est un mode de vie que j'ai encore un peu de mal à comprendre. Je ne sais pas comment je pourrais coucher à droite et à gauche avec des hommes différents. Bien sûr elle fait ce qu'elle veut de son corps et avec qui elle couche. Je ne juge pas, loin de là. Ce n'est tout simplement pas pour moi.
-Non mais il faut qu'on se retrouve autour d'un café pour que je t'explique ça. C'est une honte, moi je te le dis !
-Oui madame. On se rejoint au café comme d'habitude, d'ici à vingt minutes ça te va ? Dis-je d'un petit rire.
-Avec plaisir, mais tu n'es pas censé aller travailler ?
-Je commence que cette après-midi aussi. Si ce n'est pas le destin ça aussi.
Nous rions ensemble et je finis par raccrocher pour prendre une bonne douche et me laisser le temps de me changer. Je sors en serviette dans ma chambre et sursaute de peur. Thibault est là. En face de moi. Dans ma maison. Il n'est pas sérieux là ?
-Qu'est-ce que tu fais ici ? Personne ne t'a autorisé à rentrer, dis-je en resserrant la serviette autour de mon corps.
Je n'aime vraiment pas les regards qu'il me lance. Je ne sais même pas comment il a pu rentrer. Je suis sûr d'avoir fermé hier soir. Le double des clés. Bien sûr, pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt. Je ne lui ai pas demandé à ce qu'il me les rende. Il en a bien joué.
-Tu ne répondais pas et j'ai vu ta voiture alors, je savais que tu étais dedans. Je suis vraiment désolée d'avoir usé de mon double, mais il faut que tu m'écoutes, dit-il sans prendre conscience que ce qu'il vient de faire est un délit.
Rentrer chez les gens par effraction, mais quelle idée de m***e ! Et il n'a aucun remords, c'est ça le pire.
-Non mais je m'en fous ! Tu vois bien que ce n'est certainement pas comme ça que je vais vouloir parler avec toi ! Tu viens d'entrer chez une personne sans son autorisation. C'est un délit et je peux très bien appeler la police pour ça. Alors maintenant, je te conseille de sortir. Immédiatement.
Il fronce les sourcils et secoua la tête négativement. Ok, alors il ne comprend vraiment rien.
-Je suis mort de jalousie, est-ce que tu le comprends ? Te savoir avec un autre homme et qu'il puisse avoir ce qui m'appartient à moi me rend fou ! Je ne vais pas partir alors que je t'aime et je ne veux pas te perdre ! Crie-t-il à travers ma chambre.
-Tu devrais t'en aller. Je vais vraiment appeler la police. Je n'appartiens à personne et encore moins à toi. Tu as perdu le droit de vouloir me dire que tu m'aimes après m'avoir trompé Thibault. Tu me fatigues, sincèrement. Je n'en peux plus du harcèlement que tu fais sur moi.
J'attrape mon téléphone pour lui montrer que je suis vraiment prête à contacter les flics même si je sais que je n'en aurais jamais le courage.
-Une dernière chose. Donne-moi le double de mes clés. Ce n'est plus chez toi ici et tu n'es plus le bienvenu. Pars avant que je les contacte.
Il forme un rictus d'énervement et balance les clés sur mon lit. J'entends la porte d'entrée claquer. Innaya apparaît alors, un peu essoufflée. Elle devait s'inquiéter de mon absence au café.
-Qu'est-ce que tu fais là, toi ? Sors d'ici ou j'appelle les flics, dit Innaya menaçante.
Je vois qu'il s'agace au rythme de sa respiration qui s'accélère et de son regard sombre.
-Ce ne sont pas tes histoires. C'est entre Lya et moi. Toi, casse-toi, dit Thibault colérique.
-Je pense qu'elle t'a demandé de partir, il me semble non ? Alors dégage et je remets plus les pieds ici ou tu risques de le regretter.
Si je ne la connaissais pas autant, elle me ferait peur. Mais elle fait ça pour me protéger et je l'en remercie.
Il me lance un dernier regard qui en dit long sur ses intentions suivantes.
-Je ne vais pas lâcher l'affaire. Je ne veux pas que tu ailles voir d'autres hommes que moi.
Innaya l'attrape par le bras et le pousse en direction de la porte.
-Tu n'es rien pour décider avec qui elle couche ou pas, c*****d. Elle s'enverra en l'air autant de fois qu'elle le voudra avec son amant.
Elle le pousse bien assez fort pour le faire sortir et referme la porte derrière elle. Elle vient de dire à Thibault que j'avais un amant. Que je couchais avec un autre homme alors que c'est carrément faux. Je suis seule. Carrément seule.
-Bordel, je savais qu'il se tramait quelque chose quand je ne te voyais pas arriver. Comment il a pu rentrer ?
-Il avait un double des clés qu'il ne m'avait pas rendues. Tu me laisses juste le temps de m'habiller et j'arrive.
Elle sort de ma chambre et prend place sur mon canapé. Je retire ma serviette et enfile un short noir et un débardeur beige. Ça ira pour aujourd'hui sachant que je dois aller travailler cet après-midi.
Je reviens dans le salon et Innaya sirote de la limonade. Elle me tend un deuxième verre pour moi. Je crois qu'il est préférable qu'on reste ici pour parler. Je n'ai pas spécialement envie de descendre jusqu'au café. Je me sens mieux chez moi.