Mikhaïl est grand, massif, bâti tel un guerrier tombé du ciel. Des épaules larges, des bras comme des chaînes d'acier, des mains faites pour manier la violence. Ses cheveux sont sombres, toujours impeccables, et ses yeux...
Putain, ses yeux.
Bleus.
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Mais pas le bleu doux qu'on peint sur les murs des nurseries. Non. Le bleu glacé des nuits d'hiver, celui qui coupe la peau, qui te dit « je vais te briser, et tu vas adorer ça ».
Il a le regard d'un homme qui a vu trop de morts pour se souvenir de la première fois. Et pourtant...
Ce n'est pas ça qui m'attire.
Pas sa beauté. Pas son aura. Pas sa gueule de roman noir.
Ce qui m'attire vraiment, ce que je refuse d'admettre, c'est ce frisson animal qui me traverse chaque fois que sa peau effleure la mienne, même par accident. Ce n'est pas de l'amour. Ce n'est même pas du désir au sens classique. C'est quelque chose de plus bas, plus viscéral et sacrément dangereux.
Ma chatte s'en souvient pour moi.
Elle vibre. Elle bat. Elle hurle même, en silence, chaque fois que son parfum me chatouille les narines, chaque fois qu'il est trop près et que je fais semblant de ne pas le voir.
C'est bestial, primal et juste irrationnel.
Comme une chaleur dans le bas-ventre qui monte en fièvre, qui s'agrippe à mes nerfs, à mes hanches, à ma gorge. Ça me rend folle. Ça me rend faible.
Et je déteste ça.
Parce que ce connard le sait, le sent, le voit, puis en joue.
Il pourrait tout avoir : mon nom, mon corps.
Pourtant, il ne veut pas que ça. Ce qui l’intéresse, c’est que je cède.
Et moi… je me bats pour résister.
Pas pour lui.
Pour moi, pour ma fierté et mon p****n d’ego.
Mais le jour où je flancherai... je lui appartiendrai. Corps, nerfs, et feu.
Mon père m’interdit de l’approcher. Jamais son nom n’a franchi ses lèvres, comme si le prononcer pouvait attirer le malheur de l’univers. Pourtant, je n’ai aucun doute sur ce qu’il en pense :
Mikhaïl Mirov n’est pas seulement un danger. Il est une menace, une ombre prête à tout dévorer.
Pas uniquement pour ses affaires, mais aussi pour ce qu'il pourrait faire de moi de notre famille.
À chaque événement où on doit être dans la même pièce — mariages, funérailles, galas mafieux déguisés en levées de fonds — il y a toujours des yeux sur moi.
Un garde. Une tante. Parfois même mon grand frère.
Pas pour me protéger.
Mais pour m’empêcher de parler trop longtemps avec lui. De m’en approcher.
De le regarder tel que j’ai envie de le regarder.
Et moi, je joue mon rôle.
Je souris. Je me tiens droite. J’enfouis au plus profond de moi cette damnée attirance que je ressens pour lui.
Parce que je suis la fille Vassilev, celle qu’on exhibe telle une vitrine immaculée au sommet d’un empire crasseux.
Pourtant, à l’intérieur, je hurle.
Car il suffit d’un seul regard de Mikhaïl pour que tout se fissure.
Il me parle à peine — parfois un mot glissé, un sourire beaucoup trop lent. Et mon ventre se tord d’impatience.
Ah, oui, parce que c’est tellement amusant de jouer avec le feu, surtout quand on sait qu’il pourrait me réduire en cendres en un clin d’œil.
Mais ce que personne ne comprend, c’est que je ne veux pas être sauvée de lui. Non merci, je ne cherche pas à être protégée. Je veux brûler avec lui.
Même si mon nom, mon sang et mon père me l’interdisent.
Même si je sais qu’au moindre contact, il n’y aura pas de retour en arrière. Et tant mieux… non ?
Il sort du salon privé. Le visage dur, les traits figés, la démarche toujours aussi précise, tendue. Il vient de parler avec mon père, et cela suffit à comprendre que rien de bon ne s’est échangé là-haut.
Je reste là, droite, immobile, un peu à l'écart du couloir, assez proche pour être vue, néanmoins assez loin pour ne pas être accusée d'espionner. Une posture bien maîtrisée, un de ces réflexes qu'on apprend très tôt quand on porte le nom Vassilev.
Seulement il ne me regarde pas. Pas un regard en coin même pas un frémissement de paupière. Rien. Il avance. Et moi, je fais semblant que ça m'est égal.
Je le connais. Il est prudent, froid et parfaitement entraîné à ne rien laisser passer. Pourtant, au fond, j’aurais voulu qu’il oublie tout ça, juste une seconde. Qu’il laisse tomber ce masque verrouillé. Qu’il me voie, simplement. Qu’il prouve que je ne suis pas invisible.
Ridicule, n’est-ce pas ? Oui, je sais. J’ai parfaitement conscience de ce qu’il est. Et surtout, de ce qu’il n’a pas le droit d’être pour moi.
Il est dangereux. Mon père l’a répété des dizaines de fois, avec ce ton qui claque telle une évidence. « Pas pour toi. Jamais. » Évidemment. Comme si j’avais besoin d’un rappel.
Et il a raison, au fond. Ce n’est pas une de ces histoires à l’eau de rose qu’on murmure derrière des portes closes. Oh non. Ici, il ne s’agit pas de passion interdite ou de frisson romantique. Ici, tout est stratégie, pouvoir et beaucoup de calculs. Une seule erreur, un geste de trop, une proximité mal interprétée… et ce n’est pas un cœur qu’on brise, c’est une guerre qu’on déclenche.
Alors non, je ne dois pas le regarder. Je ne dois pas penser à lui. Et encore moins espérer quoi que ce soit.
Parce que oui, rêver de lui, ce serait suicidaire. Mais évidemment, c’est exactement ce que je fais.
En même temps ce serait plus facile s'il n'était pas aussi indifférent. S'il m'avait lancé ne serait-ce qu'un éclat de regard, un soupçon d'hésitation. Juste assez pour que je me dise que je ne suis pas la seule à ressentir cette tension brûlante à chaque fois qu'il est près de moi.
Il ne l'a pas fait. Il est parti. Il m'a ignorée, parfaitement, comme on ignore une porte fermée.
Je me redresse un peu plus, ajuste mon souffle, et je fais ce que je fais le mieux depuis ma naissance: je range tout bien profond, et je redeviens Ange Vassilev.
La fille sage, intouchable et inaccessible.
Même pour lui.
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